‹ La maîtresseChapitre 23 sur 31 · Chapitre 8 Dénouement possible

Chapitre 8 Dénouement possible

BLANCHE : Je te trouve fatigué, ce soir, mon Maurice, et pâlot. Qu’as-tu ?

MAURICE : Je me suis piqué, Blanche.

BLANCHE : Où ça ? Avec quoi ?

MAURICE : Avec une plume.

BLANCHE : C’est très mauvais. Il faut sucer vite. Montre voir ?

MAURICE : Je me suis piqué à la conscience.

BLANCHE : Ne dis donc pas de bêtises. Je veux savoir où tu souffres.

MAURICE : Je t’assure que je me suis piqué à la conscience. Je la sentais grosse, boursouflée, oppressante. Cela lui arrive quelquefois. Je l’ai percée avec ma plume. Tout de suite elle s’est dégonflée, et le mauvais sang parti, je vais mieux.

BLANCHE : Amuse-toi, mon ami, mais sache que tu n’as aucun mérite à te payer ma tête. Je suis sans défense, et je manque de réplique. C’est une manie chez toi de parler par le chemin le plus long. Déroule tes machines obscures. Je m’assieds.

MAURICE : L’opération me réussit toujours. Il suffit que j’y pense. Aussitôt le vent qui me gênait s’enfuit. Je marche comme un homme de poids ordinaire, et brusquement, le monde dont je voyais pile se retourne sur face.

BLANCHE : Tu as la migraine. Ta chambre sent le renfermé et le brûlé.

MAURICE : En effet, j’ai brûlé du papier.

BLANCHE : Des lettres de tes anciennes maîtresses, je parie ?

MAURICE : Non, un papier où mon épanchement de tout à l’heure avait fait des taches.

BLANCHE : Non, Maurice, tu n’es pas bien ; veux-tu sortir un peu pour prendre l’air ?

MAURICE : J’aime autant me coucher, et toi ?

BLANCHE : Moi, j’aime mieux. Couchons-nous. J’ai gardé pour cette nuit une fine chemise de jour que tu préfères, sans col et sans manches, avec un noeud rose.

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