‹ La jeune IndeChapitre 7 sur 11 · L'UNION HINDOUE-MUSULMANE

L'UNION HINDOUE-MUSULMANE

«L'Union fait la force» n'est pas seulement une maxime de cahier d'écriture, c'est aussi une règle de vie et rien ne le démontre autant que l'Union Hindoue-Musulmane. La désunion, c'est notre chute inévitable. N'importe quelle troisième puissance pourra facilement nous réduire à l'esclavage tant que nous serons prêts à nous entr'égorger. L'Union Hindoue-Musulmane ne signifie pas seulement union des Hindous et des Musulmans mais de tous ceux qui considèrent l'Inde comme leur pays quelle que soit la religion à laquelle ils appartiennent.

Je sais très bien que nous ne sommes pas encore arrivés à une Union capable de supporter une tension. C'est une plante délicate et jeune qui croît chaque jour et demande des soins spéciaux. La chose était évidente à Nellore où je me trouvais en face du problème sous une forme concrète. Les relations entre Hindous et Musulmans n'étaient pas trop cordiales. Ils s'étaient battus moins de deux ans auparavant pour ce qui me parut une cause bien futile. Il s'agissait de cette éternelle question de musique en passant devant des mosquées. Je trouve que nous ne devons pas attribuer à toutes les petites choses une importance religieuse. Un Hindou ne devrait pas s'obstiner à faire de la musique lorsqu'il passe devant une mosquée ni, pour s'en donner le droit, citer des précédents chez lui et ailleurs. Cette question n'a pas pour lui d'importance vitale.

Il est facile de comprendre les sentiments des musulmans qui désirent avoir pendant les 24 heures entières un silence absolu auprès de leur mosquée. Ce qui n'est pas essentiel pour un Hindou peut être essentiel pour un Mahométan, et sur tout ce qui n'est pas essentiel, un Hindou doit céder si on le lui demande. C'est une folie criminelle que de se disputer pour des vétilles. L'union à laquelle nous aspirons ne saurait être durable si nous ne développons en nous une disposition charitable et conciliante. La vache, pour les Hindous, est plus précieuse que l'existence même, aussi le Mahométan doit-il de bon cœur se conformer au désir de son frère hindou. Le silence autour de ses prières est cher au Musulman, dès lors tout Hindou doit respecter les sentiments de son frère musulman. Il y a de méchants Hindous comme il y a de méchants Musulmans portés à chercher querelle à tout propos. Pour ces derniers il faudra organiser des panchayats (tribunaux d'arbitrage populaires) d'une intégrité et d'une fermeté incontestables et dont la sentence sera décisive pour les deux parties. Il serait bon d'amener l'opinion publique à approuver l'arbitrage des panchayats afin que nul ne puisse en contester la décision.

Je sais qu'il existe encore beaucoup trop de méfiance. Nombre d'Hindous doutent de la sincérité des Musulmans. Ils croient que le Swaraj veut dire: gouvernement des Musulmans, ils prétendent que les Anglais n'étant plus là les Musulmans de l'Inde aideront les puissances musulmanes à établir dans l'Inde un empire musulman. D'autre part, les Musulmans craignent que les Hindous étant en majorité écrasante, ne les étouffent. Une telle tendance d'esprit est un signe de faiblesse chez les uns et chez les autres. Leur désir de vivre en paix, sinon leur noblesse de sentiments, devrait leur dicter une politique de confiance mutuelle et d'indulgence réciproque. Il n'existe absolument rien dans leurs religions respectives qui doive les diviser. L'époque des conversions forcées est passée. Les Hindous n'ont aucune raison de querelle avec les Musulmans sauf au sujet de la vache. Et les Musulmans n'ont aucune obligation religieuse de la tuer. A dire vrai nous n'avions jamais essayé jusqu'à ces derniers temps d'arranger ces différends et de vivre comme des amis qui sont unis parce qu'ils sont les enfants du même sol sacré. Une occasion unique s'offre à nous. La question du Califat ne se représentera pas avant un autre siècle. Si les Hindous veulent qu'une amitié éternelle les unisse aux Musulmans, il faut qu'ils soient prêts à mourir avec eux dans leurs efforts pour défendre l'honneur de l'Islam.

