‹ La Comtesse d’OlonneChapitre 3 sur 5 · 03

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Peu de temps avant ses épousailles, et sans doute pour grandir son prestige aux yeux de sa fiancée, le comte d’Olonne avait tenté d’acquérir la charge de capitaine-lieutenant des chevau-légers du roi. Ayant appris, tandis qu’il négociait son achat, que la reine et Mazarin la réservaient au marquis de Saint-Maigrin ou, à son défaut, au comte du Lude, il écrivit au cardinal une lettre irritée. À la rigueur, il admettait qu’on lui préférât le marquis dont les « longs services » plaidaient en sa faveur ; mais il souffrait difficilement qu’on lui fît l’outrage de penser au comte, frondeur impénitent dont tout le mérite consistait à chasser habilement.

« L’on me veut persuader, ajoutait-il, que V. E. appuie [ce dernier]… J’ai de la peine à le croire quand je songe que j’ai toujours été dans les intérêts de la reine et des vôtres, que ces attachements où je suis demeuré et dans lesquels je serai toute ma vie, m’ont attiré la dernière haine et la persécution ouverte et déclarée de M. le Prince. »

Vaine protestation. Saint-Maigrin, nommé titulaire de la charge, était tué le 1 juillet 1652. Huit jours plus tard, Mazarin donnait cette charge à son neveu Paul Mancini, grièvement blessé dans les faubourgs de Paris. Celui-ci, à son tour, disparaissait de ce monde. Persistant à postuler la fonction, le comte d’Olonne trouvait en face de lui, non seulement Lude, mais encore Navailles et Roquelaure. Il se décidait alors à faire une démarche à la cour. Mauvais diplomate, croyant de plus avoir des droits, il s’emportait et, dit-on, « pestait si fort et si haut » que, de la part du roi, ordre lui fut donné de se retirer en sa maison.

Il restait ainsi simple cornette, c’est-à-dire officier subalterne. Disgracié en outre, pour un temps indéfini, il était exilé de la cour. L’espoir que M d’Olonne avait attaché à son nom, à ses parentés et à son loyalisme se trouvait de la sorte provisoirement déçu. La jeune femme ne sembla pas cependant en être outre mesure consternée. Elle fréquentait assez peu le Louvre où les divertissements, régis par toutes sortes de disciplines, l’accablaient de leur solennité. Les récréations de la ville, auxquelles elle pouvait directement se mêler, lui procuraient des satisfactions plus certaines.

D’ailleurs, elle découvrait avec étonnement que son mari n’était point le niais parfait qu’elle avait imaginé. L’amour, sans nul doute, l’avait, un instant, rendu stupide, embarrassé, contraint. La possession, apaisant ses craintes, le délivrant de la jalousie, lui restituait sa vraie nature. Or, celle-ci le portait vers l’épicurisme.

Après quelques mois de solitude heureuse, M d’Olonne se vit entourée de tous les anciens compagnons de débauche de cet homme qui avait si adroitement dissimulé son âme réelle. Plusieurs, parmi ces personnages, désapprouvaient un mariage qui gênait leurs ébats ; d’autres acceptaient l’inévitable, avec quelque idée d’en tirer profit. Ils étaient de plusieurs sortes. D’aucuns, comme Gabriel de Rochechouart de Mortemart, René Brulart, comte de Broussin, Simon Le Breton, marquis de Villandry, Guy de Laval, chevalier de Boisdauphin et le commandeur Jacques de Souvré, vivaient quasiment à table, raffinant sur la bonne chère et n’entretenant d’autre idéal que celui de bien manger. La friandise était pour eux une sorte de religion dont ils établissaient peu à peu les dogmes. Ils jouissaient de savoir que, dans le monde, se confirmait leur réputation de délicats aisément dégoûtés et se glorifiaient bien plus de posséder, en la personne de leurs cuisiniers, des gens doctes ès-sauces et rôts, que d’avoir, de leur fougueuse épée, bouté l’Espagnol hors de ses forteresses.

Àces bons « nappeurs » aux visages enluminés, se joignaient le plus souvent d’autres gourmands de qualité différente : Saint-Évremond, l’abbé de Boisrobert, le chevalier Philibert de Gramont, Guillaume de Bautru, comte de Serrant, Philibert de Lavardin, évêque du Mans, l’abbé de Villarceaux, Bussy-Rabutin, Montbrun-Souscarrière et Damien Mitton. Chez ceux-ci l’esprit dominait la matière. S’ils se conduisaient en héros parmi les bouteilles et les plats, du moins les délices de la bouche ne les satisfaisaient qu’à demi. Ils étaient de redoutables plaisants, des esprits forts, les doctrinaires de la libre pensée, instillant dans les veines d’autrui le venin du scepticisme. Leur intelligence subtile, on ne savait quelle grâce de langage, quels dons de persuasion leur permettaient de faire des adeptes en se jouant. Ils rêvaient de fonder un ordre de choses nouveau d’où la religion serait proscrite et où l’homme se soumettrait enfin aux lois de la nature.

