C) Judaïsme et christianisme
La situation que les Juifs s’étaient acquise à l’époque hellénistique semble ne pas avoir subi de transformations fondamentales après la conquête romaine. Les privilèges octroyés aux Juifs par les lois hellénistiques furent confirmés par les empereurs romains.
« Les Juifs jouissaient d’une conditions privilégiée dans l’Empire romain[104]. »
Le fait qu’à Alexandrie seule habitaient près d’un million de Juifs suffit pour caractériser leur rôle principalement commercial dans la Dispersion qui comptait trois millions et demi de Juifs plusieurs siècles avant la prise de Jérusalem, alors qu’un million à peine continuaient à demeurer en Palestine.
« Alexandrie, en Egypte, sous les empereurs romains, fut ce que Tyr avait été à l’époque de la splendeur du commerce phénicien… Sous le règne des Ptolémées, il s’était établi un commerce direct entre l’Egypte et l’Inde. De Thèbes, les caravanes se rendaient à Méroë, dans la Haute Nubie, dont les marchés étaient aussi fréquentés par les caravanes de l’intérieur de l’Afrique. Une flotte romaine se rendait à l’embouchure du Nil pour recevoir les objets précieux et les distribuer dans l’Empire[105]. »
Deux quartiers sur cinq, à Alexandrie, étaient habités par les Juifs[106]. Le rôle des Juifs à Alexandrie était tellement important qu’un Juif, Tibérius Julius Alexander, fut nommé gouverneur romain de cette ville.
Au point de vue de la culture, ces Juifs alexandrins étaient complètement assimilés et ne comprenaient plus que le grec. C’est à leur intention que les livres religieux hébraïques durent être traduits dans cette langue. Des communautés semblables à celle d’Alexandrie étaient disséminées dans tous les centres commerciaux de l’Empire. Les Juifs se répandirent en Italie, en Gaule et en Espagne. Jérusalem continuait à être le centre religieux du judaïsme diasporique.
« Les successeurs de David et de Salomon n’avaient guère plus de signification pour les Juifs de cet âge que Jérusalem pour ceux de notre temps. La nation trouvait sans doute, pour son unité religieuse et intellectuelle, un point de ralliement dans le petit royaume des Hasmonéens, mais la nation elle-même consistait non seulement en sujets des Hasmonéens, mais en une foule innombrable de Juifs dispersés dans tout l’Empire et dans l’Empire romain. Dans l’intérieur des cités d’Alexandrie et de Cyrène, les Juifs formaient des communautés administrativement et même localement distinctes, à peu près semblables aux « quartiers des Juifs », mais avec une position plus libre et surveillées par un « maître du peuple » comme juge supérieur et administrateur… Même à cette époque, l’affaire prédominante des Juifs était le commerce[107]. »
Dans les livres sibyllins de l’époque des Macchabéens, il est dit que « toutes les mers sont bondées de Juifs ».
« Ils sont allés dans presque toutes les villes et il serait difficile de trouver un endroit de la terre qui n’ait vu cette tribu ou qui n’ait été dominé par elle », dit Strabon.
« Que la plupart des Juifs, dans l’Antiquité, s’occupaient du commerce, cela est indiscutable pour les économistes[108]. »
Jérusalem était une grande et riche ville de 200.000 habitants. Son importance reposait avant tout sur le temple de Jérusalem. Les habitants de la ville et des environs vivaient avant tout de la masse des pèlerins qui affluaient dans la ville sainte.
« Dieu devint, pour les Juifs de Palestine, un moyen important d’assurer leur subsistance[109]. »
Ce n’étaient pas seulement les prêtres qui vivaient du service de Jéhovah, mais aussi les innombrables épiciers, changeurs de monnaies et artisans. Même les laboureurs et les pêcheurs de Galilée trouvaient certainement à Jérusalem des débouchés pour leurs produits. Il serait faux de croire que la Palestine fut entièrement habitée par les Juifs. Au Nord, il y avait plusieurs villes grecques. « Presque tout le reste de la Judée s’offre à nous fractionné entre des tribus mélangées d’Egyptiens, d’Arabes et de Phéniciens », dit Strabon[110].
