‹ La FaustinChapitre 54 sur 64 · LIV

LIV

— « Order ? »

Un mot mâché, comme un grognement, par la voix sans timbre d’un homme épais, soudainement immobilisé, sa casquette à la main, devant la porte refermée derrière lui.

C’était le cocher de Madame qui venait prendre ses ordres.

La Faustin levait la tête devant la massive apparition aux cheveux roux, faisait un « Ah ! » français.

Puis elle disait avec une intonation dolente : « Oh yes, yes, wait ».

La femme cherchait, pendant quelques instants, ce qu’elle pouvait bien faire dans la journée, la course aux environs qu’elle n’avait pas tentée, une promenade de nature à lui apporter une distraction, et elle ne trouvait rien, et sa pensée du matin s’en allait ailleurs.

L’homme dans son immobilité pétrifiée, et sans jamais répéter sa demande, attendait, collé contre la porte.

Àun moment de sa rêverie, les yeux errants de la Faustin retrouvaient son taciturne cocher, qu’elle avait complètement oublié.

Devant ce cauchemaresque rappel à la réalité, à l’occupation de sa journée, elle se mettait à chercher de nouveau, mais elle se sentait une lâcheté à sortir, à se remuer, à se secouer de son apathie, puis involontairement elle songeait à son vieux Ravaud, au cocher de son coupé de Paris, la menant toujours, si pleine d’entrain, à des endroits qui l’amusaient.

Et quand du souvenir de cette bonne et vivante figure française, ses regards tombaient une seconde fois sur les fibres impassibles de la physionomie de l’autre, éternisé dans la même position ; tout à coup prise d’une subite impatience, elle lui jetait, avec le geste d’une reine des temps anciens, revenant dans ses habitudes bourgeoises, un : « Sortez » tout à fait théâtral.

Cette scène était à peu près la scène qui se passait, tous les matins, entre le cocher anglais venant prendre les ordres de sa maîtresse française, et sa maîtresse lui disant ainsi qu’elle restait à la maison.

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