‹ La FaustinChapitre 25 sur 64 · XXV

XXV

Les deux amants étaient en train de déjeuner, assis à la petite table du souper de la veille, quand Guénegaud entrait, mettait devant la Faustin, une lettre portant un timbre de la banlieue de Paris.

La Faustin ouvrait la lettre, la lisait, les yeux un moment agrandis, s’écriait : « Ah ! je suis enfin tranquille ! » et passait, dans un geste grave, la lettre à William.

Voici la lettre :

Le soir. Station de Viroflay.

« Tuer lord Annandale, ce n’était pas le moyen de vous ravoir, n’est-ce pas ? eh bien, puisqu’il n’y a plus de Juliette pour moi, c’est moi qui me tue ! Mais je ne veux pas que l’odieux de ma mort puisse retomber sur vous, et quand vous recevrez cette lettre, j’aurai été coupé en deux, dans une chute de wagon, entre deux trains se croisant. Soyez tranquille, j’ai étudié sur place la question, et vous me savez un homme pratique. Ce sera donc une mort naturelle très bien faite, et qui ne vous regarde pas. Oh ! des reproches de moi, Juliette, n’en ayez pas peur ! J’ai eu une enfance de pauvre, une jeunesse d’homme laid, d’homme commun, et, dans l’enfer des affaires, mes seules bonnes années et qui me rendent impossible la vie des autres privées de vous, je vous les dois et je vous en remercie. Je n’ai aimé dans toute mon existence que vous, vous seule, et un pauvre chien qui vous faisait fête, et que vous preniez plaisir à caresser. Vous êtes trop fière pour accepter de ma succession quoi que ce soit, mais vous ne refuserez pas le legs de Dick, et tout à l’heure, en mourant, ce me sera doux de penser, quand je n’y serai plus, que la bête aimée par nous deux, sera quelquefois sur vos genoux.

« Adieu.

« Blancheron. »

Le regard de William alla de la lettre du suicidé au visage de la Faustin, et il eut une espèce d’effroi du peu de racine que laisse dans le cœur, nouvellement amoureux d’une femme, un vieil amour.

— « Cet homme vous aimait vraiment bien, madame ! — dit avec une note attendrie dans la voix, lord Annandale, il faut envoyer chercher son chien. »