XXVIII
Alors les deux amants affichèrent leurs amours au Bois, aux courses, en des équipages cités ; les étalèrent aux premières dans les avant-scènes de tous les théâtres ; les promenèrent, en leur bonheur indiscret, dans les bals et les fêtes de bienfaisance ; en firent la montre un peu ostentatoire dans tous les lieux du Plaisir cher, au milieu du bruissement de curiosité jalouse, qui se fait dans les multitudes autour des amours heureuses, apparaissant parmi les splendeurs de la richesse.
Mais cette publicité de leur amour était tout extérieure, leur vie redevenait un tête à tête, une fois rentrés à l’hôtel. À Londres, un homme qui a une liaison illicite, n’accueille personne chez sa maîtresse, ne se montre jamais en public avec elle. Cet homme habitant la France, devenu un continental, s’enhardit à sortir avec la femme aimée, mais garde, des habitudes de sa patrie, une certaine résistance à introduire ses amis, ses relations, dans un intérieur qui n’est pas l’intérieur conjugal. Lord Annandale ne recevait donc pas, et toute la nombreuse domesticité de l’hôtel, tournoyait dans le vide de l’immense salle à manger, autour de la femme et de l’homme, seuls assis à table. Et la porte de l’hôtel ne s’entrebâillait guère qu’après déjeuner, à cette heure, dans laquelle le maître de la maison en Angleterre, fait à ses visiteurs, les honneurs de ses écuries, et où l’amant de la Faustin ne pouvait résister au désir de montrer ses chevaux anglais à ses compatriotes, et au plaisir de dire un peu de mal des chevaux français « ces chevaux toujours en l’air ».