‹ La Maison de PilateChapitre 25 sur 30 · Chapitre 10 LA TOILETTE DU ROI

Chapitre 10 LA TOILETTE DU ROI

Almanzor et ses deux collègues dormaient sur leurs perchoirs.

Les premiers rayons du soleil, frappant les draperies closes des croisées, éclairaient vaguement le grand Christ noir qui formait le fond du calvaire servant de prie-Dieu à Sa Majesté.

De temps en temps, les bruits de l’antichambre venaient par bouffées comme un lointain murmure.

Le roi n’était pas absent, cependant, car on entendait sa voix grêle dans la pièce voisine, tantôt discourant avec volubilité, tantôt chantant, non sans prétention, des lambeaux de romances françaises.

La chambre voisine, c’était la toilette royale, un des plus charmants morceaux du vieux palais. On l’avait ornée tout exprès pour le voyage de Philippe, avec une magnificence véritablement orientale.

Elle donnait, par deux fenêtres mauresques, sur les admirables jardins de l’Alcazar.

Une grande ogive, séparée en deux par une gerbe de colonnettes, séparait ce réduit de la grande étuve connue sous le nom de bains du Calife, et qui était éclairée par vingt-quatre trèfles à jour. La piscine en était si vaste que le roi pouvait s’y livrer quotidiennement au plaisir de la natation.

Le roi était là en compagnie du bon duc.

Le roi était debout auprès d’une croisée et se regardait dans un admirable miroir de Venise dont le pivot en ébène incrusté de nacre était une merveille de délicatesse.

Le bon duc s’appuyait à l’angle d’un bahut et contemplait son maître d’un œil mélancolique.

Evidemment, Philippe sortait des mains de son barbier. Ses noirs cheveux brillaient comme si chaque boucle, gardant le pli de la papillote, eût été piquée d’une étincelle ; sa barbe formait un fer de lance d’une irréprochable netteté, et les deux crocs de sa moustache, galamment gaufrés, dessinaient selon l’art, l’ondulante symétrie de leurs fourches.

Mais, malgré ces soins intelligents et coquets, c’était un visage de malade qui surgissait dans sa collerette empesée à la Louis XIII. Bien que ses joues fussent maigres, sa peau déteinte et molle semblait tomber ; sa lèvre était flétrie sous le rouge emprunté au pinceau. Sa taille se voûtait, son regard était morne.

– Je cherche en vain la première ride, dit-il ; tous les gens de notre âge ont des rides. Vois Gaspar ? Il a bien vieilli. Toi aussi Hernan. Dans les temps, on te trouvait presque aussi beau cavalier que moi.

Il regarda du coin de l’œil le Medina-Celi dont la mâle beauté ressortait vaguement dans le demi-jour du fond de la salle.

– Tu ressembles à une vieille toile de Pacheco, Hernan ! reprit-il, cela me fait plaisir de te voir. Quand j’étais enfant et toi marquis, nous faisions deux gais compagnons ; mais pourquoi es-tu resté en prison si longtemps, mon pauvre Hernan ?

– Parce que le roi m’avait oublié, répondit le bon duc avec respect.

– Quant à cela, tu as raison, s’écria Philippe en riant. Sais-tu, ami, qu’on a fort à faire sur un trône ? mais je veux mourir si, à ta place, je ne me serais pas échappé plus tôt…

Tu savais bien qu’en me montrant seulement ton visage, ta grâce venait d’elle-même sur mes lèvres.

Medina-Celi appuya la main contre son cœur.

– Vous avez l’âme grande, Sire, prononça-t-il d’une voix profondément émue.

– Oui, oui, fit le roi, je suis grand, l’Europe entière le dit, et même l’Asie, car Almanzor vient des Indes orientales… Parlez, seigneur duc, je vous écoute.

– Royal sire, dit aussitôt Hernan qui se redressa, j’ai tardé vingt-quatre heures à me rendre aux pieds de Votre Majesté, parce que le hasard m’a mis tout de suite sur les traces d’une lâche et odieuse conspiration dirigée contre le comte-duc.

