‹ La FaustinChapitre 32 sur 64 · XXXII

XXXII

La Faustin avait en outre, près des hommes qui vivaient dans sa société intime, une séduction particulière ; elle possédait un tact de femme artiste qui lui faisait découvrir chez ces hommes, un mérite, un charme, une distinction, que très souvent eux-mêmes, ils ignoraient, et dont ils lui restaient reconnaissants de la découverte, comme s’ils avaient été réellement dotés par elle, de ce mérite, de ce charme, de cette distinction. Elle était en effet douée d’une délicate perception qui allait tout de suite à la qualité cachée, à la particularité rare, au beau non en vue, que recèle tout individu, à ces riens captateurs, qui sont bien souvent les secrets atomes crochus de l’amour. C’était une vibration de la voix, un esprit du sourire, une beauté de la main, un façonnement de je ne sais quelle partie de l’être, que l’amie ou l’amante mettait tout à coup en relief. Et sur sa découverte d’un gentil détail physique ou psychique chez ceux qu’elle aimait, la Faustin s’animait, s’échauffait, s’enthousiasmait, comme on s’anime, on s’échauffe, on s’enthousiasme à propos d’un tableau ou d’une statue, et cette admiration devenait dans sa bouche, un thème à petites phrases chatouilleuses, et avec toutes les choses entrantes et pénétrantes, que les caresses d’une voix de femme un peu grisée, et qui ne dit rien de bête, déposent au fond de la vanité d’un homme. Et son montage de tête pour les élégances, dans les plus petites choses, allait quelquefois si loin, qu’elle aurait été capable, en un jour d’entraînement, de persuader à quelqu’un accommodant d’une manière superlative à sa table une salade de truffes, qu’il était un monsieur exceptionnellement doué.

Cet empire de la Faustin sur les hommes, par ces aimables flatteries, elle le devait à la sincérité, à la franchise de son admiration, où l’on ne sentait ni une préméditation, ni une rouerie, ni un calcul, mais qui était l’expansion spontanée et toute naturelle d’une sorte d’amour d’amateur pour le charmant, le distingué, le réussi dans l’espèce humaine, et qui se formulait chez la femme dans une exaltation et une parole enthousiastes.

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