‹ La fille du pirateChapitre 46 sur 115 · X

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Seul le bourdonnement de quelques moustiques et le frémissement d'une phalène, voltigeant autour de la lampe, troublaient le calme de la nuit.

A ces sons imperceptibles se mêlait le murmure de la respiration régulière des deux dormeurs.

Bruits argentins comme une symphonie lointaine.

Tout à coup, le jeune homme fit un mouvement.--La jeune fille ne bougea point. Son haleine continua de moduler ses aspirations et expirations alternatives.

Le premier mouvement d'Alphonse fut suivi d'un deuxième. Ensuite, il ouvrit les yeux. Mais il les ferma presque aussitôt, ne pouvant supporter le faible éclat de la lumière.

Plusieurs minutes s'écoulèrent sans qu'il songeât à dessiller les paupières. Il rappelait ses souvenirs, les coordonnait dans son cerveau. Après avoir ainsi revisité Québec, sa ville natale;--sa pauvre vieille mère, ses frères et soeurs, ses compagnons d'atelier que la nouvelle de son arrestation avait navrés de douleur; après avoir repassé les diverses péripéties de la conspiration dont il était victime; après avoir aperçu sa prison, assisté à sa propre évasion; après être entré dans la chambre d'Angèle l'ange qui l'avait sauvé; après avoir senti son coeur battre d'une douce émotion, à la réminiscence de ce que sa protectrice avait fait pour lui, Alphonse voulut revoir le tableau dont il pressentait plutôt qu'il n'avait vu les charmes.

Le délicieux visage d'Angèle, soutenu dans sa main gauche, était tourné vers le sien, si près que celui du malade se baignait dans les effluves d'un souffle embaumé, si près que les boucles soyeuses de la belle jeune fille se mariaient à la brune chevelure du jeune homme.

Longtemps, longtemps, Alphonse la regarda, dans une muette extase, oubliant les âpres élancements de la blessure qu'il avait à l'épaule oubliant sa situation, comprimant les pulsations de son sein, retenant son haleine, de peur de l'éveiller.

Par hasard, le bras du jeune homme étendu sous le cou de la jeune fille, lui tenait lieu de coussin.

Qui pourrait dire ce qu'éprouva alors le charpentier encore sous le coup des violentes commotions cérébrales qu'il avait éprouvées?

Angèle rêvait, car un chaste sourire voguait sur ses lèvres vermeilles comme le bouton de la rose de mai.

Lui aussi, il crut qu'il rêvait, ou que son âme avait quitté son enveloppe d'argile pour s'élever dans des sphères inconnues.

Son esprit vierge, enclin à la contemplation, n'avait jamais imaginé que la vie pût présenter des sensations tellement enivrantes, qu'on désirât la mort pour les emporter avec soi dans la tombe.

Et, cependant, toutes les pensées d'Alphonse étaient pures et saintes.

Il était heureux d'un bonheur étrange, dont l'affaiblissement de son cerveau, par une fièvre violente, exaltait les jouissances jusqu'à l'infini.