Chapitre 9 L’ANTICHAMBRE DU ROI
On avait d’ordinaire où se promener dans l’antichambre royale, située au bout de la galerie des ambassadeurs et donnant par trois grandes arcades sarrasines sur la cour des Marionettes, comme l’appartement du roi lui-même.
C’était une très vaste pièce, à la voûte en forme de tiare, dont les nervures hardies cachaient leur point d’intersection sous la fameuse étoile d’or de Mudarra. Philippe III y avait tenu une assemblée d’évêques, lors de sa querelle avec le Saint-Père. Le banc sculpté, recouvert en cuir Cordouan, qui tenait l’entre-deux des premières croisées, gardait le nom de Christophe Colomb, sans doute parce que l’illustre navigateur y avait attendu plus d’une fois durant de longues heures le bon plaisir de Sa Majesté.
L’Espagne du sud se lève matin, parce qu’elle dort une partie de la journée.
Il n’était pas rare de voir, dès sept heures, les chaises des courtisans diligents alignées devant la porte des Bannières.
Huit heures venaient de sonner à l’horloge du palais, L’antichambre était pleine. Il y avait des chevaux à tous les anneaux du cloître de Philippe II, et les chaises vides encombraient littéralement la cour d’entrée. De mémoire d’huissiers, on n’avait vu tant de courtisans attendre le baisemain.
Les vingt-quatre de Séville, rangés en bon ordre, occupaient le fond de la salle, vêtus de leurs dalmatiques de velours.
Tous les ministres étaient présents, sauf le comte-duc. Le connétable et l’amirante de Castille s’entretenaient avec Medina-Sidonia, l’illustre généralissime, qui semblait avoir quitté son armée tout exprès pour ajouter à la solennité de cette démonstration de la noblesse espagnole.
Car il était évident que tous ces fidèles et loyaux hidalgos, y compris notre vieil ami Bernard de Zuniga, y compris Pascual de Haro, y compris Alcoy lui-même, étaient là pour assurer le roi de leur inébranlable dévouement.
Aux heures de trouble, il est bien d’entourer ainsi le trône qui chancelle. Aussi toute la grandesse d’Espagne égrenait là son historique chapelet. On comptait dans la chambre de l’Etoile trois douzaines de Guzman pour le moins, un Medina-Torre, quatre ou cinq Mendoza, deux Cordoue, autant de Sylva, le double de Luna, le triple de Lara.
Les Cordez, nés d’hier, coudoyaient la descendance des antiques Alvarez ; Sandoval, drapé dans la noblesse de sa disgrâce, passait taciturne et fier, parmi les Pacheco, les Hernandez et les Gomez, anciens adorateurs, devenus apostats.
Celui-ci, jeune encore, mais roide dans sa fraise, c’est Pierre de Tolède, marquis de Villena, petit-fils de la tragédie d’Egmont ; celui-là, leste et pimpant dans son habit à la française, c’est Porto-Carrero, gouverneur premier d’Alicante et aïeul du petit abbé qui joua la comédie de Cellamare.
Voici les maîtres de Calatrava, d’Alcantara et de Saint-Jacques : Ramirez, qui fait remonter son blason à Ataulphe, successeur d’Alaric ; Ximenez, descendant de cet obscur soldat qui faillit étrangler un jour, pour quelques pistoles, son frère, le grand cardinal d’Espagne, ministre de Ferdinand et d’Isabelle, Jean de Castio, fils des rois d’Aragon.
Voici encore Jean de Vasconcellos, inquisiteur de la foi, transfuge du Portugal et l’un des plus dignes successeurs de Thomas Torquemada.
Voici le duc de l’Infantado, un Silva : voici le marquis d’Albacète, un Tellès…
Et cent autres, soldats, magistrats, contadors majeurs, évêques, familiers du saint tribunal, aventuriers du nouveau monde, poètes, que sais-je ! Toute la cour était là.
Des groupes se formaient. On causait très vivement. Il y avait de quoi, car l’étiquette veut en Espagne que les secrétaires d’Etat ne fassent point antichambre, et plusieurs ministres, le vieux Zuniga en tête, faisaient antichambre, depuis une grande demi-heure. Quel travail si important pouvait occuper le roi ? Le moment fixé pour l’ouverture des portes était passé depuis longtemps, et les portes restaient closes.
Un jour comme celui-ci ! un jour où la chambre de l’Etoile regorgeait de grands d’Espagne ! un jour où il y avait dans l’antichambre royale plus de ducs et plus de princes qu’on n’y voyait ordinairement de simples hidalgos !
Le roi était-il seul ? consultait-il son médecin ? avait-il la reine ?
Le roi était-il malade ? sérieusement malade ? Chose plus grave, Almanzor avait-il passé une mauvaise nuit ? Depuis le voyage de Séville, la santé de ce favori se montrait chancelante.
