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Chapitre 28 Le lion en cage

Sans doute le soldat qui introduisit Marguerite dans la cellule du prisonnier avait-il gardé au fond du cœur quelque sentiment d’humanité, en dépit de la besogne impitoyable qu’on exigeait de lui. La figure lasse de la jeune femme, son regard de détresse durent éveiller sa compassion, car, sitôt que Lady Blakeney fut passée dans la seconde pièce, il referma la barrière et resta en faction près de l’ouverture, le dos tourné vers l’intérieur de la cellule.

Marguerite s’était arrêtée sur le seuil. Après la vive lumière de la salle de garde, le cachot semblait plongé dans l’obscurité. Petit à petit, ses yeux s’habituèrent à la pénombre ; elle vit que l’étroite et longue cellule se terminait à gauche par une espèce d’enfoncement, et, rapide comme l’éclair, le souvenir lui revint de Marie-Antoinette se confinant dans cette sombre retraite pour échapper aux regards insolents de ses gardiens. Maintenant, Marguerite distinguait quelques meubles groupés dans ce recoin : deux chaises, une table, éclairées par la clarté confuse d’une veilleuse accrochée au mur.

Soudain, elle vit Percy. Il était assis dans une attitude abandonnée, le bras gauche étendu sur la table et la tête à demi cachée dans le repli de son bras.

Marguerite le contempla un instant en silence. Puis, d’un pas léger, elle traversa la cellule, s’agenouilla auprès de son mari, et, prenant la main qui pendait inerte à son côté, d’un geste plein de ferveur la porta jusqu’à ses lèvres.

Blakeney tressaillit, il souleva un peu la tête et murmura d’une voix sourde :

— Je vous dis que je n’en sais rien, et quand bien même je le saurais…

Marguerite l’entoura de ses bras. Un frisson parcourut Sir Percy ; il tourna lentement la tête et ses yeux las aux paupières rougies rencontrèrent ceux de Marguerite. Un éclair aussitôt s’alluma dans son regard.

— Ma bien-aimée, murmura-t-il. Je savais que je vous reverrais.

Il se redressa et noua ses bras autour d’elle. Cette étreinte passionnée ne laissait deviner ni épuisement, ni lassitude. Lorsque Marguerite leva de nouveau les yeux sur lui, elle aurait pu croire que la première vision qu’elle avait eue de son mari dans son attitude affaissée n’était qu’une illusion de son imagination anxieuse. Un sang chaud, ardent, colorait maintenant le visage de Sir Percy, la vie semblait palpiter avec la même force dans ses membres puissants.

— Percy, murmura-t-elle, ils m’ont accordé de vous voir quelques instants. Ils se figuraient que mes larmes briseraient votre résistance.

Il échangea avec Marguerite un de ces regards intimes et profonds qui lient deux âmes l’une à l’autre.

— Là, petite fille ! dit-il avec un sourire, comme ils vous connaissent mal ! La belle âme courageuse qui brille à travers vos yeux défierait les machinations de Satan lui-même… Fermez ces jolis yeux, ma chérie, de peur que l’ivresse de les contempler ne me rende fou de joie.

Il avait pris le visage de Marguerite entre ses mains et semblait en effet ne pouvoir en rassasier ses regards.

— Ah ! ma chérie, soupira-t-il en plongeant son visage dans la masse soyeuse des cheveux blonds de Marguerite, j’étais si fatigué avant que vous n’arriviez !

Puis, se redressant, il continua, tandis que dans ses yeux bleus dansait une lueur de son impérissable gaieté :

— N’est-ce pas une chance, ma mignonne, que ces brutes aient consenti à me laisser raser ? Je n’aurais vraiment pas osé vous recevoir avec une barbe de huit jours au menton. À force d’éloquence j’ai décidé un de ces aimables gentlemen à me rendre ce service chaque matin, – car, naturellement, ils ne me laisseraient pas manier moi-même un rasoir : ils auraient peur que je ne me coupe la gorge ; mais j’ai trop sommeil pour en avoir même l’idée.

— Oh ! Percy !… s’exclama Marguerite d’un ton de reproche.

— Allons, ma chérie, ne soyez pas émue par une simple plaisanterie, dit-il. Ces canailles n’en ont pas encore fini avec moi.

Il resta silencieux un instant, puis reprit plus doucement :

— Marguerite, les moments sont précieux. Dieu sait que je pourrais passer une éternité à vous presser ainsi contre mon cœur, mais nous n’avons qu’une demi-heure à nous et j’ai beaucoup de choses à vous dire. À présent que je ne suis plus qu’un malheureux gibier pris au piège, j’ai besoin de votre aide. Voulez-vous écouter attentivement ce que je vais vous dire ?

— Oui, Percy ; je vous écoute.

— Êtes-vous prête à faire exactement ce que je vous demanderai ?

— Il me serait impossible de faire autre chose, répondit-elle simplement.

— Cela signifie qu’il faut nous séparer aujourd’hui, peut-être pour ne jamais nous revoir. Chut, bien-aimée, dit-il en plaçant sa main sur les lèvres de Marguerite d’où un gémissement avait failli s’échapper, essayez d’être forte, je vous en supplie. Je sais que votre âme sera toujours près de la mienne, et un amour comme celui que je lis dans vos yeux est suffisant pour obliger un homme à s’accrocher à la vie de tout son pouvoir. Mais dans mon intérêt comme dans le vôtre, ne tentez pas de revenir ici. Puis-je compter que vous m’obéirez ?

Elle répondit d’une voix basse mais ferme :

— Oui, Percy, je ferai tout ce que vous me demanderez.

— Alors, Dieu bénisse votre courage, ma chérie, car vous allez en avoir besoin.

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