iii
Les hardis pionniers, les chasseurs intrépides
Avaient fait devant eux reculer les déserts,
Plus vite qu’un canot lancé sur les rapides
Ou la flèche que l’arc envoie au haut des airs.
Les multitudes accourues
Vers tes bords se précipitaient ;
Du jeune sang de tes recrues
Toujours tes forces s’augmentaient.
Comme la lave du cratère
Des villes surgissaient de terre,
La conquête ouvrant le chemin :
Tout labeur devenait merveille
Dans ces villages de la veille,
Capitales le lendemain.
Là-bas se faisait une race
Ayant pour seul guide l’audace,
Pour seul pilote l’avenir ;
Et ne portant, là toujours brave,
Ni le stigmate d’une entrave
Ni le fardeau d’un souvenir.
La Liberté qu’on se rappelle,
N’eût-on pu que l’apercevoir ;
Verbe divin que l’homme épèle ;
Âme idéale du devoir ;
Cette reine, souvent victime,
Enflait d’un orgueil légitime
Vos cœurs pleins d’aspirations ;
Peu vous importait qu’éperdue,
L’Immortelle fût descendue
Au sépulcre des nations,
Sous vos pas le sol était ferme :
Et dans vos horizons sans terme
Peine et péril vous étaient doux.
Partout où s’étendaient vos voiles,
Partout où voguaient vos étoiles,
La Victoire était avec vous.