Les groupes se formaient et se séparaient ; on causait ; les yeux en disaient plus que la langue. Les gens s’abordaient avec une grimace significative ou bien un haussement d’épaules qui avait son éloquence.
C’était ici une agitation sourde, là une émotion bavarde, selon les rangs, selon les âges, selon les caractères et les tendances. Il en résultait un murmure continu, mais inégal, un bourdonnement qui avait des défaillances soudaines, coupées de brusques rinforzando.
Chaque fois qu’un nouvel arrivant se présentait, c’étaient de nouvelles plaintes et de nouveaux étonnements. S’il s’agissait d’un homme d’importance, on allait jusqu’au vieux Cosmo Baïeta, gravement assis devant la draperie qui cachait le poste des gardes du roi. Cosmo se levait, ainsi que les deux chambriers seconds, ses collègues ; tous les trois s’inclinaient peu ou beaucoup, suivant le titre du visiteur, et Cosmo répondait invariablement :
– Il ne fait pas jour chez Sa Majesté.
Le nouveau venu s’éloignait, et la foule complaisante l’entourait pour lui offrir les cents mots qu’elle avait trouvés comme explication à cette énigme.
De temps en temps, Cosmo soulevait solennellement la draperie et passait derrière.
Chacun pouvait voir alors les uniformes des trabucaires de la garde. Ces soldats, l’élite des troupes espagnoles, étaient debout en ligne de bataille et l’arme au bras ; leur officier, immobile et l’épée à la main, tournait le dos à l’antichambre. On avait essayé en vain de reconnaître ce gentilhomme, qui était le successeur du brave Philippe de Gama, tué dans la cour de l’Alcazar par le gueux Caparossa. On avait distingué seulement un long crêpe qui pendait à la garde de son épée.
Tout ceci avait un aspect théâtral et inusité, les imaginations étaient frappées. Quelque événement majeur se préparait, il n’y avait point à en douter. Les plus petites choses prennent ainsi une physionomie dramatique quand on approche d’une grande péripétie.
Mais Dieu sait qu’il y avait encore d’autres symptômes. Jamais antichambre bourrée de courtisans inquiets, écouteurs, bavards, curieux, avides ou poltrons, n’eut plus ample moisson de propos errants, de vagues on-dit, de bruits sortant de terre. Chacun apportait son cancan ; il y avait des caquets qui naissaient là tout à coup du choc de deux langues oisives, qui grandissaient instantanément et qui faisaient le tour de la salle en un clin d’œil.
Des nouvelles vraies couraient parmi ces faux rapports. Le pouls de la foule battait la fièvre chaude. C’était un concert de rumeurs, ou mieux une foire, ou mieux encore une Bourse.
Là s’arrête le possible. En fait d’audacieuses balivernes, la Bourse est le dernier terme de comparaison. Il n’y a rien au-dessus ni au-dessous.
Ici, seulement, les nouvelles de fantaisie étaient du luxe positivement. Rien qu’en ressassant les événements connus ou mystérieux de la veille, les commérages de cette noble cohue auraient pu durer toute la semaine. Chaque groupe avait à broder son thème distinct. On était servi selon l’âge qu’on avait, selon le rang qu’on occupait.
Les hommes d’Etat assis sur la banquette de Christophe Colomb et présidés par les fidèles lieutenants du comte-duc, Bernard de Zunica, Pascual de Haro, Baltazar de Alcoy, s’entretenaient de la récente émeute.
Il n’y avait qu’une voix : le comte-duc avait été sublime. Entre tous les noms glorieux qui étoilent les pages de l’histoire d’Espagne, son nom devait rester le plus glorieux.
Ceci tout haut. – Tout bas, ils s’arrangeaient de manière à ce que le diable n’y perdît rien.
Auprès de la portière qui cachait la garde royale, les magistrats, les gens d’église et les respectables membres du saint tribunal refaisaient, plus éloquentes, les lamentations du prophète Jérémie. La fin du monde arrivait grand train. Il fallait l’épreuve du sang pour régénérer la vieillesse de l’univers. Avec un auto-da-fé d’importance convenable, en brûlant par exemple un quart de Séville dans de bonnes intentions, on pouvait espérer encore quelques jours de calme et de prospérité.
Mais comment dire les élégiaques tristesses des contadores ? L’homme d’argent, quand il pleure, est capable d’attendrir le marbre !
Le crédit s’en allait, Dieu clément ! Le commerce amaigri se mourait d’étisie ; l’impôt paralytique résistait aux plus énergiques moyens de la médecine fiscale.
Où allait cependant l’or des galions ? Y avait-il en Espagne des trous sans fond pour enfouir les richesses du nouveau monde ?
Les poètes, – ils sont effrontés, – glissaient un madrigal parmi ces doléances financières.
