‹ La maîtresseChapitre 11 sur 31 · 2.8 Scrupules.

2.8 Scrupules.

BLANCHE : Désormais, Maurice, nous n’aurions qu’à nous aimer sans arrière-pensée. Ne vous faites-vous pas trop d’illusions ? Je n’ai plus vingt ans. Oh ! que ne me connaissiez-vous à cet âge ! J’étais une belle fille, élastique et neuve, et prête à concourir avec des chances de remporter le prix. Hélas ! je crains d’avoir un peu perdu.

MAURICE : Vous vous calomniez, Blanche. Nous verrons bien.

BLANCHE : Quand vous m’examinez d’un oeil scrutateur, je me sens mal à l’aise. Je me figure qu’au travers de mes vêtements, vous m’étudiez portion par portion.

MAURICE : Si vous le désirez, je me précipiterai les yeux bouchés.

BLANCHE : Un homme est assez beau, pourvu qu’il ait tous ses membres, et son regard change en ornière une ride de femme. J’en avoue plus d’une. Ne me supposez point parfaite.

MAURICE : Vous vous noircissez en vain. Je vous devine irréprochable, et je n’arrive pas à croire que vous faites déjà des plis.

BLANCHE : Moi, non, mais (et je ne dis pas cela pour dire des énormités) une de mes amies a comme un tablier de cuir au bas du ventre. Enfin, si vous êtes un peu déçu, dissimulez-le généreusement.

MAURICE : Voulez-vous vous taire, coquette, ou parlez-vous de la sorte, afin qu’à mon tour je réclame votre indulgence, car la surexcitation où vous m’avez amené m’épuise. Naturellement, je passe presque toutes mes nuits blanches. Quel amoureux y résisterait ? Je n’ai rien d’un boeuf en fonte. Le moment venu, me conduirai-je comme un autre homme ? Serai-je à la hauteur ?

BLANCHE : Ah ! ah ! laissez-moi rire de bon coeur, Maurice. Ces petites transes nous honorent l’un et l’autre. Elles prouvent notre loyauté. De cette façon aucun des deux ne sera volé. Quelle chance de pouvoir s’entendre ! Les autres ne s’entendent pas comme nous.

MAURICE : Aussi que de mauvais ménages.

BLANCHE : Maurice, je te récompenserai.

MAURICE : Elle est gentille, gentille, gentille…

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