Le prosélytisme juif prend des proportions de plus en plus imposantes vers le commencement de l’ère chrétienne.
« Pour beaucoup, il a certainement été tentant de faire partie d’une association commerciale si florissante et si étendue[111]. »
Déjà, en 139 avant J.-C., les Juifs sont bannis de Rome pour y avoir recruté des prosélytes. A Antioche, la plus grande partie de la communauté juive était composée des convertis.
C’est la position économique et sociale des Juifs dans la Diaspora qui, encore avant la chute de Jérusalem, rendit seule possible leur cohésion religieuse et nationale. Mais s’il est évident que la plupart des Juifs jouent un rôle commercial dans l’Empire romain, il ne faut pas penser que tous les Juifs soient des riches commerçants ou entrepreneurs. Au contraire, la majorité des Juifs se compose certainement de petites gens dont une partie tire sa subsistance directement ou indirectement du commerce : colporteurs, débardeurs, petits artisans, etc. C’est cette foule de petites gens qui, la première, est frappée par la décadence de l’Empire romain et souffre le plus des exactions romaines. Concentrée en grandes masses dans les villes, elle est capable de plus de résistance que le peuple des paysans dispersés dans les campagnes. Elle est aussi beaucoup plus consciente de ses intérêts. Aussi, la foule juive des grandes villes constituera-t-elle un foyer continuel de troubles et de soulèvements dirigés à la fois contre Rome et contre les riches.
Il est devenu de tradition de faire du soulèvement juif, en 70, une grande « insurrection nationale ». Cependant, si ce soulèvement était dirigé contre les exactions insupportables des procurateurs romains, il était aussi résolument hostile aux classes riches indigènes. Les aristocrates se déclarèrent tous contre la révolte. Par tous les moyens, le roi Agrippa et les autres membres des classes riches s’efforcèrent d’arrêter l’incendie. Il fallut que les zélotes massacrassent d’abord ces « gens de bien » avant de pouvoir s’attaquer aux Romains. Le roi Agrippa et Bérénice, après l’échec de leurs efforts de « conciliation », se trouvèrent non du côté des insurgés, mais du côté des Romains. Les membres des classes dirigeantes qui, comme Flavius Josèphe, avaient fait mine de vouloir aider les révolutionnaires, s’empressèrent de les trahir honteusement. D’autre part, la révolte en Judée ne fut pas unique en son genre. Plusieurs révoltes éclatèrent dans des villes grecques sous le règne de Vespasien. Une agitation sociale intense était menée par les philosophes cyniques que Vespasien dut chasser des villes. Les Alexandrins aussi montrèrent leurs sentiments hostiles à Vespasien.
« L’exemple de la Bithynie, les désordres à Alexandrie sous Trajan, montrent que la lutte de classes, en Asie Mineure et en Egypte, ne s’est jamais arrêtée[112]. »
Mais l’agitation sociale ne se limite pas aux masses urbaines, les plus touchées cependant par la décadence croissante de la vie économique. Les masses paysannes commencent aussi à se mettre en mouvement. La situation des paysans est déjà très mauvaise au I° et au II° siècle.
« La situation des fermiers s’aggrave de plus en plus en Egypte. Les conditions dans lesquelles vivaient les masses de la population égyptienne sont de beaucoup inférieures à la moyenne normale. L’impôt était écrasant, le mode de perception brutal et onéreux[113]… »
Sous Marc Aurèle, le mécontentement s’étend à toutes les provinces. L’Espagne refuse de fournir des soldats ; la Gaule est pleine de déserteurs. Les révoltes se répandent en Espagne, en Gaule, en Afrique. Dans une supplique à l’empereur Commode, les petits fermiers africains disent :
« Nous nous enfuirons dans un lieu où nous pourrons vivre comme des hommes libres. »
Pendant le règne de Septime Sévère, le banditisme prend des proportions inouïes. Des bandes de « Heimatlos » ravagent diverses parties de l’Empire. Dans une supplique dont on a trouvé dernièrement un exemplaire, les petits fermiers de Lydie, en Asie Mineure, s’adressent en ces termes à Septime Sévère :
« Quand les percepteurs d’impôts de l’empereur apparaissent dans les villages, ils n’apportent rien de bon ; ils tourmentent les habitants par des réquisitions insupportables et par des amendes… »
D’autres suppliques parlent de la brutalité et de l’arbitraire de ces mêmes employés.