Les soldats, petits et grands, causaient femmes ou brelan. Gloire à Mars ! Les courtisans, de tout poil, de toute robe, allaient, venaient, pirouettaient à la française, tandis que les vieux hidalgos, roides comme des hallebardes et ressemblant tous au vertueux don Quichotte de la Manche, les contemplaient, du haut de leurs faces chevalines, avec un inexprimable dédain.
Dans l’embrasure de la seconde fenêtre, ceux de nos bons compagnons de la maison du Sépulcre que la rapière de Moncade n’avait pas mis au lit formaient le noyau d’un groupe nombreux et composé de toutes les jeunes élégances. Nous eussions reconnu là don Narciso de Cardova, qui avait, hélas ! un emplâtre sur l’œil ; don Jaime de Lera, orné d’une assez belle balafre, et le cadet de Silva, dont le front bosselé portait la marque brutale d’un pommeau d’épée.
Les diverses blessures étaient censées avoir été portées tant bien que mal au bilan de l’émeute de la veille ; don Narciso surtout avait déclaré nettement qu’il était venu borgne en défendant le roi.
– Et c’est une grande inconvenance, avait-il ajouté, de faire attendre des gentilshommes qui ont risqué leur vie pour le service de Sa Majesté.
– Narciso, lui dit le cadet de Saldana, tu n’as pas autant fait que Soto-Mayor, qui est entre ses draps avec un coup fendant au beau milieu du crâne… Toi qui as du bonheur, je gage que tu auras l’ordre du roi et quelque héritière pour cette confusion…
– Un coup de coude ! intercala le jeune marquis de Penaflor.
– Mort et passion ! s’écria le gros petit homme qui mit la main à son épée.
– Là ! là ! Cordoue, mon ami, mettons un coup de poing, et ne nous fâchons pas.
– Seigneurs, reprit Saldana, quelqu’un de vous sait-il des détails sur la bagarre qui a eu lieu devant le logis de maître Galfaros ?
Cordoue tourna le dos. Lera et Silva s’accoudèrent sur l’appui de la croisée.
– Chut ! fit Julian de Luna qui arrivait le bras en écharpe, le sujet est brûlant, Seigneur ; dona Inez de Guzman, la fille de notre respecté ministre, n’est pas encore retrouvée.
– Est-ce aussi en défendant le roi que tu as été estropié, Luna ? demanda Penaflor.
– Marquis, c’est en coupant les deux oreilles à un fat qui se permettait vis-à-vis de moi des questions indiscrètes.
Deux mains encore à la garde de deux épées.
Ils ne faisaient que cela, ces bons jeunes hidalgos !
– La paix ! la paix ! Seigneurs ! dit Saldana, on sait votre vaillance !
– Etiez-vous par hasard à la maison du Sépulcre, cette nuit ? ajouta-t-il.
Luna, Silva, Leva et Cordoue furent unanimes pour répondre par la négative.
– Eh bien ! reprit le cadet de Saldana, c’est une cause singulière ; je n’ai pas encore pu rencontrer un seul de nos amis qui fût à cette bagarre… et pourtant le Sépulcre était plein… Maître Galfaros fait de grands hélas ! quand on lui parle de cette affaire, et reste muet comme une tombe… Les saltarines elles-mêmes gardent le silence.
– Parce que tu ne sais pas les faire parler, dit le petit Cordoue avec tout son aplomb reconquis : moi je n’ai qu’à pincer le bout du doigt de Serafina ou de Carmen, elles me défilent tout leur chapelet.
– Et quel chapelet t’ont-elles défilé, Narciso, heureux mortel ?
– Un conte à dormir debout, répondit Lera ; la fille de Pedro Gil, la belle Inez de Guzman, le marquis de Pescaire… que sais-je ?
Le groupe éclata de rire et Penaflor s’écria :
– Voilà ce qui s’appelle raconter une histoire.
– La chose certaine, reprit Narciso, trop naïf pour dissimuler sa rancune, c’est que ce coquin de Moncade ne le portera pas en paradis !
– Quoi donc ? quoi donc ? demanda-t-on de toutes parts.
Le talon de Silva pesa sur l’orteil du petit homme, qui poussa un cri de douleur.
– Eh bien ! pardieu ! s’écria Luna, ne savez-vous point que c’est Moncade qui est le coupable ? Il a enlevé la fille du comte-duc ?
– Et il est en fuite ?
– Non pas… ses accointances avec les traîtres desservidores ne sont plus un secret pour personne… Il a levé le masque, et sa tête est mise à prix comme celle de ce jeune paysan d’Estramadure qui a blessé le comte de Palomas…
– C’est un homme perdu ! acheva péremptoirement Cordoue.
Une voix mâle et sonore prononça derrière la draperie le commandement d’armes, qui, en Espagne, correspondait à notre garde à vous :
– Alerta !
Tous les jeunes courtisans tressaillirent et tendirent l’oreille.
Cosmo Baïeta ayant soulevé à ce moment la draperie, chacun put glisser un regard dans le corps de garde.
