2.7 La question des enfants.
MAURICE : Je relève une tête ivre et lourde, Blanche. Vous pouvez me demander d’autres sacrifices.
BLANCHE : Je cesse de vous affliger, Maurice. Il ne reste qu’un détail sans importance à régler. Il est bien entendu que nous n’aurons pas d’enfants.
MAURICE : Comme il vous plaira, Blanche. Moi je n’y tiens guère. D’ailleurs, si vous changez d’avis plus tard, il sera toujours temps. Jeunes et sains, nous aurons des enfants quand nous voudrons.
BLANCHE : Sûrement, mais je n’en voudrai point. On lit l’honnêteté sur votre visage. Vous ne manqueriez pas à votre devoir, et si j’étais rusée, je vous attacherais à moi pour la vie, avec un enfant. Ce moyen me répugne, et puis ça abîme trop.
MAURICE : Bon, je n’insiste plus. Je vous le répète, ça m’est égal.
BLANCHE : Nous n’aurons donc jamais d’enfants. Mais les plus malins se trompent. Comment vous y prendrez-vous ?
MAURICE : Ne vous inquiétez point. Le progrès n’est pas un vain mot. La science a marché.
BLANCHE : Vous en savez plus long que moi, pauvre ignorante. Je me livre à vos soins dévoués. Mais je vous préviens que si vous vous trompez, au premier symptôme, je risque un accident, la mort même.
MAURICE : Nous n’en viendrons pas là, ou je serais fort étonné.
BLANCHE : Ne négligez aucune précaution.
MAURICE : Je réponds de tout.
BLANCHE : Ouf ! j’ai fini. Quelle heure est-il ?
MAURICE : Attendez que j’allume une allumette. Onze heures.
BLANCHE : Comme je bavarde. Nous marchons depuis longtemps. Nous avons dû faire beaucoup de chemin.
MAURICE : Oui, en rond. Nous tournons autour d’un bouquet d’arbres.
BLANCHE : Puisqu’on ne voit rien, inutile d’avancer, et il vaut mieux ne pas s’égarer, bien que je n’aie plus peur. Moi qui déteste la marche, à votre bras, cher Maurice, je ne sens aucune fatigue. Ma confession me soulage et diminue le poids de mon corps. C’est curieux comme le moral influe sur le physique.
MAURICE : Et réciproquement.