SCÈNE III. MINON, puis CHAMPAGNE, ROBIN, MOREL.
MINON, un instant seule. Seigneur Dieu ! je n’ai plus de sang dans les veines… et ma sœur Rosalie qui n’est pas là… Les voici !…
CHAMPAGNE, entrant. Bonjour, la jolie fille !
ROBIN. Bonjour, Minette !
MOREL. Un amour que cette enfant-là !
MINON, très-émue. Messieurs.
CHAMPAGNE. Nous plaisons-nous à la poste de Nonancourt ? (Elle veut s’éloigner.)
CHAMPAGNE. Attendez donc, ma belle enfant !… Est-ce que nous vous faisons peur ?
MINON. Oh ! non, messieurs… non, certes.
CHAMPAGNE. La bourgeoise ne va pas tarder à revenir, je pense ?
MINON. Nous l’attendons d’un instant à l’autre.
CHAMPAGNE. Et, dites-moi… le postillon André…
MINON, à part. Ils savent qu’il est ici !…
CHAMPAGNE. Ça vous donne de belles couleurs, la jolie fille, quand on parle d’André…
MINON. Il n’est pas à la maison, monsieur.
CHAMPAGNE, bas à ses hommes. Quand je vous disais ! il est à Saint-Germain avec le prince. (À Minon qui s’esquive.) Un instant, ma chère enfant, que diable !…
MINON, faisant la révérence et sortant. Excusez-moi, messieurs, je vais à mon ouvrage. (À part.) Oh ! ces hommes !… c’est peut-être André qu’ils veulent assassiner !