1.2 Le nez du gouvernement.
Blanche s’assied, inquiète, et regarde autour d’elle. Personne. À peine assis, ils se sentent gênés. Maurice n’ose pas « toucher » déjà, en le faisant exprès. Les branches minces remuent dans l’air doux. On distingue là-bas des monuments de Paris.
BLANCHE : Oh ! ces deux ombres ! Allons-nous-en. Si elles nous attaquaient.
MAURICE : Ce sont deux sergents de ville.
BLANCHE : Pourquoi s’approchent-ils ?
MAURICE : Pour voir si nous nous endormons sur le banc.
BLANCHE : On n’a donc pas le droit de dormir sur un banc ?
MAURICE : Non, ça fait du tort aux hôtels meublés et ça encourage l’assassinat.
BLANCHE : Marchons. Les deux ombres nous suivent-elles ? J’ai peur du gouvernement.
MAURICE : Quelle idée ! Vous connaissez le gouvernement ?
BLANCHE : Qui sait ? J’ai, comme tout le monde, des ennemis. L’un d’eux peut être intime avec le préfet de police et me faire espionner.
MAURICE : Vous dites cela sans rire. Vous n’êtes donc pas libre ?
BLANCHE : Si, de coeur, mais ne m’aliénez point le gouvernement.
MAURICE : Entendu. Je comprends toutes les faiblesses. Où faut-il que je vous ramène ?
BLANCHE : À ma porte, s’il vous plaît.
MAURICE : Encore un bout de promenade ?
Blanche veut bien ; et ils tournent une fois de plus autour de la maison où elle habite. La régularité de leur marche permet à Maurice de « toucher » maintenant, sans qu’il y ait effronterie de sa part. Ils vont au pas, la jambe droite de Blanche collée à la jambe gauche de Maurice, au point qu’un instant elles font frein, et qu’ils s’arrêtent, souriants, les yeux dans les yeux, serrés, en effervescence, tout raides.