11 mai 1921.

QUE LES HINDOUS PRENNENT GARDE

Bihar est la terre promise de la Non-Coopération; l'Union Hindoue Musulmane de Bihar est proverbiale. Je suis donc très malheureux d'apprendre qu'elle est soumise à une rude épreuve et ne pourra peut-être la supporter plus longtemps. Tous les chefs responsables, Hindous et Musulmans, qui ne sont pas portés à s'affoler, m'ont déclaré qu'il leur fallait un effort presque surhumain pour empêcher des troubles hindous-musulmans de se produire. Ils m'ont informé que certains Hindous avaient dit au peuple que j'avais défendu la viande à tous les Hindous et à tous les Musulmans; et parfois même la viande et le poisson étaient enlevés de force par des végétariens trop zélés. Je sais qu'on se sert souvent de mon nom illégalement, mais c'est bien la plus nouvelle façon de s'en servir mal à propos. On sait en général que je suis un végétarien convaincu et que je veux réformer l'alimentation. Mais on ne sait pas aussi généralement qu'Ahimsa s'étend aux êtres humains comme aux animaux inférieurs et que je fréquente couramment ceux qui mangent de la viande.

Je ne tuerais pas un être humain pour protéger une vache, mais je ne tuerais pas une vache pour protéger une existence humaine si précieuse qu'elle fût. Inutile de dire que je n'ai donné à personne l'autorisation de prêcher le végétarianisme comme faisant partie de la Non-Coopération. Je suis persuadé que nous n'atteindrons jamais notre but si une propagande quelconque s'accompagne de violence. Les Hindous ne doivent pas obliger les Musulmans à ne pas manger de viande ni même de bœuf. Les Hindous végétariens n'ont pas le droit de forcer les autres Hindous à s'abstenir de viande, de volaille et de poisson. Je n'essayerais pas de rendre l'Inde sobre à la pointe de l'épée. Rien ne porte atteinte au moral de la nation comme la violence. La peur est arrivée à faire partie du caractère national. Les Non-Coopérateurs feront une grande faute s'ils cherchent à convertir les gens par la violence; et s'ils emploient dans leur propagande la moindre coercition, ils feront le jeu du Gouvernement[85].

La question de la vache est une question importante, la plus sérieuse qui soit pour les Hindous. Personne n'a plus que moi le respect de la vache. Les Hindous manquent à leur devoir s'ils ne sont pas capables de la protéger. Ils ont deux moyens de le faire: la force physique ou la force d'âme. Vouloir protéger la vache par la violence, c'est abaisser l'hindouisme et le rendre satanique, c'est avilir la noble signification de la protection de la vache. Ainsi que me l'écrivait un ami musulman, «Si les Hindous ont recours à la contrainte, manger du bœuf qui est seulement autorisé dans l'Islam deviendra une obligation.» Les Hindous ne peuvent protéger la vache qu'en se montrant toujours plus capables de souffrir et de mourir. Le seul moyen qu'ils possèdent de sauver la vache du couteau du boucher c'est de s'efforcer de sauver l'Islam du péril qui le menace et de s'en rapporter à leurs compatriotes musulmans pour y répondre noblement, en protégeant de bon gré la vache par respect pour leurs compatriotes hindous. Il faut que les Hindous s'abstiennent scrupuleusement de toute violence à l'égard des Musulmans. Souffrir et avoir confiance sont les attributs de la force de l'âme. J'ai entendu dire qu'à des foires importantes, les Musulmans se voient enlever brutalement leurs vaches et même leurs chèvres. Ceux qui se vantent d'être des Hindous et qui ont ainsi recours à la violence sont les ennemis de la vache et de l'Hindouisme. Le meilleur, l'unique moyen de sauver la vache, c'est de sauver le Califat. J'espère par conséquent que chaque Non-Coopérateur fera tous ses efforts pour empêcher la moindre tendance à la violence, sous n'importe quelle forme, que ce soit pour protéger la vache ou un autre animal, ou pour tout autre but.

18 Mai 1921

[85] Voir l'article sur l'Hindouisme.

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