XI
Dans l’étude de ce rôle de Phèdre, dans la possession de son cerveau par la tragédie, dans l’effort de son intelligence à faire jaillir de ses entrailles la passion de la grande hystérique légendaire, la flamme brûlant la femme de Thésée — phénomène plus commun qu’on ne le croit au théâtre — s’était allumée dans le corps de la Faustin.
Àl’heure présente, elle s’étonnait des pleines sensations que lui apportaient les choses chatouillant les sens, du plaisir pénétrant que lui donnait l’odeur d’une fleur respirée à pleines narines dans le creux de sa main, et les yeux à demi fermés, les cils battant, avec dans l’oreille quelque chose du bruissement que gardent au fond d’eux les coquillages de la mer, la Faustin demeurait des temps infinis, toute enfoncée en des rêvasseries ardentes, des bouillonnements de cervelle qui ne sont pas de la pensée, tandis que son corps abandonné et sa chair amoureuse étaient secoués par de petits tressautements sensuels. Un furieux besoin d’aimer, qui s’était d’abord retourné vers le souvenir de William Rayne, demeurait en elle, déchaîné, et sans objet, et prêt à tomber sur n’importe qui. Au milieu du calme et de l’habitude bourgeoise de sa liaison avec Blancheron, à l’image de certaines femmes mariées restées longtemps sages, la tragédienne se sentait mordue de la soudaine et irrésistible envie de l’adultère avec un inconnu fourni par l’Occasion.
Au moment de jouer, la Faustin se trouvait enfin dans l’état d’une femme qui, après une lecture voluptueuse, couchée sur un banc de parc, le long d’une grande route, parmi les chaudes haleines d’un vent d’orage, et au milieu de pigeons roucoulants et de plantes pâmées, appelle tout bas de ses vœux un passant téméraire.