L’officier était tourné vers l’antichambre. Il avait l’épée haute, la lumière tombait d’aplomb sur son beau visage pâle et triste.
– Moncade ! s’écria Cordoue stupéfait.
– Le marquis de Pescaire ! répéta-t-on de toutes parts dans la salle.
– C’est don Vincent de Moncade qui a remplacé Philippe de Gama tombé en défendant le roi !…
Tous les yeux se tournèrent vers les ministres et hommes d’Etat qui cachaient leur étonnement sous une affectation de grave fierté.
– Seigneurs, dit le vieux Zuniga en forme d’explication, depuis quand Sa Majesté doit-elle compte de ses décisions !… L’épée de Moncade est en deuil… Don Hernan, premier marquis de Pescaire, est décédé en son palais, cette nuit… Priez Dieu pour son âme et n’enviez point la consolation donnée à son illustre et loyal héritier.
Il y eut un silence.
– Le roi s’est-il fait desservidor ? demanda Cordoue dans le groupe des jeunes courtisans.
Dans le concile des hommes d’Etat, Alcoy dit :
– Le comte-duc, mon très honoré gendre, va-t-il démarquer tous ses points ?
– Une chose acquise, ajouta le vieux Zuniga, c’est que ce n’est pas Gaspard de Guzman qui tient conférence avec le roi.
– Qui donc est avec le roi ?
Cette question fut répétée d’un ton haut et superbe par un personnage de haute taille, portant le costume ecclésiastique, et qui arrivait escorté de quatre chanoines servants.
– Qui donc est avec le roi, pour que la porte de Sa Majesté soit refusée à don Amado Azevedo, légat apostolique et archevêque de Tolède ?
Cosmo Baïeta plia en deux sa vieille échine ; mais il répondit au prélat comme il avait fait à tous les autres.
– Monseigneur, il ne fait pas jour chez le roi.
Un huissier du palais vint jusqu’au seuil du corps de garde !
– Le seigneur comte de Palomas ! appela-t-il : de par le roi !
Alcoy, Pascual et le vieux Zuniga cherchèrent des yeux dans la foule.
Alcoy répondit :
– Dans dix minutes, don Juan de Haro, mon neveu, sera ici mort ou vif !
Il sortit.
La draperie se referma.
Un long murmure succéda au silence profond qui avait empli l’antichambre pendant que parlait le messager royal.
Ce n’était certes pas du légat apostolique, archevêque de Tolède, que la foule s’occupait en ce moment. L’orgueilleux prélat avait manqué son entrée.
Don Juan ! don Juan de Haro ! le comte de Palomas ! l’heureux homme auquel pensait Sa Majesté ! voilà le nom qui était dans toutes les bouches !
– Que vous disais-je ? s’écria le marquis de Penaflor, pendant que le cercle des hommes d’Etat se resserrait, la prophétie court les rues… nous aurons don Juan pour premier ministre.
– Si je savais, murmura Cordoue en caressant ses manchettes d’un air avantageux, qu’en faisant un doigt de cour à la belle marquise…
– Tu es trop rose, Narciso !
– Trop dodu ! trop joli !
Narciso frisa sa moustache et dit :
– Le fait est que ces dames ont de grandes bizarreries dans leurs goûts.
– Mais je ne la connais pas, moi, votre prophétie, marquis, reprit don Julian de Luna.
– La prophétie n’est pas à moi, très cher ; elle appartient à ce Moghrab, dont toute la cour prend, Dieu merci ! les almanachs… Moghrab a cherché six mois ; il a couvert de chiffres plusieurs acres de parchemin…
– Et il a trouvé le nom du successeur de Sa Grâce le comte-duc.
– Juan de Haro, comte de Palomas ?…
– Non pas… à un acre de chiffres par lettre, cela ne va pas si vite… Il a trouvé les quatre lettres du nom de Haro… puis il a trouvé que le nom de baptême dudit Haro n’avait que quatre lettres.
– C’est bien cela, Juan ! firent tous les jeunes seigneurs.
– Et que dit Sa Grâce, le comte-duc ? demanda Saldana.
– Le comte-duc songe bien à cela ! répondit Silva, il est tout entier à son malheur de famille… Dona Inez enlevée…
– Seigneur, interrompit Penaflor, avez-vous ouï conter la fameuse histoire de la litière noire portée par deux jeunes filles ?
– C’est vieux comme Hérode, marquis ! cela date de vingt-quatre heures.
– D’accord, mais la litière noire revenait de chez Moghrab, et la litière noire est retournée chez Moghrab cette nuit…
– Voyez, Seigneurs, voyez ! s’écria le petit Narciso en se dressant tout à coup sur ses pointes.
Son doigt tendu montrait une jeune femme voilée qui traversait en courant la cour des Marionnettes.
