‹ La Duchesse de ChâteaurouxChapitre 24 sur 47 · Scène III.

Scène III.

LA DUCHESSE DE CHÂTEAUROUX, très-parée en habit de cour ; LA DUCHESSE DE LAURAGUAIS, LE DUC DE RICHELIEU, LE DUC D’AGÉNOIS. PLUSIEURS PAGES DU ROI.

LA DUCHESSE, à un Page. Faites savoir au roi mon arrivée.

Les Pages se retirent.

RICHELIEU, bas, à d’Agénois. Par grâce, point d’éclat.

D’AGÉNOIS, très-ému. Rassurez-vous ; sa voix seule abat mon courage.

LA DUCHESSE, à Richelieu, sans voir d’Agénois. Ah ! c’est vous, mon cher oncle ! je suis ravie de vous trouver ici.

M DE LAURAGUAIS, au Duc. Vous allez nous conter tout ce qui s’est passé à l’armée.

LA DUCHESSE. Le roi s’est couvert de gloire, dit-on, il est l’idole de ses soldats… Ah ! j’étais bien sûre que lorsqu’ils le connaîtraient, lorsqu’ils le verraient si brave, si bon, ils ne pourraient s’empêcher de l’adorer.

RICHELIEU. Et de bénir le bon génie qui l’a déterminé à les commander, n’est-ce pas ? mais je ne puis vous parler que de la prise de Courtray, de Menin ; ce sont déjà de vieux succès ; et mon neveu vient à l’instant même nous en apprendre de nouveaux.

LA DUCHESSE, troublée. Le duc d’Agénois est ici ?

D’AGÉNOIS Oui, madame… la duchesse.

LA DUCHESSE, regardant le bras du duc d’Agénois. Que vois-je ! vous êtes blessé ?

D’AGÉNOIS. Ah ! cette blessure-là ne mérite pas votre intérêt, madame.

M DE LAURAGUAIS, bas, à Richelieu. Pauvre jeune homme ! il me fait peine !

LA DUCHESSE. C’est m’offenser, monsieur le duc, que de me croire indifférente à ce qui vous touche ; jamais je n’ai eu un plus vif désir de vous prouver ma constante amitié.

D’AGÉNOIS, avec amertume. Je vous rends grâce, madame ; il fut un temps où je pouvais tout accepter de cette honorable amitié, mais aujourd’hui…

RICHELIEU, vivement. Aujourd’hui que le maréchal de Noailles l’a pris sous sa protection, il ne veut pas abuser de la vôtre, c’est tout simple.

D’AGÉNOIS, avec une colère concentrée. Aujourd’hui que j’ai perdu l’espoir qui m’attachait à la vie, à la gloire, toute protection m’est inutile. Je ne crois plus rien depuis qu’un sceptre a brisé mon idole.

LA DUCHESSE, tombant sur un fauteuil. Ô ciel ! suis-je assez humiliée !

M DE LAURAGUAIS, à sa sœur. Pardonnez-lui ; le désespoir l’égare.

RICHELIEU, bas, à d’Agénois, en l’entraînant. Viens, suis-moi, te dis-je, ou tu nous perdras tous.

D’AGÉNOIS, au Duc. Rassurez-vous, je ne perdrai que moi ! Mais avant de subir mon sort, elle saura tout ce que sa honte me cause de…

RICHELIEU. D’Agénois, que dis-tu ?

D’AGÉNOIS. Non, je veux mourir à ses yeux.

LA DUCHESSE, prête à se trouver mal. Je succombe.

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