‹ La maîtresseChapitre 15 sur 31 · 3.3 La toilette.

3.3 La toilette.

MAURICE : Blanche, n’avons-nous pas assez causé ? Si nous nous couchions !

BLANCHE : Maurice, un petit moment.

MAURICE : Dans ce petit moment perdu, nous pourrions mettre une éternité remplie d’un bout à l’autre.

BLANCHE : Une minute. C’est si doux d’échanger nos idées et de rapprocher bord à bord nos coeurs.

MAURICE : Mais nous ne savons plus que dire et la chute des paroles ressemble à celle des feuilles mortes, sur l’eau plate comme un papier glacé, quand il ne fait pas un souffle de vent. Chère Blanche, déjà la flamme de la bougie chauffe la bobèche. Couchons-nous, veux-tu ?

BLANCHE : Quel ennui que vous n’ayez point de cabinet de toilette !

MAURICE : Voulez-vous que je me tourne contre le mur ?

BLANCHE : Oui, là, je n’oserais jamais me déshabiller devant vous.

MAURICE : Capricieuse !

BLANCHE : Pour cette fois obéissez, et cachez-vous au creux de la fenêtre.

MAURICE : Comme ceci. Par les fentes des persiennes, j’apercevrai peut-être, en guise d’étoile, la lampe d’une servante attardée dans sa cuisine.

BLANCHE : Votre fenêtre ouvre donc sur la cour ?

MAURICE : Toutes les fenêtres des mansardes sérieuses ouvrent sur la cour. Sans ce gros pâté de maisons, on aurait une belle vue, sur l’autre rue.

BLANCHE : Vous trichez. Ne regardez pas, il est trop tôt.

MAURICE : Quelle femme ! pardon, je ne recommencerai plus, et consciencieusement, je laboure la vitre avec mon nez.

BLANCHE : Cette eau, dès qu’on la verse, fait un bruit d’enfer.

MAURICE : Avez-vous fini ? Je n’entends plus rien. Est-ce que vous faites votre prière ?

BLANCHE : Ne plaisantez pas avec les choses sacrées, vous me froisseriez beaucoup. Quand j’aurai fini, je tousserai.

MAURICE : Je grille, Blanche. J’aurais dû vous dévêtir moi-même. Je suis plus adroit que vous.

BLANCHE : Patientez jusqu’au bout, ou je me rhabille. Seigneur ! que votre lit est haut ! Il touche le plafond.

MAURICE : Voulez-vous que je vous prête ma courte échelle ?

BLANCHE : Merci. La table suffira.

MAURICE : Vous y êtes ? Une, deux, trois.

BLANCHE : Comptez jusqu’à trente.

MAURICE : Ah ! tant pis, je fais demi-tour. Mais si, vous y étiez. Du moins, peu s’en fallait. Je n’ai vu qu’un pied.

BLANCHE : Riez, riez, cher et honnête garçon. Je vous suis reconnaissante de vos menues délicatesses. Elles m’émeuvent, et vous n’aurez pas affaire à une ingrate. Maurice, je vous attends.

MAURICE : À mon tour d’enlever mes voiles. Vous m’avez communiqué votre pudeur, et je cherche la façon de m’y prendre, pour ôter, sans vous paraître grotesque à travers le rideau, ma culotte.

BLANCHE : Je ferme les yeux.

MAURICE : Ouvrez-les au contraire, ouvrez-les tout grands. Je ne porte point de flanelle, et d’aspect ni trop, ni trop peu engageant, quand on ne considère que l’extérieur, je gagne beaucoup, si l’on passe outre, et je fais la volte, si l’on touche.

BLANCHE : On n’est jamais mieux loué que par soi-même. Pourquoi ouvrez-vous la porte ?

MAURICE : Pour mettre nos bottines sur le paillasson.

BLANCHE : Les miennes aussi ?

MAURICE : Aussi. Je ne suppose point que vous ayez l’intention de vous faire cirer demain matin, au coin de la rue, comme si vous veniez de passer la nuit dehors, en province.

BLANCHE : Que dira le garçon ?

MAURICE : Il dira : Mon Dieu, accordez-moi la grâce de cirer chaque matin et de faire brillamment reluire ces bottines odorantes.

BLANCHE : Grande bête !

MAURICE : Bonjour.

BLANCHE : Bonjour. Tu ne souffles pas ?

MAURICE : Non, je veux te voir, toute.

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