11.4
Puis, c’est le brusque réveil printanier. Toutes les fenêtres se rouvrent. Ces dames commencent la toilette du balcon et sortent les plantes. Et moi, échappé de mes ténèbres, heureux de revivre, j’ouvre aussi ma fenêtre, et je m’accoude à la barre d’appui, comme si j’allais saluer mes amies et leur souhaiter la bienvenue.
Nous sommes séparés par la cour en largeur et cinq étages en hauteur, mais je ne trouverai pas extraordinaire qu’elles descendent à moi, ou que, d’un saut, je monte vers elles pour serrer les mains de la mère et embrasser sa fille !
À ma vue, la jeune fille, qui taille un rosier, ne s’effarouche point et elle appelle à mi-voix sa mère.
« Maman, maman, dit-elle, il est toujours là, mon Arthur. Bonjour, Arthur ! Tu vas bien, depuis l’an dernier ? Tu as embelli, fidèle Arthur ! »
Elle dit ces mots, comme les enfants sournois qui parlent le nez dans leur assiette. Elle m’observe de travers et je m’imagine qu’elle s’adresse à un autre. Je cherche aux fenêtres voisines le niais dont elle se moque et je rirais lâchement.
Je refuse de comprendre et j’ai la force d’écouter la mère qui répond :
« Oui, ton Arthur est mieux. Il a germé dans sa cave. »
Et je ferme doucement ma fenêtre, ainsi qu’une personne paisible que rien n’intéresse dehors et qui prenait l’air pour sa santé.
Et je suffoque, comme si j’avais une belette à la gorge.
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