‹ La FigureChapitre 3 sur 15 · À Paul Valéry

À Paul Valéry

Ta parfaite raison peut gouverner les rois,
Mais je te vois souvent, dans les secrets offices,
Alors tout dépouillé des pompeux artifices,
Je vois trembler ton cœur pris à ses rêts d’effroi.
Tu sais, prêtre narquois, bien armé des mystères,
Quels accords font muets les enfants de la terre,
Quels philtres sont cachés dans le suc des orties,
Quel trépied doit servir aux frissons des pythies…
Mais si tes feux savants comblent les yeux de nuit
Des dieux ensanglantés par les jeux de l’ennui,
Si ton esprit disperse aux nombres innombrables
Un corps triste et pesant qu’il défait comme sable
Et s’oublie immortel en un royaume écrit.
Tu connais la terreur des froides créatures
Qui naissent des miroirs, prennent pour voix tes cris,
Ces prodiges sans lois qui passent la nature
Et creusent dans l’esprit des abîmes sans fond.
Fuyant le temple, un jour, tu cherchas pour ton front
L’appui d’un arbre heureux couronné de ses palmes,
Et, pareil à l’ermite au cœur naïf et calme,
Tu pleuras à genoux, consentant à la grâce
Où le mal est guéri, où le doute s’efface,
Où Dieu n’a plus de nom et livre en tout sa face.

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