– Sur l’honneur ! dit Silva, quand on parle du loup…
– On voit la louve ! interrompit Penaflor… Vous avez reconnu Aïdda la Mauresque.
– La fille du maragut Moghrab !
Toutes les têtes se massèrent à la fenêtre.
– Je parie qu’elle va chez le comte-duc, dit Penaflor à voix basse.
La femme voilée monta en effet le perron qui conduisait aux appartements du ministre. Le valet gardien l’arrêta. Elle souleva un coin de son voile. Le valet gardien s’effaça aussitôt pour lui livrer passage.
Nos gentilshommes n’avaient pas eu le temps de quitter la fenêtre qu’une litière noire aux stores fermés faisait son entrée dans la cour.
– On dirait la chaise de Sa Grâce, murmura Silva.
– La chaise des excursions mystérieuses, ajouta Cordoue.
La litière, au lieu de traverser la cour des Marionnettes, tourna brusquement à droite, et ses deux porteurs s’arrêtèrent devant le pavillon qui formait l’angle du patio.
– C’est pour la reine, dit Silva.
Le pavillon et ses dépendances formaient en effet la demeure privée d’Elisabeth de France, femme de Philippe IV.
La portière de la chaise s’ouvrit. Une jeune femme voilée mit pied à terre.
– Encore ! s’écria Cordoue ; il en pleut, ce matin !
– Messieurs, quelqu’un de vous reconnaît-il celle-ci ? demanda Penaflor.
Pendant qu’il parlait, une seconde personne sortait de la litière.
C’était un homme, un homme de haute taille, vêtu du costume musulman et la tête cachée sous un ample bernuz blanc.
– Moghrab ! dit Cordoue ; le maragut !
– Non pas, répliqua Penaflor ; Soliman, le sorcier de la reine !
– Vous vous trompez, Seigneurs, dit une voix railleuse et froide au milieu d’eux, Hussein le Noir, médecin de notre sire le roi !
Tous se retournèrent à la fois, silencieux et interdits.
Don Vincent de Moncade, marquis de Pescaire, portant le costume de capitaine des trabucaires de Sa Majesté, était debout auprès de la fenêtre.
– Seigneur, lui dit Silva en serrant furtivement sa main, nous avons ensemble un compte à régler.
– Saurons-nous votre heure, capitaine ? lui demandait en même temps tout bas don Julian de Luna.
Lera et Cordoue lui adressèrent également quelques paroles à la dérobée.
Moncade montra le crêpe qui était à la garde de sa rapière.
– Patience, messieurs, dit-il.
Les autres gentilshommes qui n’avaient point été mêlés à l’affaire de la maison du Sépulcre s’approchèrent la main tendue.
– Vous avez quitté votre poste, don Vincent ? commença Penaflor.
– Un autre l’occupe, marquis, répondit Moncade.
– Et saurez-vous nous dire ce qui tient fermé si tard la porte du roi ?
– Marquis, vous parliez tout à l’heure de prophéties. La porte de notre royal sire reste close, parce que le destin est là derrière.
– Le destin ! répétèrent les jeunes fous devenus sérieux.
Moncade montra du doigt le cavalier mauresque et la jeune femme voilée qui entraient de compagnie sous le vestibule du pavillon de la reine.
– Vous souvenez-vous, Seigneurs, dit-il, du jeune paysan qui vint s’asseoir, l’autre matin, près de nous, sous le porche de la maison du Sépulcre ?… Don Juan de Haro l’insulta sans raison et sans mesure… Le jeune homme fut patient jusqu’à l’heure où don Juan perdit le respect envers la femme et la fille d’un illustre proscrit… La main du jeune homme alors mit hardiment dans la poussière la toque du comte de Palomas.
– Nous n’avons point oublié cela, dirent quelques voix.
– Deux femmes passaient, reprit le marquis de Pescaire, se rendant à l’office de Saint-Ildefonse… la mère et la fille… Eleonor de Tolède, Isabel de Medina-Celi… Toutes deux sont au palais, Seigneurs, la mère s’entretient avec le roi, voici la fille qui monte chez la reine…
– Et le provincial dont la tête fut mise à prix !
– Haut les armes ! commanda en ce moment une voix vibrante et jeune derrière la draperie.
On entendit en même temps le bruit de la manœuvre exécutée avec cette brève précision des troupes d’élite.
– Je veux perdre mon nom si je ne connais pas cette voix-là, murmura Cordoue.
– Les officiers de la garde ont-ils tous été changés ?… demanda Silva.
– Le roi travaille, répondit Moncade avec une singulière emphase.
C’était désormais dans l’antichambre une sorte d’ébullition parmi une foule anxieuse, dont la fièvre courtisanesque arrivait à son paroxysme. On avait saisi çà et là quelques bribes de l’entretien engagé entre nos seigneurs. Certaines paroles allaient de bouche en bouche.