Md’Olonne recevait ces originaux sans ombrage. Elle n’avait jamais éprouvé beaucoup d’entraînement à la piété ; sous leur influence elle laissait s’en évanouir les dernières lueurs. Elle écoutait avec une sorte de délectation les négateurs insidieux, Boisrobert, toujours prodigue de rimes en son honneur, pour sa gentillesse de bien disant plein de fantaisie, Mitton pour son ardeur farouche à détruire les superstitions, les autres pour leurs saillies d’esprit ou bien pour les galanteries qu’ils lui murmuraient avec discrétion.

Volontiers elle festoyait en leur compagnie. À l’issue des repas ordonnés par des artistes soucieux de plaire aux sens et de graduer le bien-être, fort souvent des disputes éclataient entre les convives. Un jour, le commandeur de Souvré et le comte de Serrant, bientôt départagés par l’évêque Lavardin, s’entre-harpèrent sur le point de savoir si la science ou l’ignorance assurait le mieux le bonheur et la prééminence des hommes. Un autre jour, avec moins de passion, Bussy-Rabutin et Saint-Évremond tentèrent de définir comment se présentait à leurs yeux une existence vraiment harmonieuse, c’est-à-dire tout embaumée de joie. Le premier en écartait morale et dévotion qui faisaient « mourir moins de vices qu’elles n’empoisonnaient de plaisirs ». Il y introduisait des lectures tenant l’esprit en gaieté et des amours incapables de troubler le repos. Il en concentrait principalement les félicités sur une nourriture entre toutes exquise où les vins légers, mariés aux viandes choisies avec discernement, prolongeaient dans le corps, par l’effet d’une douce digestion, la béatitude première du goût. Saint-Évremond de son côté, sans dédaigner les agréments de la cuisine, leur donnait cependant une place secondaire dans ses préoccupations. Pour lui, le bonheur consistait à gagner un état « d’agréable indolence » c’est-à-dire de quiétude parfaite d’âme et de corps. Pour parvenir à cet état, la nécessité s’imposait de « sortir hors de soi », de faire peu de réflexions sur le passé et l’avenir, de chasser de sa route tout sujet de regret, de tristesse, ou de douleur sans toutefois s’abandonner à l’indifférence.

Visiblement Saint-Évremond s’efforçait d’attirer dans son sillage le comte d’Olonne. Pour le disposer à devenir, à son exemple, philosophe, il lui résumait tantôt en prose et tantôt en vers les propos qu’il avait tenus dans sa maison ; mais le comte paraissait peu enclin à faire, dans sa vie, prédominer l’intelligence. Plus favorablement il entendait les conseils de ses amis qui, pervertissant la doctrine d’Épicure, l’engageaient à mépriser toute autre jouissance que celle de la table.

Àune date indécise, en compagnie de ces gourmets et de Saint-Évremond au surplus, il fonda une sorte d’ordre de la chère-lie. Cet ordre ne prescrivait point à ses profès, comme les académies bachiques, d’engloutir dans un temps limité, le maximum de victuailles et de liquides, mais de savourer, parmi ceux-ci, les plus dignes d’enchanter des palais délicats.

Hantant avec assiduité leurs cuisines, travaillant des dents, se livrant à des expériences, procédant à des discriminations successives, les gastronomes purent bientôt décréter la précellence, sur les autres, de telle viande ou de telle venaison, proclamer en particulier la supériorité sur les crus en renom des vins issus de certains coteaux de Champagne.

En même temps, croissait en eux la vanité. Ils se montrèrent intolérants, témoignant, partout où on les conviait, répugnance devant les mets servis. Cette attitude leur aliénait peu à peu la société. Lavardin, leur ami, consterné de voir le génie de son cuisinier raillé par ces difficiles, crut se venger d’eux en les baptisant du nom ironique de « Coteaux ». Ils se prévalurent de cette appellation qui les distinguait du commun des gourmands. À Boisrobert seulement qu’ils avaient évincé de leur groupe, lui reprochant peut-être d’y figurer en écornifleur plutôt qu’en amphitryon et qui les menaçait de publier une satire, ils consentirent à faire amende honorable. Les vaudevillistes à leur tour les persiflèrent. Le Broussin, d’Olonne, disaient-ils,

Le Broussin, d’Olonne
Et le duc de Vitry
Au vin s’abandonnent
Avecque Villandry
Chantant dessous la treille
Que l’amour
De la bouteille
Est plus galant que celui de la cour.

Ils ne songèrent nullement à bâtonner ces impertinents. Ils se gaussèrent d’eux.

