Défense de l’ouvrage · Lettre contre La Fable des abeilles
LA
LETTRE
ADRESSE’E A
MILORD C.
Dont je me plains, est conçue en ces termes.
MILORD,
« Ces Gens-là ſont aſſurément d’utiles Amis du Prétendant, & ſe propoſent d’avancer ſes intérêts, en travaillant à renverſer notre Gouvernement, qu’ils ſont ſemblant de défendre. Les ſages meſures que VOTRE SEIGNEURIE a déjà priſes pour ſupprimer totalement de ſi impies Ecrits, & les inſtructions qui ont déjà été données pour faire dénoncer & ces Ouvrages & leurs Auteurs par quelqu’un des Grands-Jurés, convaincront la Nation que l’on ne ſouffrira jamais parmı nous aucune entrepriſe contre le Chriſtianiſme »
« Ces malheureux Ecrivains avoient tâché d’exciter des troubles & des doutes funeſtes dans l’eſprit des Anglois. Les précautions qui ont ſi ſagement été priſes par nos Supérieurs, ſeront un puiſſant boulevard pour la Religion Proteſtante, ruïneront les projets & les espérances du Prétendant, & empêcheront tout changement dans le Ministère. »
« Continuez, MILORD, vos ſoins pour empêcher que le Peuple ne ſoit animé de cette maudite paſſion, qui, n’eſt jamais plus dangereuſe que lorsqu’aïant pour objet la Religion elle devient violente, cruelle & frénétique. C’eſt elle qui dans les Règnes, précédens a produit tant de maux, que VOTRE SEIGNEURIE a voulu prévenir efficacement pour la ſureté de l’Autorité Roïale. Vous avez ſuivi l’exemple de Sa Majeſté, qui a bien voulu donner des inſtructions, qui ſont très-bien connues à VOTRE SEIGNEURIE, pour conſerver l’unité dans l’Egliſe, & la pureté de la Foi Chrétienne. »
Apréſent je me flatte d'avoir démontré que ni les Qualités qui forment les liaiſons d'Amitié, ni les Aſſections naturelles à l'Homme, ni les VERTUS réelles qu'il eſt capable d'acquérir par la Raiſon, ni le Renoncement à ſoi-même, ne ſont point le fondement de la Société. C'eſt ce que nous appellons MAL dans le Monde, ſoit Moral, ſoit Phyſique, qui eſt le grand principe pour nous rendre des Créatures Sociables. ſeul qui eſt la ſolide baſe, la vie & le ſoutien de tous les Métiers, de tous les Commerces, & de toutes les Occupations des Hommes ſans exception. C’eſt-là que nous devons chercher la véritable origine de tous les Arts & de toutes les Sciences, enſorte que ſi le Mal ceſſoit, la Société ſeroit par-là même troublée, ſi elle n’étoit pas renverſée de fond en comble.
MILORD
Votre très-humble & très-fidèle Serviteur
THEOPHILE PHILO-BRITANNUS.