– Le roi travaille !… Le roi travaille !…
On pouvait entendre ces mots qui dominaient la rumeur confuse, comme les notes claires et intelligibles du chant dominent, dans l’œuvre d’un maître, le savant tapage de l’orchestre.
– Le roi travaille !
Chez nous, en France, on disait parfois :
– Le roi s’amuse.
Un de nos plus grands poètes modernes a poussé ce cri railleur et amer. – Mais combien est plus profonde l’amertume contenue dans cet autre cri : « Le roi travaille ! » Et que plus sanglante est la raillerie !
Que pouvait signifier ce mot travail appliqué à Philippe IV ? Le comte-duc n’était-il pas sa tête et sa main ? Philippe avait-il fait choix d’une autre main et d’une autre tête ?
La salle de l’Etoile eût été, certes, en ce moment, un lieu précieux pour un observateur ou un philosophe. Le vide se faisait peu à peu autour de nos hommes d’Etat, groupés entre les deux premières fenêtres. Il y avait maintenant de la place, dans cette antichambre trop étroite, car le cercle s’élargissait incessamment autour de la banquette de Christophe Colomb, où Zuniga, Pascual de Haro, le connétable de Castille et autres essayaient en vain de faire bonne contenance.
Et pourtant la presse était plus drue que jamais. A chaque instant, quelque nouvel arrivant venait grossir la foule.
Ces retardataires, fidèles à la règle : « A tout seigneur, tout honneur », allaient d’abord déposer sur l’autel de la faveur leurs courbettes et leurs sourires. La vue de nos hommes d’Etat tout pâles et qui semblaient changés en statues de sel les étonnait et les effrayait. Ils interrogeaient leurs consciences. Mais dès qu’ils s’étaient éloignés, la cohue s’emparait d’eux et les étourdissait de ses mille voix. Nos hommes d’Etat ne les revoyaient plus.
Le roi travaillait.
Don Pascual avait déjà essuyé plus d’une fois la sueur froide de son front. Le vieux Bernard de Zuniga répétait tout bas :
– Haro !… et le nom de baptême de quatre lettres ?… Moghrab m’aurait-il trompé ?…
Toute mer a son niveau. Si l’alluvion enrichit une côte, le rivage opposé se mine et s’appauvrit.
Pendant que la cour s’éloignait des partisans avoués du comte-duc, certains personnages, abandonnés depuis longtemps, voyaient fleurir autour d’eux des plates-bandes de sourires. Les Sandoval, les Tolède, les Aguilar, Medina-Sidonia, Medina-Torres, tous ceux qu’avait tenus à distance le bras haineux du favori ne voyaient plus que des regards amoureux sur leur passage.
Il y avait queue derrière Moncade pour obtenir la grâce de lui toucher la main, en le complimentant avec larmes sur le trépas soudain de son illustre père.
Et Dieu sait ce qu’on disait du comte-duc, cet impuissant et misérable pédant, ce pleutre dont les deux mains tenaient un bandeau sur les yeux de Sa Majesté, ce parvenu qui avait gardé à son manteau toute la sordide poussière des bancs de l’école !…
Moncade écoutait froid et triste.
Au plus fort de la clameur générale, il fit de la main un geste dédaigneux, et dit :
– Seigneurs, le roi a bien voulu signer ce matin le contrat de mon union avec dona Inez de Guzman, fille de Sa Grâce le comte-duc.
Ceux qui le serraient de plus près faillirent tomber à la renverse.
Mais les péripéties n’avaient pas le temps de naître aujourd’hui dans l’antichambre du roi ; à peine sorties de l’œuf, on les voyait disparaître sous d’autres péripéties.
Un tumulte se fit à la porte d’entrée. C’était don Juan de Haro, comte de Palomas, qui arrivait dans son costume de capitaine des gardes. Tous nos hommes d’Etat se levèrent, et un rayon d’espoir brilla dans leurs yeux. Don Juan portait la tête haute ? il avait aux lèvres le plus insolent de ses sourires.
Où en était-on ? La foule abasourdie oscilla comme une mer.
Il ne manquait plus là que le comte-duc lui-même, venant prouver son existence à la manière du soleil qui sort de son nuage et prosterne dans la poudre ses obscurs blasphémateurs.
Un silence soudain régna dans la salle.
– Avez-vous vu don Baltazar de Alcoy, mon neveu ? demanda Pascual en abordant le comte de Palomas.
– J’ai vu dans la cour, répliqua superbement don Juan, les hommes de ma compagnie qui m’ont appris qu’un autre avait eu l’insigne audace de prendre mon poste. Don Pascual de Haro, commandant des gardes du roi, est-ce vous qui avez signé le décret ?
Don Pascual était livide. Zuniga joignit ses mains tremblantes.
– La signature ! murmura-t-il en un gémissement. Y a t-il des décrets qui ne me passent point par les mains ! Ah ! Seigneur mon Dieu ! la signature !
