‹ La colombeChapitre 32 sur 45 · Chapitre 34 Trente-quatrième lettre

Chapitre 34 Trente-quatrième lettre

7 juillet, pendant la nuit.

Je suis passée par l’église, avant de me mettre en route, afin d’emporter Dieu pour ainsi dire avec moi. Je me suis prosternée devant l’autel, j’ai appuyé mon front sur une pierre sculptée à l’endroit même où la sculpture figurait une croix sur cette pierre, et j’ai prié.

Oh ! c’est bien vrai, il y a un baume dans la prière. La prière, c’est le tertre vert où l’on s’assied, après une route fatigante, et où l’on se repose. La prière, c’est le ruisseau que l’on trouve au milieu des sables du désert et où l’on se rafraîchit.

Je suis sortie de l’église pleine de force et d’espérance ; il me semblait que Dieu venait d’attacher à mes épaules les ailes de quelqu’un de ses anges : c’était la prière toujours qui m’enlevait de la terre et m’emportait vers le Seigneur.

N’est-ce pas, Seigneur, que c’est une épreuve seulement ? n’est-ce pas, Seigneur, que vous ne m’avez pas condamnée ? n’est-ce pas, Seigneur, qu’il est à l’extrémité de la route dont je viens de franchir les premières distances ?

Attends-moi, bien-aimé, attends-moi, car, je te le jure, un jour ou l’autre, j’arriverai.

· · ·

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Je t’ai quitté un instant pour m’appuyer à la barre d’une fenêtre qui donne sur le village de Boussenac. Ce village est situé sur ma route et j’y passerai demain, à moins que notre colombe ne m’en écarte. Un chien hurlant tristement, perdu sans doute dans un petit bois que j’aperçois à ma droite, faisait une tache sombre à la terre. Je me suis dit : Si le chien cesse de hurler, ce sera bon signe, et je le retrouverai.

Le chien s’est tu.

Comme on est superstitieux quand on souffre, pauvre bien-aimé de mon cœur ! Sais-tu cela ? souffres-tu, toi ?

Quelle belle nuit, mon Dieu ! Je me dis que peut-être tu es à une fenêtre comme je suis à la mienne, que tu regardes de mon côté comme je regarde du tien, que tu penses à Dieu et à moi comme je pense à toi et à Dieu.

As-tu vu cette belle étoile qui a rayé le ciel d’un sillon de feu ? combien de lieues a-t-elle fait ainsi en une seconde ?

Oh ! si je pouvais en une seconde aller comme elle d’ici à toi, dussé-je, arrivée à toi, m’éteindre comme elle !

J’accepterais cette lumineuse seconde de bonheur, dût-elle être suivie de l’éternelle nuit.

À demain, mon bien-aimé ; demain, je l’espère, va encore me rapprocher de toi.

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