Évidemment le suc ensoleillé des vignes champenoises les distrayait de l’amour. M d’Olonne, sentant bouillonner dans ses veines son sang ardent de Normande, fut la première à s’en plaindre. Son mari ne lui accordait plus d’attention véritable, tant il était préoccupé d’innover dans le domaine culinaire. Elle se lassait de l’accompagner à des agapes toujours renouvelées et dont elle retirerait, à la longue, un embonpoint superflu. Elle apprit avec quelque honte que les satiriques, stigmatisant sa mollesse, disaient de lui, dans leurs Proverbes de cour : « Il se ferait plutôt donner un coup de cuiller à la cuisine que d’épée à l’armée. » Le jeune homme, par surcroît, fut atteint prématurément de la goutte et il le fallut soigner au lieu de recevoir de lui des soins d’un autre ordre. Elle en conçut du ressentiment.

Quand le comte fut rétabli, il reprit, sans pitié pour elle, l’existence qui lui semblait la plus enviable. M d’Olonne, qui avait besoin d’admiration et de tendresse, se considéra dès lors comme veuve ; l’intimité de son foyer était rompue : l’heure sonnait de suivre les avis de Pierre Patrix.

On a prétendu que Saint-Évremond, avec quelque désinvolture, aurait tenté de divertir la solitaire. Hypothèse hasardeuse. L’homme ne chassait guère sur les terres de ses amis. Jamais on ne le rencontre en posture de galant transi. Plein de réserve, il cherchait à conquérir l’esprit plutôt que le corps des femmes. Imprégner de sa doctrine celles d’entre ces dernières qu’il jugeait dignes de son enseignement lui procurait une jouissance bien plus vive qu’il n’en eût éprouvé à les étreindre. M d’Olonne, belle image, sans lumière intérieure, l’eût déçu immanquablement ; Ninon de Lenclos d’ailleurs tenait en suspens ses facultés affectives.

Bien plus sûrement que Saint-Évremond, Bussy-Rabutin joua, ce semble, un rôle obscur dans la vie de la comtesse d’Olonne à cet instant où elle se détourna d’un époux toujours attablé. Le beau garçon robuste et de tempérament passionné, un peu fol, guettant sans cesse l’aventure, oubliait volontiers que sa seconde épouse, Louise de Rouville, l’attendait dans sa maison. L’hiver, au retour de la guerre où il avait témoigné d’une frénétique bravoure, il se délassait dans la débauche ; mais s’il appréciait les festins des « Coteaux » ses amis, il ne leur consacrait pas tous ses loisirs. Un grand appétit d’amour le tourmentait qu’il s’efforçait de rassasier. Il hantait les ruelles galantes où il disséminait ses petits vers. Philosopher n’était pour lui qu’un amusement passager et sa philosophie n’invitait ni autrui ni lui-même à la sagesse. Aucune femme n’était auprès de lui en sécurité et M de Sévigné, sa cousine, avait dû refroidir leur commerce pour éviter un assaut pressenti.

Touché de voir M d’Olonne souffrir d’un abandon injurieux, il se rapprocha d’elle, tout confit en sympathie. Une sorte d’entente familière s’établit entre eux. Ensemble, contre les gens de la cour et de la ville qu’ils haïssaient, ils répandirent des couplets satiriques. L’un de ces couplets, dû à la plume un peu grossière et venimeuse de la comtesse, brocardait M de Sourdis-La Chapelle dont « l’odeur de morue » offensait ses narines délicates.

Que se passa-t-il ensuite ? Bussy-Rabutin se crut-il aimé ? Voulut-il trop vite recueillir le fruit de cajoleries et de petits services ? Fut-il repoussé ou bien lui fit-on comprendre que, quadragénaire au poil blanchissant, il touchait à l’heure de la retraite ? Toujours est-il qu’il se retira de la vie de M d’Olonne, le cœur plein de haine, resserra Ses relations avec le comte, attendit le temps des représailles. Sans un incident d’ordre sentimental on s’expliquerait mal ses gestes futurs.

Md’Olonne vraisemblablement ne signala point à son mari les tentatives de Bussy. En coquette avertie, elle était accoutumée à vivre environnée de désirs. Il lui eût semblé outrageant pour sa personne de passer un jour sans recevoir des hommages. Quand ces hommages ne lui étaient point rendus dans sa maison, elle les allait quérir ailleurs. La devise de son ménage, à partir de cette époque, parut être : « À chacun son plaisir. » De nouveau, elle se mêla aux fêtes et aux intrigues de l’hôtel d’Orléans. Au carnaval de l’an 1655, elle courut, sous des travestis fastueux, les bals masqués de la ville, insoucieuse des caquets de quelques bonnes dames ravies de signaler ses désordres. Une sorte de folie l’emportait. Elle s’étourdissait pour étouffer l’appel de ses sens.