La misère des masses urbaine et rurale offrit un terrain fertile à la propagation du christianisme. Rostovtzeff voit avec raison une liaison entre les révoltes juives et les révoltes populaires en Egypte et en Cyrénaïque sous le règne de Trajan et de Hadrien[114]. C’est dans les couches pauvres des grandes cités de la Diaspora que se répandit le christianisme.
«La première communauté communiste messianique se trouvait à Jérusalem, mais bientôt de telles communautés se fondèrent dans les autres villes habitées par un prolétariat juif[115]. »
« Les plus vieilles stations du commerce phénicien terrestre et maritime furent aussi les sièges les plus anciens du christianisme[116]. »
Tout aussi bien que les insurrections juives étaient suivies d’insurrections de couches populaires non juives, la religion communiste juive s’étend rapidement parmi les masses païennes.
La communauté chrétienne primitive n’est pas née sur le terrain du judaïsme orthodoxe ; elle était en rapport étroit avec les sectes hérétiques[117]. Elle était sous l’influence d’une secte communiste juive, les Esséniens «qui, dit Philon, n’ont pas de propriétés, pas de maisons, d’esclaves, de terres ou de troupeaux ».
Ils exercent l’agriculture, et le commerce leur est interdit. Le christianisme, à ses débuts, doit être considéré comme une réaction des masses travailleuses du peuple juif contre la domination des riches classes commerciales. Jésus, chassant les marchands du Temple, exprime la haine des masses populaires juives contre leurs oppresseurs, leur hostilité contre le rôle prédominant des riches commerçants. Au début, les chrétiens ne forment que de petites communautés sans grande importance. Mais c’est au II° siècle, époque de la grande misère dans l’Empire romain, qu’ils parviennent à devenir un parti extrêmement puissant.
« Au III° siècle, l’Eglise se renforça d’une façon extraordinaire[118]. »
« Au III° siècle, les témoignages du christianisme se multiplient à Alexandrie[119]. »
Le caractère populaire, antiploutocratique du christianisme primitif est indiscutable.
« Heureux les pauvres, car le royaume de Dieu vous appartient. Heureux vous qui avez faim, car vous serez rassasiés… »
« Mais malheur à vous, les riches. Malheur à ceux qui sont rassasiés, car vous aurez faim »,
dit l’Evangile de saint Luc. L’Epître de saint Jacques est aussi affirmative :
« Et maintenant, riches, pleurez, poussez des hurlements à cause des misères qui vous attendent. Vos richesses sont tombées en pourriture et vos vêtements ont été mangés par les vers. Votre or et votre argent se sont mouillés et leur rouille rendra témoignage contre vous et dévorera vos chairs comme un feu… Voilà que le salaire des ouvriers qui ont moissonné vos champs et dont vous les avez frustrés, élève la voix et sa clameur a pénétré jusqu’au Seigneur Sabaoth. » (V, 1-4).
