Scène IV.
LA MARQUISE, LEBEL, en habit de simple domestique sans livrée. GERMAIN.
Pendant que Mlle de Nesle sort par la chambre de la Marquise, Germain entre par la porte du salon.
GERMAIN. Un domestique sans livrée demande à parler à madame la marquise ; il prétend ne pouvoir dire qu’à madame… (Apercevant Lebel derrière lui.) Mais le voici. (À Lebel.) Je vous avais dit d’attendre là-bas, mon cher.
LA MARQUISE, sans voir Lebel. De quelle part vient-il ?
LEBEL. De la part du roi, madame.
Germain sort.
LA MARQUISE, à part. Lebel ! ah ! je devine. Le roi sait tout. (Haut.) Qu’avez-vous à me dire ?
LEBEL. Que le roi, indigné de la conduite de monsieur de Flavacourt et de ce qui s’est passé hier, ne veut prendre aucun parti à ce sujet, sans consulter madame la marquise, et qu’il la prie de le recevoir un instant, ce soir, après le jeu de la reine.
LA MARQUISE. Recevoir le roi… ici !
LEBEL. Il y viendra déguisé, et je puis affirmer que personne ne saura cette démarche… Mais le roi est dans une telle colère, que l’on peut tout craindre de son ressentiment pour votre famille, madame… et vous seule pouvez…
LA MARQUISE, réfléchissant. Le duc de Richelieu est-il de retour ?
LEBEL. Oui, madame ; il est arrivé ce matin. Il est en ce moment chez le roi.
LA MARQUISE. Ah ! j’en suis bien aise ; ses conseils me seront d’un grand secours. Dites au roi, monsieur Lebel, que l’intérêt de mon beau-frère me fera recevoir sa majesté à l’heure qu’elle désigne ; et que je ne mets à cette marque d’obéissance qu’une seule condition : c’est que monsieur le duc de Richelieu, dont les avis me sont nécessaires en cette circonstance, accompagnera sa majesté.
Elle sort.