Elle chaperonnait sa sœur Madeleine, aussi écervelée qu’elle, lui permettant de partager ses fougueux divertissements. Pourtant il fallut, par nécessité, modérer cette humeur de goguettes. Henri, marquis de La Ferté-Sennecterre maréchal de France, ensorcelé par la beauté de M de La Louppe, demandait en mariage cette jeune fille. Récemment veuf, sans enfants, de Charlotte de Bauve, ce guerrier, illustré par maintes victoires, gouverneur de Lorraine, puissant à la cour, souhaitait de reconstituer son foyer sur des bases heureuses et d’y installer une abondante postérité. On le disait, malgré la soixantaine proche, gaillard fort rude, nullement barbon, plein de gaieté au contraire et si bien vivant que les poètes bachiques se plaisaient à le célébrer.

Laisser un si beau parti échapper eût été maladroit. M d’Olonne aida activement sa sœur et sa mère à terminer cette capture. Dans sa feuille du 3 avril 1655 le gazetier Loret annonçait déjà que l’infante La Louppe, radieuse amazone, épouserait le vieux cavalier « à la tête de son armée ». Le mariage en réalité fut béni à La Chevrette, seigneurie voisine de Paris. Après un séjour à l’hôtel de Sennecterre, rue des Petits-Champs, la nouvelle mariée partait pour Nancy où elle faisait une pompeuse entrée.

Ainsi M d’Olonne occupait-elle ses loisirs. Mais, d’assurer le bien-être de sa sœur, cela ne guérissait point son propre tourment. Son existence manquait toujours du ragoût de l’amour. Hors qu’il transformait parfois son logis en tripot et ajoutait la distraction du jeu à celle de la cuisine, M. d’Olonne ne changeait guère d’attitude.

La comtesse, de par ses origines, témoignait une entière prédilection aux Normands. Or, elle s’aperçut qu’un seigneur de cette « nation », François d’Harcourt, marquis de Beuvron, cousin de la comtesse de Fiesque, jadis connu dans le cercle de Mademoiselle, la couvait du regard et recherchait toutes occasions de se rapprocher d’elle. Sans cette attention et cet empressement, elle ne l’eût jamais distingué. Il était « homme de bon sens et d’honneur », mais, bien que disposant de quelque promptitude d’esprit, la faisait rarement paraître. Son air languissant émut la jeune femme qui, dès lors, lui découvrant belle tournure, visage appétissant de brun, bouche menue aux dents claires, yeux brillants comme braises, nez fin, épais cheveux épandus en boucles sur ses épaules, manifesta discrètement quelque contentement de le voir. Bientôt, sous le prétexte qu’ils étaient voisins, elle lui ouvrit sa ruelle ; mais toujours dans cette ruelle un fâcheux s’interposait entre eux et contraignait le galant à partir sans avoir dévoilé son secret.

Pourtant, ils se trouvèrent seuls un jour. M d’Olonne, cachant son trouble sous un sourire narquois, agitait un éventail sans mot dire. Le jeune homme hésita un instant à parler, craignant sans doute qu’on ne le renvoyât vers son foyer où végétait son épouse Catherine Le Tellier ; mais, sous leur dentelle de cils dorés, les yeux céruléens de la comtesse le caressèrent d’un tendre regard.

— Si je ne voulais, Madame, murmura-t-il, soudain déterminé, que vous faire savoir que je vous aime, je n’aurais que faire de vous parler ; mes soins vous ont assez dit ce que je sens pour vous ; mais comme il faut que vous répondiez à ma passion, il est nécessaire que je la découvre… Que vous m’aimiez ou que vous ne m’aimiez pas, je suis résolu de vous aimer toute ma vie. »

Il se tut, attendant sa condamnation. Or M d’Olonne, de sa voix musicale, le bénit, au contraire, de lui procurer tant de bonheur. Certes, elle avait remarqué son assiduité et partagé son émoi. Une invincible amitié la liait à un homme d’un si grand mérite et elle ne lui défendait pas l’espoir.

Ils se quittèrent, enchantés l’un de l’autre, se revirent et rencontrèrent l’heure du berger. Nul remords chez la comtesse. Elle se vengeait des dédains de son mari. Elle faisait aussi acte d’indépendance. Les deux amants s’installèrent avec sérénité dans la trahison, en savourant les délices assez mystérieusement pour qu’on ne la soupçonnât point.

La jeune femme, à la vérité, avait cherché dans cette liaison une satisfaction des sens plutôt qu’une consolation de l’âme. Quand les mois eurent passé, elle acquit le sentiment qu’elle possédait deux époux dont l’un lui prodiguait plus d’élans, lui témoignait plus de jalousie, mais maintenait aussi bien que l’autre son existence dans la platitude et l’ennui. Ajouter le second au premier, c’était aspirer avec ténacité à la palme du martyre. Au moins le premier ne réclamait-il nullement une fidélité que le second exigeait tantôt avec des prières et tantôt avec du courroux.