Mais avec le développement rapide du christianisme, ses dirigeants essaient d’émousser son tranchant antiploutocratique. L’Evangile de saint Matthieu montre le changement intervenu. Il y est dit : « Heureux les pauvres d’esprit, car le royaume du Ciel vous appartient. Heureux ceux qui ont soif de justice, ils seront rassasiés. » Les pauvres sont devenus des pauvres d’esprit ; le royaume de Dieu n’est plus que le royaume du ciel ; les affamés n’ont plus que soif de justice. La religion révolutionnaire des masses populaires se change en religion consolatrice de ces mêmes masses. Kautsky compare ce phénomène au révisionnisme social-démocrate. Il serait plus juste de comparer cette évolution au phénomène fasciste que nous connaissons actuellement. Le fascisme, aussi, essaie de se servir du « socialisme » pour raffermir le règne du capital financier. Il n’hésite pas devant les falsifications les plus éhontées pour tromper les masses, pour représenter le règne des magnats de l’industrie lourde comme le « règne du travail ».
Cependant, la « Révolution fasciste » a aussi un certain contenu économique et social. Elle clôt définitivement l’époque libérale et inaugure l’époque de la domination complète du capital des monopoles, antinomie du capitalisme de la libre concurrence. De même, il est insuffisant de dire que le christianisme est devenu un instrument de duperie des classes pauvres. Il devint l’idéologie de la classe des propriétaires fonciers qui s’est emparée d’un pouvoir absolu sous Constantin. Son triomphe coïncide avec le triomphe complet de l’économie naturelle. En même temps que le christianisme, l’économie féodale se répand dans toute l’Europe.
Il est certainement faux de rendre le christianisme responsable de la chute de l’Empire. Mais il a fourni l’armature idéologique aux classes qui se sont élevées sur ses ruines.
« Le clergé de l’Orient et de l’Occident condamna même le plus léger prêt à intérêt[120]. »
Il prenait ainsi en mains les intérêts de la nouvelle classe possédante dont toutes les richesses provenaient uniquement de la terre. La raison essentielle de la faillite du christianisme « prolétarien » et du triomphe du christianisme « fasciste » doit être recherchée dans l’état arriéré du mode de production de cette époque. Les conditions économiques n’étaient pas encore mûres pour le triomphe du communisme. Les luttes de classe du II° et du III° siècle n’aboutirent à aucun résultat pour les masses populaires[121].
Cela ne signifie pas que les classes pauvres aient accepté le triomphe du catholicisme sans résistance. L’abondance des hérésies constitue la meilleure preuve du contraire. Si l’Eglise officielle persécutait avec une telle fureur ces hérésies, c’est qu’elles représentaient, tout au moins en partie, les intérêts des classes pauvres. Un auteur du IV° siècle écrit de Constantinople :
« Cette ville, dit-il, est pleine d’esclaves et de gens de métier qui sont tous de profonds théologiens et qui prêchent dans les boutiques et dans les rues. Priez un homme de vous changer une pièce d’argent, il vous apprendra en quoi le Fils diffère du Père. Demandez à un autre le prix d’un pain, il vous répondra que le Fils est inférieur au Père. Informez-vous si le bain est prêt, on vous dira que le Fils a été créé de rien. »
Comme nous l’avons vu, le christianisme fut d’abord l’idéologie des masses juives pauvres. Les premières églises se forment autour des synagogues. Les judéo-chrétiens avaient leur évangile propre qu’on nommait l’Evangile selon les Hébreux. Mais probablement assez rapidement, les judéo-chrétiens se fondirent dans la grande communauté chrétienne. Ils s’assimilèrent dans la grande masse des convertis.
Depuis le II° siècle, époque de la grande extension du christianisme, on n’entend plus parler de la communauté juive d’Alexandrie. Il est probable que la plupart des Juifs alexandrins sont entrés dans le giron de l’Eglise[122]. L’Eglise alexandrine acquit pendant un certain temps l’hégémonie au sein de la religion nouvelle. Au concile de Nicée, c’est elle qui donne le ton aux autres communautés chrétiennes.