– Et tu t’es mêlé de le défendre, toi, Perez ! se récria le roi.

– Le comte-duc est pour moi le ministre de Votre Majesté, répondit gravement Medina-Celi.

– Tu es un homme de l’âge d’or !

– Et les conspirations dirigées contre les ministres, poursuivit le Medina-Celi, finissent parfois par atteindre les rois.

– Oui-dà ! Perez ! j’oubliais que tu étais un philosophe et un grand politique… Par les cinq plaies de Notre-Seigneur ! Gaspar avait raison de te garder sous les verrous, tu lui fais ombre, ami duc ! J’ai songé à toi plus d’une fois cette nuit. Sais-tu que nos vieux miquelets se souviennent encore de toi, et que si je te nommais connétable de Castille, dans toutes nos places d’armes les épées danseraient en rond autour des fagots flambants ?

Le bon duc s’inclina en silence.

– Et pourquoi t’appelait-on hier le roi des gueux ? demanda brusquement Philippe.

– S’il plaît à Votre Majesté d’écouter le récit de ce que j’ai fait pendant ces vingt-quatre heures…

– Non pas, non pas, interrompit Philippe effrayé, les rois n’ont pas le temps d’ouïr de longues histoires… Qu’est ceci ?

Il s’était retourné au bruit d’un pas qui foulait les dalles de sa chambre à coucher.

La figure à la fois humble et importante du vieux Cosmo Baïeta se montra au seuil.

– Un ordre à signer, Sire, si c’est le bon plaisir de Votre Majesté.

– Encore !… fit le roi avec une impatience d’enfant ; le comte-duc abuse…

– Ce n’est pas de la part du comte-duc, interrompit Baïeta.

– Et de la part de qui ?

Le vieux chambrier prononça tout bas le nom d’Hussein le Noir.

Le roi prit le parchemin qu’on lui tendait, ainsi que la plume trempée d’avance dans l’encre.

– Mendoze !… murmura-t-il, don Ramire de Mendoze !… Qui est celui-là ? Au moins, je connaissais Vincent de Moncade, second marquis de Pescaire.

Il signa sur le coin de sa toilette.

– On m’accablera si bien que je me retirerai dans un cloître comme mon aïeul, l’empereur Charles-Quint… Sont-ils beaucoup dans l’antichambre ?

– Toute la cour et tout Séville, répondit Cosmo.

La figure du roi exprima un naïf contentement, puis ses sourcils se froncèrent.

– Et ce païen qui ne veut pas que je reçoive !… grommela-t-il ; je crois que Gaspar était mon maître… Le païen succède à Gaspar.

Cosmo se retira.

– Perez, dit le roi, si je te faisais mon premier ministre, est-ce que tu voudrais me régenter comme les autres ?

– Majesté, répliqua Hernan, je suis venu vous rendre mon épée après avoir déposé entre vos mains royales tout ce que j’ai de plus cher au monde… je suis prisonnier d’Etat.

– Vit-on bien, Perez, dans cette forteresse de l’Alcala ?

Puis fermant la bouche du bon duc d’un geste :

– Ecoute, ce païen m’est presque aussi odieux que le traître Guzman !

Pendant qu’il parlait ainsi, Philippe avait les sourcils froncés, et un vague reflet de virilité s’allumait dans son regard.

Il se rapprocha vivement du bon duc.

– Tous tant qu’ils sont, murmura-t-il, ils ont la marotte de mettre une chaîne au cou du roi… Par les sept sacrements ! j’ai les preuves en main ! Le traître Gaspard avait fomenté lui-même cette révolte pour se rendre nécessaire… Sais-tu ce que je ferai, Perez, je présiderai de ma personne le Conseil.

– Que Dieu entende Votre Majesté.

– Ne m’en crois-tu pas capable ? s’écria Philippe avec une colère sans motifs ; par saint Jacques ! je suis brave… Il y a des instants où je donnerais tous les joyaux de ma couronne pour voir l’ennemi face à face… Et je suis sage aussi, Perez et j’aime mon peuple… Et Dieu m’avait créé pour être un bon roi.

