IV
Il était six heures et demie.
Le jardin resplendissait de fleurs sous le doux soleil de Mai finissant. Dans l’air parfumé, toutes les choses s’ambraient et se doraient.
Les oiseaux s’endormaient dans les arbres, les bruits s’apaisaient, devenaient très doux. Les trains, passant au loin, roulaient tout bas ; le sifflet des locomotives fondait dans l’harmonieux silence.
Ferdinand et la jeune femme s’assirent sous une gloriette.
Et ils se prirent les mains, et se regardèrent longuement dans les yeux, au milieu des effluves citronnés des seringas.
— Och ! dit M Posenaer avec poésie, on voudrait mourir dans ce crépuscule !
Et sa tête s’inclina lentement sur l’épaule du jeune homme.
Mosselman saisit la jeune femme dans ses bras et la pressa sur son cœur.
— Charlotte !
— Ferdinand !
Ils goûtèrent un moment délicieux…
Soudain, ils tressaillirent : des plaintes sinistres s’élevaient dans une charmille voisine.
La jeune femme s’affola :
— Je rentre, je rentre ! Ah ! vous m’avez compromise !
Elle s’enfuit vers la maison.
D’abord, Ferdinand demeura là, étonné et stupide ; puis il s’élança vers le bosquet d’où venaient les plaintes : il vit M Keuterings étendue de tout son long sur un banc. Vraiment elle avait l’air de se mourir. Son corset déployé, déchiré, gisait près d’elle. Sans doute, elle l’avait arraché dans un effort suprême…
Mais, ô surprise, à la vue du jeune homme elle se redressa. Elle n’était plus pâle, ses couleurs étaient revenues. Avec une intensité de violence et de haine, elle s’écria :
— Allez, j’ai tout entendu. Je vais tout dire !
— Ah ! madame, vous ne ferez pas cela !
— Vous allez voir !
Déjà, elle était debout.
Mais, brusquement, le jeune homme s’empara du corset oublié et, le brandissant d’un grand geste :
— Un pas de plus, dit-il avec véhémence, et toute la noce va connaître combien vous étouffiez dans ce corset !
— Arrêtez ! fit M Keuterings, qui retomba sur le banc, anéantie.
Et des pleurs ruisselaient sur ses joues.
— Ah ! Ferdinand, gémit elle, pardonnez-moi, je suis si jalouse ! Je vous aime !
Alors, Mosselman très ému s’assit auprès de cette tendre femme et soupira :
— Ah ! Clémence, c’est vous seule que j’adore, et vous n’avez pas su le comprendre !
Cependant la nuit venait et, dans le ciel pâle, commençaient de fleurir les constellations.
Et le jeune homme et la jeune femme s’enlaçaient avec âme, quand le sombre jardin retentit de cris joyeux :
— Monsieur Ferdinand ! monsieur Ferdinand ! C’était M Posenaer et des invités qui cherchaient Mosselman, afin qu’il chantât des romances comiques.
— Fuyez, dit Clémence d’une voix basse mais énergique, tandis que Ferdinand très agité, véritable toupie, klachdop d’une absurde fatalité, tournait sur place et ne savait à quoi se résoudre…