Pour glaner le piment qui faisait toujours défaut dans sa carrière, elle revint chez Mademoiselle. Hélas ! Mademoiselle, souhaitant de faire oublier au roi ses gestes tragi-comiques de frondeuse, se transformait en bergère et rêvait de fonder un royaume sans galants où se réfugieraient les dames désenchantées. Tout de suite M d’Olonne se refusa à hanter cette morne Thébaïde. Elle accompagna à Chilly la princesse qui y choyait l’infortune en la personne de la reine d’Angleterre, puis elle l’abandonna à ses chimères.

De contempler cette majesté en exil, cela lui avait fait sentir l’inanité de la grandeur et mieux encore inspiré le goût de décupler ses plaisirs. Sachant, par des visites précédentes, que l’on s’y divertissait aimablement, elle accourut chez la comtesse de Fiesque, lieutenante de Mademoiselle au temps où celle-ci, empanachée de plumes et montée sur un coursier, stimulait l’ardeur des rebelles sur les routes d’Orléans. Maintenant assagie, cette Gilonne d’Harcourt, travestie en reine Gillette, régnait sur un peuple de mourants. Sous forme de versiculets ou de verbiage amoureux, l’encens montait sans cesse vers elle, mais elle favorisait ses dévots avec parcimonie.

Md’Olonne ressentit grande pitié pour tant d’affamés qui se repaissaient d’espoir. Elle accueillait si favorablement leurs requêtes tendres qu’ils allaient exaltant partout sa merveilleuse gentillesse. Sa beauté « commençait à faire du bruit ».

C’est à ce moment que M Louis-Charles-Gaston de Nogaret, duc de Candale, attiré par ce bruit, vint grossir la cour de la reine Gillette. Il s’y présenta un soir d’hiver au retour de la campagne de Catalogne où il commandait sous le prince de Conty. Quand M d’Olonne l’eut vu elle ne songea plus à s’apitoyer sur autrui ; elle s’émut sur elle-même. Ses charmes et son esprit suffiraient-ils à gagner le cœur de ce damoiseau rayonnant sous sa couronne de cheveux d’or, marchant comme un dieu, parmi les oraisons de cent adoratrices, de si fière et si leste taille, et portant avec tant de grâce, sur des ajustements de son invention, un nuage de dentelles parfumées ? Comment croire une telle espérance réalisable ? On disait l’homme inconstant, capricieux, frivole, et M de Saint-Loup, celle de ses maîtresses qui l’avait le plus longtemps retenu, n’obtenait à cette heure sa faveur que lorsqu’il éprouvait le désir d’une industrieuse luxure.

Md’Olonne, s’interrogeant elle-même, ne se doutait point que le prestige de sa beauté, ayant rejailli jusqu’à lui, M de Candale avait résolu, pour sa gloire, de l’aimer, d’être aussi aimé d’elle et venait chez la comtesse de Fiesque dans ce dessein prémédité.

Avec le plus vif étonnement, elle vit s’approcher d’elle le pâle et mélancolique visage du jeune homme, elle reçut la cajolerie de ses grands yeux saphirins et elle entendit de doux compliments naître sur sa bouche fraîche et riante comme une fleur. Elle se sentit transportée d’aise, mais elle comprit qu’il fallait réprimer ce transport et elle affecta une attitude compassée.

Mde Candale était pressé en toutes choses et spécialement en matière d’amour où il n’était point accoutumé à attendre. Au lendemain de ce premier contact, laissant quelque peu transparaître sa merveilleuse complaisance, il révélait sa tendresse dans une lettre.

« D’ordinaire, lui répondit M d’Olonne, les grandes passions sont plus confuses, et il semble que vous écriviez comme un homme qui a bien de l’esprit, qui n’est point amoureux et qui veut le faire croire. » Et elle se déclara prête à juger « par sa conduite » des sentiments qu’il entretenait pour elle. Candale dès lors, considérant que l’entreprise menaçait de lui coûter beaucoup de labeur, se refroidit soudainement. Il occupait si bien son temps ailleurs que M d’Olonne en demeura toute déconfite. Dédaignée, elle ne savait plus par quel moyen rattraper le fugitif. Elle crut bon d’adoucir sa rigueur, elle se troubla, fit des avances, si bien qu’à l’instant où elle s’estimait victorieuse, elle se trouva palpitante et vaincue, enivrée de délices.

Candale n’était pas moins satisfait. Un amour véritable, fruit de cette satisfaction, emplissait maintenant son âme où le soupçon s’installait aussi. Sans tarder, par intuition peut-être, ou bien parce qu’il explora avec soin les alentours de sa nouvelle maîtresse, il surprit la présence de Beuvron dans sa vie. Il s’en plaignit aussitôt véhémentement. Beuvron de son côté avait tout de suite aperçu les progrès de son rival et s’indignait de la tromperie. Prise entre ces deux jalousies et souhaitant de garder l’un et l’autre galants, appréciables pour leurs vertus complémentaires, la comtesse réduisit le duc à la résipiscence en prenant de grands airs de dignité offensée. Plus certain d’être supplanté, Beuvron, loin de se laisser convaincre, aspirait à la vengeance. Assez bassement, il fit, par des avis indiscrets, connaître au comte d’Olonne le commerce du duc avec sa femme.

