‹ La FaustinChapitre 38 sur 64 · XXXVIII

XXXVIII

Pendant une quinzaine de jours, ce fut chez la Faustin une contradiction du matin au soir, à propos de tout, au sujet du temps qu’il faisait, de l’équipage dans lequel on sortait, de la nourriture du déjeuner ou du dîner, de toute chose quelconque dite par lord Annandale.

Cela commençait ainsi : d’abord l’allée et la venue d’une bottine colère, remuée dans le vide, puis deux ou trois mouvements de resserrement des coudes contre le corps, et du gris montant sous le rose de la peau du visage, et le tortillage nerveux d’une bouche qui se ferme pour s’empêcher de parler, et malgré ce cadenassement de tout son être, au bout de quelques secondes, de la femme jaillissait pour son amant une parole aigre, méprisante, empoisonnée, dite avec l’ironie sifflante d’une imprécation à la Camille, parole sur laquelle ses lèvres se refermaient, et sa bottine se mettait à rebattre le vide.

La tragédienne attendait une réponse. La réponse ne venait pas.

Alors, pour faire sortir son amant de son calme, pour le mener à l’emportement, pour se faire donner la réplique dans la scène dont son irritation intérieure avait besoin, c’étaient des taquineries, des piqûres, des harcèlements à lasser la patience humaine : on eût dit qu’elle avait parié de se faire battre. Lord Annandale, la prenant en pitié, à la façon d’un enfant, et finissant, au lieu de raisonner avec elle, par se donner absolument tort, aussitôt la femme, dépitée, se levait brusquement et se retirait dans sa chambre, écrasée sous les airs malheureux et opprimés d’une victime, tout en faisant violemment claquer les portes derrière elle.

Puis, revenant quelques instants après, comme si rien ne s’était passé, son amour pour son amant se refaisait tout caressant, et comme mouillé d’attendrissement.

Et, au bout d’une heure, l’enragement de la femme recommençait.

Au milieu de ces sautes d’humeur, de cette inégalité fantasque de caractère, de ce déséquilibrement maladif de l’être, de tous ces signes extérieurs d’une lutte et d’un combat de l’âme, la femme se montrait, certains matins, sous l’allure décidée, le petit air crâne d’une volonté de femme qui a pris un parti ; d’autres matins, dans le brisement de corps et les perplexités lâches de l’irrésolution sur toute sa personne.

Au théâtre, lord Annandale était témoin des mêmes variations chez sa mobile et changeante maîtresse. Elle se fâchait et se raccommodait tous les soirs avec le directeur. Elle se disputait quotidiennement avec quelqu’une de ses camarades, à laquelle elle envoyait un cadeau le lendemain. Elle déployait, à l’égard du premier venu, une coquetterie presque de fille, puis aussitôt il survenait, chez elle, de la réserve, une froideur glaciale qui congelait l’enflammement du monsieur. Si bien qu’à la Comédie-Française, tout le monde se demandait ce que la tragédienne pouvait avoir, à l’heure actuelle, dans la cervelle.

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