Don Juan fit quelques pas dans l’intérieur de la salle, son regard se heurta contre le cercle de figures glaciales qui l’entourait.
Il n’y eut à lui donner la main que Moncade, et Moncade lui dit :
– Don Juan, tu es perdu !
– Par la mort de mon âme ! s’écria le jeune comte, tous ces gens sont-ils fous ?… Perdent-ils le respect, parce que mon oncle, le comte-duc, se lève aujourd’hui un peu plus tard qu’à l’ordinaire ?… Holà, Baïeta, vieil homme ! qu’on m’ouvre sur-le-champ les portes de l’appartement de Sa Majesté !
Pour les uns, le vieux Cosmo Baïeta s’inclinait un peu ; pour les autres, il se courbait très bas, c’était un thermomètre bien gradué, très sensible, qui marquait les différents degrés de la faveur.
A l’appel de don Juan de Haro, Cosmo Baïeta demeura droit et roide.
Et comme le jeune comte marchait vers lui d’un pas menaçant, le vieillard entr’ouvrit la draperie et prononça un mot à voix basse.
– Alerta ! commanda aussitôt l’officier des gardes.
– Ah ! ah ! fit don Juan, voici la voix de mon remplaçant.
Il n’eut pas le temps d’en dire davantage. La portière s’ouvrit toute large, et un beau jeune homme, très pâle et le bras gauche en écharpe, mais la mine fière, la tête haute, et portant à miracle l’élégant uniforme de capitaine des gardes du roi, vint se placer debout au-devant de lui, l’épée nue à la main.
Ce fut dans la salle de l’Etoile un étonnement général, mais qui avait des sources bien diverses.
La plupart des assistants n’avaient jamais vu le nouveau capitaine. D’autres l’avaient aperçu la veille au soir aux côtés du roi des gueux, dans la cour de l’Alcazar : pour ceux-là aussi c’était un inconnu.
Un cri s’échappa du groupe formé par nos évaporés de la maison du Sépulcre.
– Le paysan d’Estramadure ! balbutia Narciso de Cordoue.
– Don Ramire de Mendoze !… l’homme au pourpoint de buffle !…
– Celui dont la tête fut mise à prix…
– Silence, Seigneurs ! ordonna Moncade.
Il s’était rapproché de don Juan, qui avait reculé d’un pas, blême de rage et la lèvre écumante.
– C’est toi, balbutiait le neveu du comte-duc, toi qui m’as remplacé ! toi, misérable rustre !…
Mendoze dépliait lentement un parchemin qu’il avait tiré de son sein.
– Au nom du roi, don Juan de Haro, comte de Palomas, dit-il, rendez-moi votre épée !
Le neveu du favori dégaina d’un geste violent. On put bien voir que ce n’était pas pour rendre son épée.
– Est-ce parce que la Medina-Celi, s’écria-t-il, a passé cette nuit dans la chambre que je prête d’ordinaire à la maîtresse de Philippe d’Espagne ?…
Sa voix rauque fut étouffée par la main de Moncade qui lui ferma la bouche.
L’épée de Mendoze était restée immobile.
Les gardes s’emparèrent du comte de Palomas, en qui un abattement subit et complet avait succédé aux extravagances de la rage.
Au milieu de la stupeur universelle, la voix vieillotte de Cosmo Baïeta s’éleva :
– Seigneurs, disait-elle, Sa Majesté vous remercie… Elle ne recevra pas ce matin.
Il n’y eut pas un murmure.
Depuis une minute, Philippe était roi.
– Sa Majesté a travaillé, dit seulement Penaflor à ses voisins, elle va se reposer.
Il se trompait.
Cette étrange comédie de l’antichambre royale devait avoir un dénouement plus étrange encore.
Au moment où la grande porte s’ouvrit pour donner passage aux courtisans congédiés, un homme, revêtu du costume mauresque et portant sur la tête un ample bernuz noir à franges blanches, se présenta.
A l’aspect de cet homme, les huissiers écartèrent sans façon la noble foule et dirent :
– Faites place !
Personne n’avait la volonté de résister ; mais la masse des courtisans fut lente à s’ouvrir. Pendant que le mouvement s’opérait, ceux qui étaient derrière ne voyaient rien.
Nos hommes d’Etat surtout, réunis en un petit groupe, échangeaient des œillades mornes et découragées.
Un nom vint jusqu’à eux : Moghrab le maragut !…
En même temps, la foule s’ouvrait d’un bout à l’autre de la salle, et l’homme au bernuz blanc passait silencieux.
Bien des regards avides essayaient de percer son voile.
Parvenu en face de l’entre-deux où nos hommes d’Etat attendaient humblement leur tour de sortir, il s’arrêta et fit un signe. Le vieux Zuniga, la tête basse, s’approcha comme un écolier qui vient à l’ordre de son maître.