Le bon cocu traitait à ce moment une affaire bien autrement importante que celle dont il recevait la révélation. Il importunait Mazarin pour obtenir le sénéchalat du Poitou qui englobait son comté d’Olonne et que convoitait le duc de Roquelaure. Loin de se mettre en colère, il interdit simplement à la comtesse de voir M. de Candale. Ainsi rien ne fut changé pour personne, car M d’Olonne rejoignit commodément en secret le duc et elle continua ses relations avec le marquis. Sans les récriminations dont ils persistaient à l’obséder, elle eût goûté un parfait bonheur avec l’un comme avec l’autre, les rendant plus passionnés par la crainte du partage.

Cependant M. d’Olonne ne s’était pas contenté de proscrire Candale de sa maison. Il avait refusé à sa femme le libre accès de sa bourse déjà à demi vidée par leur double dissipation. Pour être dame de bel air, acquérir rubans, dentelles, falbalas, étoffes orfévrées d’or et d’argent, suivre avec assiduité la mode, jouer aux tables de reversi, elle se devait restreindre. Serait-elle donc vêtue comme une pauvresse et verrait-elle son éclat déchoir pour une question de deniers ?

Par bonheur le destin lui restait favorable. Un beau matin, en effet, Quentine, sa femme de chambre et sa confidente, lui remit un billet. Jamais billet ne fut plus insolent et plus providentiel à la fois. Il était de la main du sieur Jacques Paget, intendant des finances, ami de Boisrobert, engagé dans maints « partis » et tirant une pluie d’or des fermes sous sa domination.

« Madame, disait dans ce billet le maltôtier habitué à tout acheter, j’ai aimé bien des fois en ma vie, mais je n’ai jamais aimé tant que vous. Ce qui me le fait croire, c’est que je n’ai jamais donné à mes maîtresses plus de cent pistoles pour avoir leurs bonnes grâces et que pour les vôtres j’irai jusqu’à deux mille. Faites réflexion là-dessus, je vous prie, et songez que l’argent est plus rare que jamais il n’a été. »

Deux mille pistoles, belle somme. Madame d’Olonne goûta la franchise de son correspondant : « Je n’ai jamais rien vu de si joli que votre lettre », lui répondit-elle ; et elle lui donna rendez-vous. Il vint à ce rendez-vous, certain de son succès, « avec son sac et ses quilles ». Tandis qu’elle comptait ces dernières, la comtesse félicitait encore le financier d’un style où la clarté le disputait à la précision. Ils s’entretinrent ainsi avec agrément, non sans entrecouper leurs discours de silences délicieux.

Après trois rendez-vous, M d’Olonne jugea qu’elle vilipenderait sa marchandise si elle n’exigeait un nouveau billet. Paget s’excusa d’avoir désappris l’art d’écrire et appris celui d’aimer. Dès lors, on ne lui offrit plus — encore dans le dessein d’activer sa générosité — que la vue d’un objet si doux à posséder. Commit-il par dépit quelque indiscrétion ? Candale, qui haïssait les bourgeois, s’offusqua de savoir que celui-ci faisait le coquet chez sa maîtresse et réclama son renvoi immédiat. Comme la comtesse, ayant promis ce congé ne le donnait point, le duc, partant pour la Catalogne sans la revoir, lui écrivit brutalement : « Je vais faire un effort sur mon amour pour ne vous plus regarder que comme une infâme. »

Fort troublée par cette lettre, la jeune femme le fut plus encore par un pamphlet intitulé Carte du Pays de Bracquerie qui circula vers cette époque, dans la société, sous forme de copies. Il venait de Catalogne et l’on chuchotait que Bussy-Rabutin l’avait pu écrire sur un dessin exécuté par le prince de Conty. On y assurait qu’Olonne était un chemin fort passant où recevait asile quiconque le demandait en offrant de payer le gîte.

Si publiquement injuriée, M d’Olonne crut devoir, pour conserver Candale, jurer, sur sa précieuse tête, de chasser Paget et Beuvron. Elle n’en fit rien, mais elle convainquit le duc. Bientôt celui-ci traversait des angoisses mortelles en apprenant que la comtesse, loin de songer à le tromper, se débattait contre la mort. La petite vérole, « ce tyran des lis et des roses » la tenait dans l’appréhension de perdre sa beauté. Quel dommage ! gémissait le gazetier Loret, prenant le ton d’un orateur funèbre.

Mais enfin la moribonde sortit du mal si épanouie que le petit de Beauchasteau, poète de douze ans choyé des dames, décrivant les transes de l’Amour devant le lit où agonisait sa prêtresse favorite, s’écriait :

Qui pourrait jamais comprendre
Le plaisir qu’il reçut, quand il vit, de leur cendre,
Comme un nouveau Phœnix renaître ses appas ?