Le Medina-Celi lui prit la main et la baisa.

La pensée de Philippe tournait déjà dans son débile cerveau.

– Tu as bien fait, duc, de te fier à ma clémence : tu es libre ! le roi te fait libre !

Don Hernan fléchit un genou.

– Tu as bien fait, reprit Philippe, de mettre sous la protection du roi ta femme et ta fille… Toute protection appartient au roi… Le roi doit tout faire…

Dieu accorde des grâces spéciales à ceux qui sont les pasteurs des peuples… Ils sont plus forts et plus habiles que les autres hommes… Vois, moi qui te parle, ai-je plié sous le poids de mon sceptre ?

Il redressait de son mieux sa taille courbée et posait vaillamment le poing sur sa hanche.

– Ecoute, fit-il tout à coup.

Dans la chambre à coucher, Almanzor s’éveillait et disait :

– Philippe est grand !

Les deux autres perroquets, favoris présomptifs, pris d’une belle émulation, répétèrent de leur voix un peu rauque :

– Il est grand, Philippe !

Du soir au matin, j’entends cela, poursuivit le roi d’un accent sérieux, de la bouche des hommes et de la bouche des bêtes… Je n’en ai point d’orgueil… Ma gloire appartient à celui qui tient dans sa main l’existence illustre des monarques comme la vie humble et misérable des mendiants de la rue. Y a-t-il beaucoup d’orateurs pour parler avec autant d’élégance et de force, ami Perez ?

– Bien, bien, s’interrompit-il. Pas de flatteries, j’en suis repu, je sais ce que je vaux…

Nous nous rendrons ce matin chez la reine pour voir Isabelle de Medina-Celi, continua Philippe. Duc, le roi peut aborder des sujets qui sont interdits au commun des hommes. La noble Eleonor de Tolède est belle comme aux jours de notre jeunesse.

Le bon duc était pâle et tenait les yeux baissés.

– C’est peut-être une couronne que tu lui ravis, Hernan, poursuivit le roi, en posant sur sa tête la couronne ducale… Les filles de Guzman et de Tolède peuvent gravir les marches d’un trône ! Est-elle belle comme sa mère, la Medina-Celi ?

– Sire… commença le bon duc.

– Oh ! fit le roi avec un sourire d’enfantine fatuité, ne crains rien, mon compagnon ; nous ne sommes plus l’adolescent aux ardeurs légères qui voltigeait d’amours en amours… Nous avons pris la mâle constance qui sied à un chevalier… notre cœur est fixé, nos ailes sont coupées… la belle des belles règne sur notre âme, à toujours et sans partage.

Il tira de son sein un médaillon d’or ciselé, entouré d’un cercle de diamants, dont l’eau admirable lança une gerbe d’étincelles.

Il l’ouvrit avec un recueillement dévot.

A l’intérieur du médaillon reposait une fine miniature peinte sur nacre. C’était le portrait de la belle marquise.

– Vois ces lèvres de corail, poursuivit le roi pieusement, vois ces dents perlées et ce nez mignon aux narines roses et légèrement gonflées… vois ces yeux divins, demi-voilés par une céleste langueur… vois la précieuse abondance de cette chevelure, plus brillante que le jais, plus douce que la soie… vois ce teint où les roses et les lis marient à l’envi leurs teintes les plus suaves… Ami, voici l’amour d’un grand roi… Objet charmant qui serait digne de l’amour d’un dieu !… car cette peinture, c’est l’objet d’une réalité mille fois plus adorable… Et le cœur, ami ! et le cœur ! un million de fois plus adorable que le visage.

C’est l’ange qui m’a donné son âme tout entière et qui m’aimerait pauvre pâtre dans la montagne, comme elle me chérit sur le trône de mos aïeux.

Pour cause, les paupières du Medina-Celi ne se relevaient point.

