‹ La capture du Mouron RougeChapitre 31 sur 47 · Chapitre 31 Projets

Chapitre 31 Projets

— Non, Lady Blakeney, nous n’avons pas le droit de désespérer, déclara Sir Andrew, et notre devoir est simple : c’est d’obéir à la lettre à ses ordres, quoi qu’il nous en coûte. Je suis persuadé qu’à cette heure même, Blakeney a en tête quelque plan que la moindre initiative malheureuse de notre part pourrait faire échouer. Demain matin, de très bonne heure, j’irai rue de Charonne où je sais trouver Tony pour lui communiquer les instructions de Blakeney. Pendant ce temps, vous pourriez vous rendre impasse du Roule, afin de vous renseigner au sujet d’Armand. S’il est réellement en liberté, Mlle Lange saura vous dire où le trouver, et votre anxiété à ce sujet sera du moins soulagée.

— Armand en liberté ! Pouvez-vous le comprendre, Sir Andrew ?

— Pas plus que vous, Lady Blakeney ; mais, où qu’il soit, je pense que le malheureux garçon doit passer des heures bien sombres. Ah ! s’il avait seulement éprouvé pour son chef cette confiance totale que Blakeney a su nous inspirer à tous.

Sir Andrew s’arrêta. Quelle que fût l’amertume que lui inspirait la conduite d’Armand, il ne pouvait l’exprimer sans ajouter encore à un chagrin déjà trop lourd.

— C’est la fatalité, Lady Blakeney, reprit-il au bout d’un moment, une déplorable fatalité qui est cause de tout. Grand Dieu ! Imaginer Blakeney au pouvoir de ces misérables est chose si affreuse qu’il me semble parfois être le jouet d’un cauchemar que sa voix joyeuse va dissiper dans un instant !

Avec une allusion à l’heure tardive, Sir Andrew se leva. Minuit approchait et, depuis leur retour dans leur étroit logis, lui et Marguerite n’avaient cessé de parler de ce qui s’était passé à la Conciergerie. La lettre de son chef était cachée contre sa poitrine ; une fois retiré dans sa chambre, Sir Andrew l’étudierait de nouveau afin de savoir par cœur, mot à mot, toutes les mesures prescrites pour assurer le salut de l’enfant royal ; après quoi, par prudence, il la détruirait.

Il prit congé de Marguerite. Celle-ci était visiblement épuisée de corps et d’âme, et lui, l’ami fidèle, se demandait avec inquiétude combien de temps elle serait capable de supporter pareille épreuve.

Dès qu’elle fut seule, Marguerite s’efforça de calmer son agitation intérieure afin de prendre un repos que sa raison lui représentait comme particulièrement nécessaire, étant donné les fatigues et les émotions qu’elle allait avoir encore à subir. Mais elle eut beau faire, le sommeil ne vint pas. Et comment aurait-elle pu dormir quand, dans son cerveau enfiévré, se dressait sans cesse l’image d’un homme harassé que des soldats secouaient brutalement en criant à son oreille : « Réveille-toi, citoyen, tu ne nous as pas encore dit où était l’enfant ! »

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