L'OEILLET A JULIE[100] - L'ANGELIQUE[101]
La blancheur de ta main m'est un trosne d'yvoire, Et, bien que par ton teint le mien soit surmonté, Je suis soubz ton Empire au comble de la gloire, Et j'emprunte de toy ma plus grande beauté.
ANONYME.
[100] P. 1104 du manuscrit.
De tant de fleurs que l'on vous donne Pour composer cette Couronne, Celle que je vous viens offrir Vous sera la plus chere. Le Ciel qui cognoissoit qu'elle vous devoit plaire, D'un Amour non commun a daigné la chérir; A ce que vous aymez ses dons il communique, Et vous aymez surtout la celeste Angelique[102].
ANONYME.
[101] P. 1106 du manuscrit.
[102] Allusion à la sœur de Julie, Angélique-Claire d'Angennes (mariée à François-Adhémar de Monteil, comte de Grignan, morte le 22 décembre 1664).
LA ROSE
A JULIE[103]
Par la loy d'un nouveau Destin, Ma pourpre, qui jadis ne vivoit qu'un matin, Conserve son esclat dans ta riche Guirlande. Je naquis du beau sang de la Mere d'Amour; Mais c'est une grace plus grande De conserver que de donner le jour.
ANONYME.
[103] P. 1108 du manuscrit.
LA ROSE[104]
Vénus qui veoid les Cieux[105], ainsi que les Mortelz, Implorer sa clemence au pied de ses autelz, Se repent que son sang m'ayt donné la naissance, Et croit recevoir un affront Me voyant couronner le front De celle dont le cœur se rit de sa puissance.
ANONYME.
[104] P. 1108 du manuscrit.
[105] Les (?) Dieux.
LE NARCISSE[106]
Rien n'est esgal à ma douleur; Bien que je ne sois qu'une fleur, J'ayme la fille d'Artenice[107], Aux flammes de ses yeux je me laisse esblouyr; Mais je suis sans espoir, car le sort de Narcisse Est d'aymer les objets dont il ne peut jouir.
ANONYME.
[106] P. 1109 du manuscrit.
[107] Arthénice est l'anagramme célèbre que Malherbe composa pour Mme de Rambouillet (Catherine de Vivonne), mère de Julie.