Tout être qui, par miracle, échappe à la mort, apprécie bien davantage la vie et se hâte d’en savourer les agréments. Ainsi Madame d’Olonne. À peine eut-elle récupéré ses forces que Candale revenait de la guerre, empressé, ardent et l’ensevelissait dans ses bras. Les deux amants dès lors vécurent dans un état de folie, cyniques, sans scrupules, se moquant de la calomnie, donnant à la cour et à la ville le spectacle de leur liaison étalée. Ils se rencontraient, pour leurs ébats intimes, dans la maison d’une dame de campagne que la comtesse feignait de visiter ; mais, le plus souvent, Madame d’Olonne ouvrait la nuit le foyer conjugal et son propre lit au blond seigneur, tout entier maintenant ensorcelé. M de Choisy, femme compromise par mille intrigues et de mœurs fort relâchées, leur donnait aussi asile dans sa maison accessible comme un tripot aux joueurs, comme une alcôve aux amoureux.

À Berny, chez Hugues de Lionne, secrétaire d’État qui traitait le roi, Monsieur et la Cour, ils apparurent, lui tout resplendissant d’or et de gemmes, elle, merveilleusement ajustée dans un justaucorps à la Danoise, le chef couvert d’un tapabor de plumes ondoyantes. Ils commirent bien d’autres imprudences. M d’Olonne, en compagnie de la duchesse de Roquelaure et de la comtesse de Soissons, eut envie de visiter le yacht tout paré de sculptures, la proue ornée d’un cheval marin, que le ministre Abel Servien avait fait venir de Hollande pour naviguer de Paris à sa terre de Meudon. Comme les trois dames en admiraient les chambres constellées d’or, les ducs de Candale et de La Feuillade, le second amoureux de M de Roquelaure, survinrent, simulant l’étonnement de cette rencontre fortuite. Les deux jeunes hommes donnèrent l’ordre aux mariniers d’appareiller. Les voiles s’enflèrent. À Saint-Cloud, terme de cette croisière galante, une magnifique collation attendait les passagers.

Au retour, M de Soissons, dupe de cette comédie, furieuse de faire galerie devant ses compagnes cajolées, répandait partout le bruit de son aventure, lui donnait une allure de scandale. Heureuse de n’avoir point été souffletée par son mari, à l’exemple de M de Roquelaure, M d’Olonne, sans brides désormais, continuait à pourchasser le plaisir, étalant un luxe insolent. Au feu d’artifice nautique que l’ambassadeur de Portugal faisait tirer sur la Seine « à l’occasion du couronnement de son roi », elle arborait fièrement la toque de velours noir ombragée de plumes, l’habit à la cavalière à six basques garnies de rubans que la reine Christine de Suède, récemment passée à Paris, avait mis à la mode. Elle ne baissait le front devant personne. La honte ne l’atteignait plus. À un vaudevilliste qui, sur un air languedocien, faisant allusion à sa liaison publique, lui disait :

Belle comtesse, dites-nous,
Aimez-vous bien votre époux
Ou bien si la blonde tresse,
Mon Diou,
Émeut votre tendresse,
Loua sa Dious !

elle répondait sans aucune gêne :

Je ne dis point mon sentiment
D’un époux et d’un amant.
Quoi ! les mettre en balance !
Mon Diou,
La question m’offense,
Loua sa Dious !

L’été venu, Candale plein de confiance s’en alla rejoindre ses régiments de Catalogne. M d’Olonne alors se contenta de Beuvron qu’elle parvenait toujours à rasséréner. Vers le milieu de cet été 1657, elle ressentit les premières atteintes d’un mal de jambe que nul remède ne guérissait. Les médecins, craignant la gangrène, conseillèrent les bains de Bourbon-l’Archambault. M. d’Olonne recevant, de son côté, quelque tourment de sa goutte, décida d’accompagner sa femme.

Étrange intimité. Parvenus à la station thermale, les deux époux se querellèrent au lieu de se porter secours. Exaspéré d’être sans cesse bravé, le comte, retrouvant une ombre d’énergie, lança à la malade un si furieux soufflet qu’elle en faillit perdre le sens de rage et de confusion. Désormais, tout espoir de rapprochement semblait rompu entre eux. Rentrée à Paris, M d’Olonne, tout de suite, se préoccupa de substituer à Paget un payeur moins avaricieux. Nicolas Janin de Castille, trésorier de l’Épargne, sorti de rien et se disant de race royale par bâtardise, marquis d’un marquisat acheté à renfort d’écus, jouissait d’un grand crédit dans le monde pour sa propre fortune de financier enrichi et parce qu’il disposait de la caisse royale. Il plaisait à M d’Olonne pour sa bonne mine, ses grands yeux chargés de langueur, sa bouche où pointait l’ironie, sa longue chevelure crespelée, sa propreté, la magnificence de ses vêtements rehaussés par le collier de l’ordre. Elle le voyait partout papillonner autour des dames dont il moissonnait les faveurs. Maintes fois, elle avait senti son regard l’envelopper.

