1.3 Phénomènes connus.
MAURICE : Dites-moi que vous m’aimez.
BLANCHE : Oui, là, êtes-vous content ?
MAURICE : Absolument, oh ! absolument !
Maurice accablé, soudain pressé d’être seul avec sa joie, conduit Blanche en hâte vers la porte et tire violemment la sonnette.
MAURICE : Quand vous reverrai-je ?
BLANCHE : Je suis une femme franche, incapable de vous tourmenter par coquetterie. Ces promenades de nuit m’énervent et vous fatiguent. Accordez-m’en une dernière demain soir et nous les supprimerons.
MAURICE : Vous tenez beaucoup à la dernière ?
BLANCHE : Beaucoup. J’ai plusieurs questions à vous poser et quelques petites confidences à vous faire.
MAURICE : Si elles doivent m’attrister, j’aimerais autant ne rien savoir. Vous seriez vilaine de me chagriner pour votre plaisir. Les ennuis m’assomment. Épargnez-moi le plus de peine possible.
BLANCHE : Rassurez-vous. Je ne désire qu’une seule causerie amicale où s’allégeront votre coeur et le mien.
MAURICE : Ainsi on se promènera encore demain soir. Et après ?
BLANCHE : Après ! vous êtes homme, mon ami ; remplissez le rôle d’un homme. Je m’en rapporte à votre galanterie. Achevez discrètement les préparatifs suprêmes.
À ces mots la porte s’ouvre, puis se ferme et Maurice reste dans la rue. Quand son amie est là, il l’aime sans pouvoir préciser de quelle sorte d’amour. Il la voit de trop près, et se cogne, aveuglé, contre elle.
Mais quand elle n’est pas là, il sait comment il l’aime.
Il meut, à sa volonté, l’image nette et pleine de Blanche qui, docile, recule, avance, et tourne, et luit d’un tel éclat que murs et trottoirs s’en illuminent.
Tandis qu’il s’éloigne, Blanche, qui glisse à son côté, embellit, devient meilleure et plus tendre. Ses yeux ne regardent que lui. Elle lui parle sans cesse, avec des mots également sonores, dont aucun ne choque, et ses lèvres ne font que sourire.
Pourtant, malgré le plaisir de goûter seul son sentiment, d’en jouir avec égoïsme, Maurice préférerait que son amie fût toujours là, à cause des légers profits.
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