‹ La Guerre des frèresChapitre 5 sur 7 · v

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Que sert d’avoir vaincu le Peau-Rouge féroce
Et l’Anglais conquérant,
Si vous vous infligez cette torture atroce,
Ce fléau dévorant,
Ce désordre sans nom, cette plaie aux bords vastes
S’élargissant toujours,
Ces appels déchirants, et ces dates néfastes,
Et cette nuit des jours,
La Guerre enfin !… — la Guerre, une horrible tuerie,
Une œuvre de damnés,
Qui dit en convoquant sa sœur la Barbarie :
« Il est temps, revenez ! »

Ce n’est plus seulement la fièvre de dispute
Courant du Sud au Nord ;
Ce n’est plus la rumeur des meetings : c’est la lutte,
La lutte sans remord.
Ce ne sont plus les cris ni les paroles aigres
Échangés au Congrès :
Il s’agit de choisir… Eh bien ! d’abord les nègres,
Et la patrie après !
Yankee ou Mohican, lequel est le sauvage ?
De libres citoyens
Ont mis sur cet enjeu qui s’appelle esclavage
Et leur vie et leurs biens !
Ah ! vous ne savez pas que d’éternelles haines
Jailliront du débat.
La fausse Liberté qui veut river des chaînes
Périt dans le combat.
Car c’est une marâtre aux mamelles arides,
Émonide aux yeux creux,
Une idole au front vil et labouré de rides,
Une hydre aux plis affreux.
Elle suce le sang de la race africaine
Et dit à l’homme noir :
« Ton être m’appartient, à moi républicaine ;
« Souffre, — c’est ton devoir.
« Féconde mes sillons de ta sueur infâme,
« À ma glèbe attaché,

« Tandis que, corde au cou, je traînerai ta femme
« Ou ta fille au marché.
« Ton âme, que m’importe où Dieu peut l’avoir mise !
« Ta chair est à l’encan…
« J’aurai, — si par hasard je la trouve insoumise, —
« Le fouet et le carcan.
« Sur ton visage en deuil est écrit l’anathème,
« Et la Divinité
« Verse autrement qu’à moi les ondes du baptême
« À ton impureté ! »
Mais ils vous coûteront ces esclaves peut-être
Une lourde rançon,
Au jour où passera sur la face du maître
La pâleur du frisson.
Ainsi qu’un ouragan qui du pôle s’échappe,
Soldats improvisés
Peut-être viendront-ils vous montrer comme on frappe
Avec des fers brisés.
Alors vous apprendrez, dans une heure suprême
D’angoisse et de douleurs,
Que le sang des chrétiens quand il coule est le même,
Que mêmes sont les pleurs.
Et comme vos fureurs auront gagné leurs âmes,
Vers le dernier moment
Les nègres dateront de vos cités en flammes
Leur affranchissement.

Vous eûtes trop d’orgueil à sentir votre force,
Vous vous êtes couverts d’une rugueuse écorce ;
L’insatiable soif du gain vous appelait
Vers ces comptoirs où l’or toujours s’amoncelait ;
Vous avez dédaigné l’amour !… et si l’Europe
Admira quel progrès chez vous se développe,
Elle n’éprouve pas pour vous cette pitié
Qui s’allume au flambeau de la sainte amitié.
La France, ce soldat des causes opprimées,
Dans les jours périlleux vous prêta des armées.
Elle jeta son nom dans le plateau puissant
Qui porte jusqu’à Dieu les pleurs de l’innocent.
Mais si son cœur vous eût gardé des sympathies,
Vos oublis, vos dédains les auraient amorties.
Nul ne s’émeut pour vous… Et seul aura pleuré
Sur votre décadence un poëte ignoré.
Allons, alignez-vous ! allons, à la rescousse,
Nord et Sud, Sud et Nord !
Ah ! que ne pouvez-vous voir, à chaque secousse,
Comme rira la Mort !

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