LV
Le jardin de la villa prenait sa fin dans une immense terrasse, bâtie en gros blocs de granit, dessinant un bastion ruineux qui avançait dans le lac. Tout autour, à l’intérieur, régnait un banc de pierre d’où l’on voyait, en se penchant un peu au-dessus, la claire profondeur de l’eau.
C’était là que la Faustin, ayant pris en dégoût tout exercice, passait une partie de ses journées. Abritée de son ombrelle, et indolemment couchée dans un angle du banc de pierre, une jambe repliée sous elle, sans rien faire, la pensée vide, et avec le rose reflet de la soie transpercée de lumière sur l’ennui de sa figure, elle regardait fixement, des heures, cette belle eau verte qui ne coulait pas, et regardait encore une troupe de grands poissons noirs, flottant ensommeillés à la même place, tout le temps qu’il y avait du soleil, — et dont l’immobilité morte, parmi cette eau stagnante, l’entretenait tout bas de son existence inerte, de sa vie figée.