XXIII
— « Ravaud, à la maison, lentement, » avait dit la Faustin à son cocher.
La Faustin s’était assise à côté de William, avec le froufrou que fait la soie de la robe d’une femme heureuse ; et tous deux, pleins de leur bonheur, restaient silencieux. Ils savouraient la volupté paresseuse, qui, la nuit, envahit un couple d’amants dans un coupé étroit, l’émotion tendre et insinuante allant de l’un à l’autre, l’espèce de moelleuse pénétration magnétique de leurs deux corps, de leurs deux esprits, et cela dans un recueillement alangui, et au milieu de ce tiède contact, qui met de la robe et de la chaleur de la femme dans les jambes de l’homme. C’est comme une intimité physique et spirituelle, dans une sorte de demi-teinte, où les lueurs fugitives des réverbères, passant par les portières, jouent dans l’ombre avec la femme, disputent à une obscurité délicieuse et irritante, sa joue, son front, une fanfiole de sa toilette, et vous montrent, un instant, son visage de ténèbres aux yeux emplis d’une douce couleur de violette. Puis encore le bercement de la voiture, qui balance les êtres et les pensées, et jette, à un cahot, une tête qui s’abandonne contre une épaule qui s’offre. Et sans un seul mot d’amour, les deux amoureux se laissaient aller au petit trot de la voiture, William tenant entre ses mains la main de Juliette, dont il tâtait, machinalement, les doigts menus et enlaceurs, la peau fine, lisse, chaudement moite, et cette paume douillette, d’où il lui semblait qu’un peu de la vie de la femme aimée se transfusait en lui.