XXXIII
Dans le siècle passé, il existe un amour d’Anglais pour une courtisane française, amour dont la tendresse passionnée, une douce nuit d’été, trouva cette jolie phrase aimante : « Ne la regardez pas tant, ma chère, je ne puis pas vous la donner ! » C’était une étoile que regardait sa maîtresse.
On aurait dit qu’il y avait dans l’amour de lord Annandale, un peu de la passion de cet autre temps, et, qu’en cet attachement de nos jours, revivait quelque chose de la chère union des deux amants du dix-huitième siècle, et du tendre ensorcellement de lord Albermale par Lolotte.
En la paix du grand hôtel, au milieu de la mort odorante de fleurs, dont la chute molle des feuilles sur le marbre des consoles, scandait l’insensible écoulement du temps, tandis que tous deux étaient accotés l’un à l’autre, la chair de leurs mains fondue ensemble, des heures remplies des bienheureux riens de l’adoration, passaient dans un far niente de félicité, où parler leur semblait un effort.
Et c’étaient de douces pressions, des échanges de sourires paresseux, une volupté de cœur toute tranquille, un muet bonheur, d’où au bout d’un long temps, la reconnaissance de l’homme ne sachant comment se témoigner, montait à ses lèvres dans cette interrogation, faite avec la voix solliciteuse du souhait.
— « Vous ne désirez rien, Juliette ? »
— « Non. »
Et le silence revenait dans l’odeur des fleurs plus odorantes, dans la caresse plus rapprochée des corps, dans l’expression plus languide des sourires et des regards : silence coupé, au bout d’un autre long temps, par une nouvelle interrogation, qui sous des paroles différentes était toujours la même.
— « Vous n’avez envie de rien, Juliette ? »
— « Non. »
Et ces deux demandes de l’homme et ces deux non de la femme, étaient tout le dialogue de leurs amours.