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XLIX

Une vie à deux, et sans distractions que des promenades à cheval et en voiture au dehors. L’amour un peu jaloux de William continuait à avoir peur du monde, et dans la grande villa, parmi cette installation princière, les deux amants vivaient seuls, en compagnie d’une parente sans fortune de lord Annandale, d’une vieille fille à peu près folle, ou plutôt à l’état d’une douce imbécillité riante.

Une personne de la plus extraordinaire laideur qui se puisse imaginer, et toute enveloppée de pudibonderies mignardes, avec des mains immenses, attachées à ses bras par des poignets de gorille. Les quelques phrases qu’elle prononçait en français, étaient précédées d’un aoh, qui, au milieu d’un décrochement singulier de la mâchoire, se prolongeait en une série d’intonations caverneuses et drôlatiques, paraissant ne jamais devoir finir et se terminant par une toute petite chose flûtée incompréhensible.

Du reste, la bizarre créature n’apparaissait qu’aux repas et pour la confection du thé du soir, et aussitôt elle disparaissait, s’enfermant dans une chambre qu’on lui avait choisie le plus loin possible des appartements habités.

Là, sans repos, sans relâche, avec un entêtement de femelle britannique, elle jouait du piano seize heures par jour, ne possédant pas la plus petite aptitude musicale et la moindre oreille, mais faisant avec un doigté de fer, une implacable musique, où ne se sentait rien d’un être humain qui joue, mais une musique qui semblait sortir d’un moulin à bruit, conduit par une machine à vapeur, et qui aurait fait donner congé à tout un quartier de paisibles gens. Et pendant ce strident charivari, la pianiste enragée avait, sur sa figure de caricature, l’extase de sainte Cécile voyant s’entrouvrir les cieux.

Sous le tapotage et les placages de ses terribles grands doigts, le piano était si souvent mis à mal, qu’elle avait pris le parti d’attacher à sa personne, moitié comme secrétaire, moitié comme valet de chambre, un vieil accordeur auquel elle donnait de l’ouvrage, tous les jours.

Mise comme un épouvantail à oiseaux, l’excentrique vieille fille n’avait qu’une coquetterie ; celle des bonnets de nuit dont elle avait une collection des plus coquets et des mieux enrubannés, — faisant entendre au milieu de ses aoh d’habitude, et d’un gros rire presque spirituel, qu’elle était si laide au lit, qu’elle craignait, si le feu prenait à la maison, que les pompiers qui viendraient à pénétrer dans sa chambre, ne se sauvassent, croyant voir le diable.

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