Mais si les couches paysannes du judaïsme embrassèrent avec ardeur l’enseignement de Jésus, il n’en fut pas de même de ses classes dominantes et commerçantes. Au contraire, elles persécutèrent avec ardeur la religion communiste primitive. Plus tard, quand le christianisme fut devenu la religion des grands propriétaires, quand ses tendances antiploutocratiques du début se furent limitées seulement au commerce et à l’usure, il est évident qu’alors aussi l’opposition des classes juives aisées ne perdit rien de son acuité. Au contraire, le judaïsme acquit de plus en plus conscience de son rôle propre. Malgré la décadence de l’Empire, le rôle du commerce fut loin d’être fini. Les classes dominantes ont toujours besoin des produits de luxe de l’Orient. Si les Juifs jouaient déjà un rôle important dans le commerce aux époques antérieures, ils deviennent de plus en plus les seuls intermédiaires entre l’Orient et l’Occident. Juif devient de plus en plus synonyme de marchand.
Le triomphe de l’économie naturelle et du christianisme permit donc d’achever le procès de sélection qui transforme les Juifs en classe commerçante. Vers la fin de l’Empire romain, il existe encore, certes, des groupes de Juifs dont l’occupation principale est l’agriculture ou l’élevage : en Arabie, en Babylonie, en Afrique du Nord. Les Juifs sont loin d’avoir disparu de Palestine. Contrairement à l’opinion des historiens et des idéologues idéalistes, les Juifs palestiniens n’ont pas été dispersés aux quatre coins de l’Univers par les Romains. Nous avons vu que la Diaspora avait eu d’autres causes. En 484, les empereurs eurent beaucoup de difficulté à réprimer une violente révolte des paysans samaritains. Au début du VII° siècle, les Juifs se jettent sur Tyr et massacrent sa population[123]. En 614, les bataillons juifs de Tibériade, de Nazareth et de la Galilée, aidèrent le roi perse à conquérir Jérusalem et y exterminèrent une multitude d’habitants. Encore au temps de l’invasion musulmane, les Juifs constituaient, d’après Caro, le fond de la population palestinienne[124]. La conquête musulmane produira ici des effets semblables à ceux qu’elle a eus dans tous les pays conquis.
La population, subjuguée, s’assimile progressivement aux conquérants. Tout comme l’Egypte perdit complètement son caractère propre sous la domination mahométane, la Palestine fut dépouillée définitivement de son caractère juif. Encore aujourd’hui, certains rites des paysans arabes de Palestine rappellent leur origine juive. Dans d’autres pays aussi, les groupes d’agriculteurs ou de pasteurs juifs sont soumis à une forte poussée assimilatrice et succombent tôt ou tard ; et c’est là le phénomène essentiel de plus en plus perceptible par l’évolution historique. Seules, les communautés juives à caractère nettement commercial, nombreuses en Italie, en Gaule, en Germanie, etc. s’avèrent capables de résister à toutes les tentatives d’assimilation. Que reste-t-il des tribus juives pastorales d’Arabie, des agriculteurs juifs d’Afrique du Nord ? Rien, sauf des légendes. Au contraire, les colonies commerciales juives de la Gaule, de l’Espagne et de la Germanie, ne font que se développer et s’épanouir.
On peut donc dire que si les Juifs se sont conservés, ce n’est pas malgré, mais précisément à cause de leur dispersion. S’il n’y avait pas eu de Diaspora avant la chute de Jérusalem, si les Juifs étaient demeurés en Palestine, il n’y a aucune raison de croire que leur sort eût été différent de celui de toutes les nations antiques. Les Juifs, comme les Romains, les Grecs, les Egyptiens, se seraient mêlés aux nations conquérantes, auraient adopté leur religion et leurs mœurs. Si même les habitants actuels de la Palestine eussent continué à porter le nom de Juifs, ils eussent eu autant de commun avec les anciens Hébreux, que les habitants d’Egypte, de Syrie et de Grèce avec leurs ancêtres de l’Antiquité. Tous les peuples de l’Empire romain furent entraînés dans sa débâcle. Seuls, les Juifs se sont conservés parce qu’ils continuèrent à porter dans le monde barbare, qui a succédé à Rome, les vestiges du développement commercial qui avait caractérisé le monde antique. Après que le monde méditerranéen se fut disloqué, ils continuèrent à relier entre elles ses parties éparses.
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