‹ La FaustinChapitre 62 sur 64 · LXII

LXII

Lord Annandale n’avait pas repris connaissance, depuis que la Faustin l’avait recouché. Il était étendu, en une immobilité de cadavre, avec, dans les yeux, son effrayant regard fixe. De l’apparence et de la circulation de la vie, il n’y avait chez lui qu’une respiration brève, stridente. Par moments seulement sa bouche devenait bruissante de la sonorité de paroles avortées et brisées, qui commençaient à s’échapper dans de confus éclats de voix, et qui se résolvaient en des soupirs d’enfant. Parfois même, — était-ce une illusion ? — il semblait à la maîtresse, quand elle se penchait sur lui, pour lui faire avaler de petits morceaux de glace de la grosseur d’une tête d’épingle, il semblait que dans une éclaircie souriante, ses yeux avaient sur les siens un appuiement obstiné d’une seconde, qui était une reconnaissance, mais aussitôt leur expression était emportée comme dans du lointain.

Et dans cette station au pied du lit, où la femme ne voulait être ni remplacée ni relayée, se succédaient des jours avec leur joyeux et irritant réveil du matin parmi les lueurs de la bougie mourante, et des nuits longues de troubles heures qui n’en finissaient pas : des jours et des nuits, où revenaient les visites soucieuses du médecin et sa figure déconcertée par l’étrange et inexplicable maladie.