‹ La maîtresseChapitre 4 sur 31 · 2.1 Le cocher.

2.1 Le cocher.

Blanche et Maurice ont pris une voiture pour aller au bois. Le cocher suit ses rues à lui. Fréquemment il descend de son siège, entre chez un marchand de vin et boit quelque chose sur le comptoir, sans se presser. Pleins d’indulgence, les amoureux l’attendent et Blanche lui trouve une bonne tête. Qu’il ait sa joie ! Ils en ont tant !

Brusquement le cocher sangle de coups de fouet son cheval qui part, tête baissée, comme si la voiture courait à la bataille, culbuter des voitures ennemies.

MAURICE : Allez, cocher, renversez, tuez des gens. Mon amie ne crie point. Elle m’a saisi la main, et si nous nous appuyons du dos au fiacre pour le retenir, c’est machinalement, sans épouvante, car, à cette heure de notre vie, un accident ne peut pas, n’a pas le droit d’arriver.

Le fiacre franchit des obstacles, disperse des piétons aux épaules rondes, et les lumières, lancées comme des boules de feu, éclatent sur ses vitres et s’éteignent.

MAURICE : Qu’est-ce que cela nous fait ? nous en verrions d’autres.

Mais tout s’arrête. Le cocher ouvre la portière et dit : « Descendez. »

MAURICE : Vous voulez que nous descendions ?

LE COCHER : Oui, j’en ai assez, moi ; je ne bouge plus.

MAURICE : À la bonne heure ! vous parlez clair. Mais où sommes-nous ?

LE COCHER : Dans du bois.

MAURICE : Dans le bois de Boulogne, sans doute ?

LE COCHER : Ça se peut. Je m’en fiche. Videz les lieux.

BLANCHE : Ne le contrariez pas.

MAURICE : Je m’en garderais. Il me plaît, ce cocher carré. Homme d’action, veuillez accepter le prix mérité de votre course, avec ce modeste pourboire. Je vous gâte selon mes moyens. Éloignez-vous en paix et au plaisir de recourir ensemble.

BLANCHE : Avez-vous retenu son numéro ?

MAURICE : À quoi me servirait-il ? Me croyez-vous offensé ? Près de vous, je supporterais toute injure et demain j’aurai oublié. On respire.

BLANCHE : Oui, il fait léger. Mais où sommes-nous donc ? Je ne me reconnais pas. On n’aperçoit que de rares lanternes.

MAURICE : Elles me semblent trop nombreuses. Je voudrais autour de vous une nuit sans étoiles où je ne verrais pas plus loin que votre profil.

BLANCHE : Je frissonne !

MAURICE : Ah ! vous hésiteriez encore à me suivre au bout du monde. Mais Paris est là, derrière, distant d’une enjambée. Notre cocher délicat nous a posés dans un endroit choisi. Les cochers parisiens savent quel décor plaît aux amants.

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