‹ La Coupe, Lupo Liverani, Le Toast, Garnier, Le Contrebandier, La Rêverie à ParisChapitre 37 sur 46 · Scène VII.

Scène VII.

ANGELO, seul.

Ces hommes vont m’admirer parce que je suis pire que Lupo ! Cette pensée me donne froid !… Je ne sais si c’est un hommage, ou un affront… Où est donc Délia ? La nuit est-elle devenue si obscure ou ma vue est-elle voilée de sang ? Malheureuse courtisane ! je t’aimais, il y a une heure. Je buvais la vie sur ton sein vénal, j’oubliais tout, j’étais ivre… Quel réveil ! Est-elle donc ?… Oui, froide déjà ! Cette plaie est horrible… Son regard fixe m’éblouit et me brûle comme une flamme… Allons, je suis fou ! Son œil est terne et reflète comme une vitre brisée le pâle rayon de la lune. Cachons ce cadavre ; j’espérais que Lupo souillerait sa main de ce meurtre, en trouvant sa concubine dans mes bras ; mais il ne tue pas les femmes, lui ! Tous les forfaits que je veux lui faire commettre seront-ils donc fatalement commis par moi ? (Il cache le cadavre dans les buissons.) Allons, repose les épines, fille de joie ! voilà une triste fin pour une si pompeuse existence ! C’est pour ton malheur que tu m’as rencontré ! Adieu ton bain parfumé et ta couche de satin, que tu regrettais de quitter pour trois jours ! À présent tu dormiras dans les aloës acérés, sur les cailloux tranchants.

(Il rit et sanglote.)