L’Africain lui dit quelques mots à l’oreille et continua son chemin.
Derrière lui, le flot se refermait. Chacun voulait connaître la fin de l’aventure.
L’Africain, pendant tout le reste de son trajet, ne daigna plus accorder à personne ni un geste ni même un coup d’œil.
Le capitaine des gardes baissa son épée devant lui, et les soldats lui firent le salut des armes.
Cosmo Baïeta l’attendait, incliné jusqu’à terre.
– Va prévenir le roi, lui dit l’Africain d’une voix distincte et sonore, que sidi Hussein le Noir veut l’entretenir sur l’heure.
Vous eussiez entendu une mouche voler, tant on attendait curieusement la réponse de ce Baïeta qui avait refusé, depuis une heure, la porte royale à des grands d’Espagne, à des prélats, à des ducs, à des princes.
Cosmo Baïeta répondit :
– Il n’est besoin, Seigneur ; vous êtes le bienvenu.
Et il le précéda chapeau bas.
L’instant d’après, sous les arcades de la cour des Marionnettes, le vieux Zuniga, Pascual de Haro, le connétable et don Balthazar de Alcoy s’en allaient tristement ; nul ne faisait attention à eux. Ils ne comptaient plus. On les regardait par dessus l’épaule en passant. L’impertinence de tous ceux qui, la veille, étaient à leurs genoux, proclamait leur disgrâce.
Ils avaient entendu Sa Grandeur, l’archevêque de Tolède, demander, en traversant le vestibule, le logis du seigneur capitaine Ramire de Mendoze, afin d’aller lui offrir ses compliments sincères.
Les Sandoval, les Aguilar et tous ceux qui avaient tenu le haut bout sous les précédents ministères s’éloignaient escortés par une formidable cour.
Quand la foule se fut écoulée, quand ils se virent seuls au milieu de ces royales galeries, où le plat encens des gens de cour les avait si souvent enivrés, ils s’arrêtèrent silencieux.
– Partie perdue ! murmura, le premier, Pascual de Haro ; je me démets de mon commandement et je vais passer l’hiver dans mon château des Asturies.
Deux grosses larmes roulèrent dans les rides du vieux Zuniga.
– La signature ! soupira-t-il. Que vous soyez punis, vous seigneurs, vous aviez fait des rêves ambitieux… Mais moi, sur mon salut éternel, je ne voulais que garder la signature !
Le connétable de Castille prit la parole à son tour :
– Moi, je ne jette pas si vite le manche après la cognée, dit-il ; don Baltazar de Alcoy, qui est de bon conseil, n’a pas encore ouvert la bouche. Et nous ne savons pas encore, seigneur de Zuniga, ce que l’Africain vous a dit, quand il vous a parlé tout bas dans l’antichambre.
Alcoy releva la tête, et un éclair brilla dans ses petits yeux gris.
– L’Africain a parlé ? répéta-t-il vivement.
Le vieux Zuniga laissa tomber son menton sur sa poitrine.
– L’Africain, balbutia-t-il, m’avait dit que Juan de Haro serait le successeur du comte-duc… Nous élevions ce vizir à la brochette… Hélas ! hélas ! nous avons tué notre poule aux œufs d’or ! Je regrette le comte-duc, je regrette…
Alcoy lui saisit le bras.
– Répétez-nous les propres paroles de l’Africain, seigneur ! prononça-t-il d’un ton impérieux.
Le vieux ministre passa ses doigts tremblants sur son front.
– Ai-je des ordres à recevoir déjà ? pensa-t-il tout haut.
Il sentit que la main d’Alcoy lui serra le bras fortement. Le rouge de la honte lui monta au front.
– Voilà vingt ans que je suis ministre du roi… murmura-t-il.
– Et vous le serez vingt ans encore, cousin, si vous parlez comme un homme ! répliqua le président de l’audience en affectant une sorte de gaieté.
Don Bernard de Zuniga interrogea l’une après l’autre les physionomies de ceux qui l’entouraient.
– Voulez-vous que nous nous engagions par serment à vous conserver la signature ? demanda Alcoy, cachant de son mieux le dédaigneux sourire qui était sous sa moustache.
– Finissons ! s’écria don Pascual de sa plus grosse voix.
Don Bernard joignit ses mains sèches et jaunies.
– Je le veux bien, répliqua-t-il ; jurez, mes chers amis, jurez que vous me garderez la signature… jurez sur ce que vous avez de plus cher et de plus sacré… et que Dieu vous entende.
Ses larmes ruisselaient sur le velours de son pourpoint.
– Seigneurs, reprit-il après ce moment de faiblesse, voici ce que m’a dit Moghrab : « Rendez-vous ce matin dans la salle de l’hôtellerie de Saint-Jean-Baptiste. Les hommes sont engagés ; tout est prêt… A l’heure de la méridienne, le va-tout doit être joué aujourd’hui ou jamais. »
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