– C’est juste ! c’est juste ! dit Philippe en refermant brusquement le médaillon ; tu es un esprit timoré, une conscience austère… Sache donc, ami, que trois inquisiteurs de la foi ont accordé indulgence plénière à ma félicité. Les rois, mon compagnon, sont régis là-haut par une loi spéciale… et je trouve cela équitable.

Il remit le portrait dans son sein après l’avoir baisé tendrement.

Il disait vrai : Medina-Celi était une âme austère ; mais Medina-Celi se souvenait de cette chambre de l’hôtellerie de Colombo, dans l’Isla-Mayor, où la belle marquise donnait ses rendez-vous au comte de Palomas.

Le roi regagna sa toilette en chantant.

Puis s’interrompant tout à coup :

– Là-bas, à Alcala, n’entendez-vous jamais parler de mes corridas ? demanda-t-il.

– Jamais, Sire, répondit don Hernan.

– C’est donc l’autre monde, mon pauvre compagnon ? Tu ne te doutes guère alors des progrès que j’ai introduits dans ce noble divertissement. A Valladolid, lors de la dernière course, le matador était… mais devine, ami duc, qui était le matador.

– Que Votre Majesté daigne excuser mon ignorance.

– Le matador était une femme, prononça le roi avec une modestie orgueilleuse, t’attendais-tu à cela ? parle franchement.

– Certes, Sire, je ne puis dire…

– A la bonne heure !… Eh bien, j’en prépare un pour mon retour à Madrid… car Séville n’a pas mérité cette récompense… Tu la verras, de par tous les saints ! mon vieux compagnon… tu la verras de tes propres yeux… La senora Romba y sera… et Leones, et Fuentes le Grenadin, et le fameux Portugais da Cunha, que j’ai pris au traître Bragance. Tous à la fois, duc !… Voilà le progrès ! Jadis il n’y avait qu’un seul gracioso… j’en ai voulu deux d’abord, puis trois, puis quatre… J’en aurai cent dans mon arène d’Aranjuez, si Dieu veut que j’achève ce merveilleux monument… Et des taureaux !… sais-tu ce que me coûte chacune de leurs cornes ?

L’horloge de la chambre à coucher sonna.

Le roi s’arrêta court.

– Hussein le noir va venir, dit-il avec ennui et fatigue.

– Sire, répondit le Medina, faut-il que je prenne congé de Votre Majesté ?

Philippe restait tout pensif.

– Il n’y a que toi, prononça-t-il à voix basse après un instant de silence, il n’y a que toi pour honorer le roi… Tu pratiques ta devise, Perez, car tu étais hier dans la cour de l’Alcazar, au lieu de protéger ta femme et ta fille menacées toutes deux… Le Roi avant le sang ! noble cri d’une grande âme !… Tu n’as point conspiré, toi, bien que tu sois couvert encore des blessures à peine cicatrisées qu’on t’a faites dans le préau de ta prison… Par le ciel ! j’ai peur des saints… tu te laisserais empoisonner, assommer ou étrangler si tu avais le pouvoir pendant une heure !

Hernan répliqua :

– Royal Sire, je ne vous demande pas le pouvoir… je demande que vous gardiez le pouvoir.

– Je sais, je sais… ne recommence pas ton explication… Tout par le roi : c’est clair… Le comte-duc disait : « Tout par moi, » le païen Hussein, sous prétexte de me sauver, pèse déjà sur moi comme un fardeau de plomb !…

– Il n’y a que le roi qui puisse sauver le roi, prononça lentement le bon duc ; le roi, c’est l’Espagne. Pourquoi laisser un intermédiaire entre l’Espagne et le roi ?

– Sans doute, sans doute, murmura Philippe qui fut pris soudain d’un bâillement ; tu as de forts saines idées, ami duc. Le peuple et le roi, le roi et le peuple, tu arranges cela adroitement… Mais le peuple ne peut pas être ministre du roi.

– Respecté Sire, c’est le roi qui est le ministre du peuple ; sans cela la devise de ma race serait un blasphème ou un non-sens.

