P2 · MAIRIE DE PARIS
22 janvier 4 heures 52 minutes du soir.
« Quelques gardes nationaux factieux appartenant au 101 de marche ont tenté de prendre l’Hôtel-de-Ville, tiré sur les officiers et blessé grièvement un adjudant-major de la garde mobile, la troupe a riposté, l’Hôtel-de-Ville a été fusillé des fenêtres des maisons qui lui font face de l’autre côté de la place et qui étaient d’avance occupées.
» On a lancé sur nous des bombes et tiré des balles explosibles ; l’agression a été la plus lâche et la plus odieuse d’abord au début puisqu’on a tiré plus de cent coups fusil sur le colonel et les officiers au moment où ils congédiaient une députation admise un instant avant dans l’Hôtel-de-Ville, non moins lâche ensuite quand après la première décharge, la place s’étant vidée et le feu ayant cessé de notre part, nous fûmes fusillés des fenêtres en face.
» Dites bien ces choses aux gardes nationaux et tenez-moi au courant, si tout est rentré dans l’ordre.
» La garde républicaine et la garde nationale occupent la place et les abords.
» Jules Ferry. »
Un écrivain sympathique au gouvernement de la défense nationale et qui savait la façon de penser bourgeoise fait quelque part cet aveu dépouillé d’artifice à propos de la répression du 22 janvier.
Il fallut se contenter de condamner à mort par contumace Gustave Flourens, Blanqui et Félix Pyat.
(Sempronius, Histoire de la Commune, Décembre, Alonier.)
Jules Favre comprit-il qu’enlever les armes à Paris serait une tentative inutile aboutissant à une révolution certaine, ou lui restait-il ce sentiment de justice que la garde nationale devait les conserver, il ne fut jamais question de la désarmer quoique son affiche du 28 janvier annonçât l’armistice contre lequel Paris s’était toujours élevé.
C’était la reddition assurée, la date seule restait incertaine où l’armée d’invasion entrerait dans la ville livrée.
Ceux qui si longtemps avaient soutenu que le gouvernement ne se rendrait jamais, que Ducrot ne rentrerait que mort ou victorieux, que pas un pouce du territoire, pas une pierre des forteresses ne serait livré virent qu’on les avait trompés.
Voici comment étaient traités les prisonniers du 22 janvier et ceux qui ayant été transférés à Vincennes ne purent être délivrés avec Flourens.
« Les malheureux, dit Lefrançais, qui avaient été transférés à Vincennes y restèrent huit jours sans feu, il neigeait par les fenêtres de la salle du donjon où ils étaient enfermés, couchés pêle-mêle sur une surface d’à peu près 150 mètres carrés et littéralement dans la fange la plus immonde.
» L’un d’eux, le citoyen Tibaldi détenu pour le 31 octobre et qui avait enduré toutes sortes de tortures physiques et morales à Cayenne où l’Empire l’avait tenu pendant treize ans, déclarait qu’il n’avait jamais rien vu de semblable.
» Après avoir été transportés de Vincennes à la Santé où ils restèrent quinze jours dans des cellules sans feu et dont les murs suintaient l’eau (à ce point que ni le linge ni la literie n’y pouvaient demeurer secs), ils furent conduits à Pélagie où ils durent attendre encore deux mois le jugement des conseils de guerre.
» Parmi les détenus du 22 janvier était Delescluze arrêté et jeté, lui aussi, dans cet enfer. Seulement comme rédacteur en chef du Réveil qu’on venait de supprimer, Deslescluze âgé de soixante-cinq ans, débile, déjà atteint d’une bronchite aiguë, sortit mourant de prison ; aux élections du 8 février suivant on l’envoya à l’assemblée législative à Bordeaux.
» Un ouvrier, le citoyen Magne avait été arrêté au moment où il rentrait chez lui, sortant de son atelier.
» Déjà malade, il mourut un mois après à Pélagie, victime du traitement qu’il avait enduré. »
Dans la soirée du 22 janvier avait été affiché le décret suivant qui fermait les clubs dans Paris.
« Le Gouvernement de la défense nationale
» Considérant que, à la suite d’excitations criminelles dont certains clubs ont été les foyers, la guerre civile a été engagée par quelques agitateurs désavoués par la population tout entière ;
» Qu’il importe d’en finir avec ces détestables manœuvres qui sont un danger pour la patrie, et qui, si elles se renouvelaient, entacheraient l’honneur irréprochable jusqu’ici de la défense de Paris, décrète :
» Les clubs sont supprimés jusqu’à la fin du siège, les locaux où ils tiennent leurs séances, seront immédiatement fermés.
» Les contrevenants seront punis conformément aux lois.
» Article 2. Le préfet de police est chargé du présent décret. »
Tant que le bombardement de Paris rassura, on avait toujours l’espoir d’une lutte suprême.
Quand il se tut, après le 28, on se sentit trahis, il restait la ressource de mourir si la révolte ne pouvait vaincre.
Quoi ! toutes les victimes déjà entassées les uns dans les sillons, les autres sur le pavé des rues, les vieux morts des misères du siège, tout cela n’aurait servi qu’à constater l’abaissement populaire, et le nom de République ne serait qu’un masque !
Quoi ! c’était cela que de loin on voyait dans une gloire !
Quiconque était républicain était déclaré ennemi de la République.
Jules Favre, Jules Simon, Garnier Pagès parcouraient les départements ; Gambetta venait d’étouffer les communes de Lyon et de Marseille qu’avait fait lever le 4 septembre, avec la même désinvolture qu’il apportait, au lendemain du 14 août, à appeler la peine de mort sur la tête des bandits de la Villette.
quelques républicains dans l’armée et dans la flotte —
plans de rossel et de lullier
Malgré la discipline on pense quelquefois,
L’esprit peut s’évader du bagne des casernes.
(L. M. Les Prisons.)
Suivant la capitulation, l’assemblée de Bordeaux devait être nommée au 8 février et se réunir pour statuer sur les conditions de la paix.
L’impression de cette lâcheté était telle que dans l’armée et dans la flotte des officiers se refusaient à la défaite comme s’y refusait Paris, leurs plans à eux étaient logiques et simples.
Les papiers posthumes de Rossel et ceux qui furent trouvés chez Lullier démontrèrent une fois de plus que même d’après la science militaire, il était possible de résister et de vaincre l’invasion.
Voici quelques-uns de ces fragments.