Il n’était point homme, comme Paget, à négocier en boutiquier son achat. Il le fallait appâter, puis circonvenir. Elle imagina, dans ce but, de lancer, à la mode du temps, une loterie de bijoux et de meubles. Elle en parla dans les compagnies, et en présence de Janin, demandant à chacun, selon sa fortune, sa contribution d’argent. Ainsi le trésorier fut-il taxé à mille francs. Il en profita pour offrir en cachette dix mille francs avec son amour. M d’Olonne tira-t-elle de lui des sensations inédites ou bien en attendait-elle d’autres largesses ! Trois mois durant, aucun nuage ne troubla leur doux commerce.

Mais vers la fin de l’an 1657, la comtesse, reprise par son mal de jambe, s’alita. Et voici que, du fond de la Catalogne, comme si le sort la voulait accabler, une affreuse lettre lui parvint. Éclairé sur sa conduite par ses espions, Candale la reniait. Il s’acheminait vers Paris, affamé de vengeance. Que faire et comment se disculper ? La malade tomba dans une noire inquiétude.

Heureusement les avis de quelques renseignés la rassurèrent. Le duc, souffrant d’une bizarre incommodité, se traînait d’étape en étape. Une nouvelle lettre survint de Lyon où il s’était arrêté. C’était une lettre d’adieu, écrite à l’article de la mort. M d’Olonne en larmes déplora d’avoir cruellement bafoué le jeune homme au visage angélique qui lui renvoyait bagues et bracelets de cheveux, portraits, toutes ses reliques d’amour.

Bientôt cependant elle sécha ses pleurs. On disait que Candale s’était éteint empoisonné par un Provençal jaloux, M. de Castellane, dont il avait séduit la femme. Une telle félonie ne suffisait-elle pas à dissiper tout chagrin ! Après plusieurs jours de repos où elle feignit encore quelque regret « pour son honneur » de coquette, M d’Olonne, guérie, parut au cercle de la reine. Ce fut pour y devenir amoureuse d’un gentil soufflet d’ébène incrusté de métaux précieux et dont les peaux de Frangipani parfumaient délicieusement l’air exhalé par son bec d’argent. Sans cesse, pour en respirer l’haleine odorante, elle attisait le feu, si bien que les courtisans, amusés de son manège, la surnommèrent « la souffleuse de la reine et la souffletée de son mari ».

Le bibelot à la fin excita à ce point son envie qu’elle décida le marquis de Vardes, moyennant récompense sans doute, à le dérober pour elle. Un jour, l’astucieux muguet l’emporta sous son manteau. Tout de suite, la reine soupçonna M d’Olonne, qui le niait, d’être l’auteur du larcin. L’affaire prenait un tour si fâcheux, les menaces de perquisitions étaient si catégoriques, que la comtesse dut faire discrètement restitution. L’appartement royal, où l’on avait un instant toléré sa présence, lui était de nouveau fermé.

Md’Olonne, par bonheur, nous l’avons dit, se souciait peu de la cour. Il sembla même à cette époque de sa vie, qu’elle prît plaisir à la braver. La mort de Candale l’ayant réconciliée avec son mari, elle se mêla de nouveau aux divertissements de celui-ci. Au carnaval de l’an 1658, les deux époux, redevenus compagnons de débauche, l’abbé de Villarceaux, Odet d’Harcourt, comte de Thury, milord William Crofts et Louis-Roger Bruslart, marquis de Sillery, tous bons libertins, fort ennemis de l’austérité, firent alterner les festins avec les mascarades.

Comme celles-ci ne les amusaient qu’à demi, ils décidèrent d’en inventer une qui intriguât la société et se rendît « fameuse » par son originalité. Ils se procurèrent des frocs de capucins et des habits de sœurs collettes. Les ayant revêtus et leurs visages cachés sous des masques, ils s’en allèrent avec audace porter des « momons » dans les maisons où ballaient les gens de la noblesse. M. de Sully les vit entrer dans ses salles avec étonnement et M Sanguin avec épouvante. Jamais mécréant n’avait osé encore narguer l’Église au point d’utiliser à de dérisoires travestis les costumes de saints religieux.

Bientôt tout Paris s’entretint du sacrilège. Le carême survenu, les prédicateurs tonnèrent en chaire contre une telle impiété et en réclamèrent le châtiment. Par des indiscrétions on connut les noms des coupables. Stimulé par la reine-mère, fort dévote, le roi déclara qu’il vengerait la religion injuriée. Les pèlerins de carnaval, apeurés par ce tumulte, durent, pour éviter la Bastille ou l’exil, envoyer à sa Majesté des messagers capables d’apaiser sa colère. Le bruit peu à peu se calma ; mais les héros de l’impure facétie perdaient pour toujours la bienveillance de la cour.

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