– Oui-dà, Perez ?… Une autre fois, nous raisonnerons tous deux… Holà. Garcias !

Un chambrier sortit de l’étuve.

– Je ne prendrai pas mon bain ce matin, dit Philippe ; je me sens en appétit ; qu’on serve !

Le chambrier se retira. Philippe regarda le bon duc en face.

– Hernan, demanda-t-il, veux-tu me débarrasser de Gaspar ?

Le bon duc ne fit paraître aucun étonnement et répondit sans hésiter :

– Il suffit de la volonté du roi pour renverser son ministre.

– Peut-être… mais veux-tu me débarrasser du païen qui me dicte déjà des lois et nomme les officiers de ma garde ?…

– Sire, je le veux, répondit le bon duc.

Philippe jeta un manteau léger sur ses épaules.

– On ouvre, murmura-t-il ; c’est lui… Ami duc, il est sorcier, je te préviens… Je te donne carte blanche… Par les trois vertus théologales ! J’ai un appétit de lion… Au revoir !

Il souleva la draperie qui recouvrait la porte des étuves, et s’enfuit comme un écolier qui entend le pas de son maître.

Medina-Celi le suivit des yeux. Quand Philippe eut disparu, un profond soupir souleva sa poitrine.

Ce fut tout. Pas une parole ne tomba de ses lèvres.

La porte de la chambre royale qui donnait sur la salle de l’Etoile venait, en effet, de s’ouvrir. Un pas lent et sonore retentissait sur les dalles.

– Le roi n’est point ici ? demanda une voix grave qui fit battre le cœur du duc.

On s’était arrêté : comme il n’y eut point de réponse, le pas sonna de nouveau sur la mosaïque.

– Mon royal Seigneur, demanda la même voix au seuil même du réduit de toilette, veut-il recevoir le médecin de son perroquet ?

Il y avait dans ces paroles une nuance de moquerie.

La porte s’ouvrit.

Le bernuz noir frangé de blanc de sidi Hussein se montra. On ne voyait point le visage de l’Africain, mais il était facile de deviner que son regard faisait rapidement le tour de la chambre.

Le bon duc s’ébranla enfin et sortit de l’ombre en disant :

– Don Luiz, voici la seconde fois que nous nous rencontrons ; soyez le bienvenu, si vous êtes resté sujet loyal.

Le premier mouvement de l’homme au bernuz fut de reculer, car la surprise le laissa complètement hors de garde.

Ce fut à peine l’affaire d’une seconde. Il franchit le seuil et rejeta en arrière les plis de son capuchon arabe. On put voir alors sans voile ce visage fier et intelligent que nous avons décrit plus d’une fois, quand le fil de ces aventures a mis sous notre plume le nom de Moghrab.

L’expression de ce visage avait changé. Il y avait du rouge à ce front d’ordinaire si pâle ; le rayonnement ardent de ce regard de feu se troublait.

Le bon duc et lui se trouvèrent bientôt en présence, car chacun d’eux avait marché d’un pas égal.

Celui qu’on venait d’appeler don Luiz tendit sa main le premier ; le bon duc la prit et la serra avec une émotion presque solennelle, ils restèrent ainsi se regardant et ne se parlant point.

Puis leurs bras s’ouvrirent en même temps, et leurs yeux se mouillèrent tandis qu’ils se tenaient embrassés étroitement.

Le même mot était sur leurs lèvres tremblantes :

– Frère !… mon frère bien-aimé !…

– Que Dieu te bénisse, Louis de Haro, mon meilleur, mon plus ancien ami ! dit enfin le Medina Celi. – J’ai souhaité te revoir presque aussi passionnément que j’ai demandé à Dieu d’embrasser, avant de mourir, ma femme et ma fille !

– Que Dieu te bénisse ! Hernan, mon noble frère d’armes ! Heureux ou malheureux, je n’ai pas passé un jour sans penser à toi… je n’ai pas adressé au ciel une prière sans que ton nom y fût mêlé… Que Dieu te bénisse et que Dieu soit béni pour la joie qu’il me donne !

q

Page 1