‹ La Fable des abeillesChapitre 8 sur 37 · Remarque F

Remarque F

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On peut dire que la Vertu s’eſt liée d’amitié avec le Vice, lorsqu’on voit d’Honnêtes-Gens, qui ſe mettent en état de ſoutenir leur famille, de donner une bonne éducation à leurs Enfans, de païer les impôts, & d’être en pluſieurs manières des Membres utiles à la Société, par les gains qu’ils font, en grande partie fondés ſur les vices des Hommes. Ils ne font point entachés de ces vices dont ils profitent ; ils n’y participent que par le commerce qu’ils font ils ne ſont complices de ces crimes, que dans le ſens qu’on peut appeller un Droguiſte, un Empoisonneur, & un Fourbiſſeur, un Homicide. C’eſt dans ce ſens que je dis que les ruſes Politiques ont établi une certaine union entre le Vice & la Vertu.

Ainſi le Marchand qui envoie du Grain & des Draps dans les Païs Étrangers, d’où il tire en échange du Vin & de l’Eau de vie, encourage les Manufactures de ſon Païs, & contribue à l’agrandiſſement de ſa Patrie. Promoteur de la Navigation, il fait fleurir le Commerce, dont le Public tire des avantages infinis. La Prodigalité & l’Yvrognerie ſoutiennent encore ce Commerce, & y ont la meilleure part. Puisqu’aſſurément, ſi perſonne ne bûvoit de vin que ceux qui en ont abſolument beſoin pour leur ſanté, la quantité de Marchands de vin, de Taverniers, de Tonneliers, &c. qu’il y a dans Londres, ſeroit dans une déplorable ſituation. On peut dire quelque choſe de pareil des Faiſeurs de Cartes & de Dez, qui ſont les Miniſtres immédiats d’une légion de Vices. Les Merciers, les Tapiſſiers, les Tailleurs, & une multitude d’autres, ne pourroient ſubſiſter ſix mois, ſi la Vanité & le Luxe bannis de la Société ne les ſoutenoient plus.

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