Chapitre 4 Une fleur dans les ruines
C’est tout là-bas, au diable vauvert, boulevard Beauséjour, à Passy, une petite maison blanche et rose, si rose, si blanche, qu’on dirait sous son paletot de lierre, de la chair, de la chair nue, qui grelotte. Soir et matin, matin et soir, le vent y joue des castagnettes. Et qu’est-ce qu’elles chantent, ces castagnettes ? Elles chantent : « C’est ici que perche un grand, un très grand collectionneur !… »
Grand, pour cela oui, M. Constantin Baccaris l’était, et collectionneur encore par surcroît : tout en jambes, une tête d’échassier assortie, des yeux comme des raisins de Corinthe et de grosses moustaches blanches tombantes, il avait toujours l’air d’être grimpé sur quelque chose, à ce point que ceux qui avaient affaire à lui, fatigués de lever le cou à ces hauteurs, se retenaient à quatre pour ne lui pas dire :
— Mais descendez donc de là, s’il vous plaît !
Coiffé d’un fez à mouchet bleu, des babouches aux pieds, le gilet débraillé, la redingote flottante, il ne tenait pas en place, courait sans cesse de la cave au grenier, du « musée » au « capharnaüm », faisant juste deux bouchées d’un étage, la plume à l’oreille, ni plus ni moins qu’un clerc d’huissier ou qu’un Indien Comanche.
Il y avait de l’Indien Comanche dans M. Baccaris : sa plume d’abord, puis son silence entêté. Quand il parlait, par fortune, c’était tout bas, tout bas : il n’eût pas parlé autrement s’il eût suivi la piste de guerre. Et il la suivait, en effet, armé d’un pot à colle et d’un paquet de fiches à catalogues. Car c’était aux ruines qu’il en avait, aux ruines du temple d’Éleusis.
Né à Élefsina, au bord du golfe de Saronique, et débarqué très jeune à Marseille, il y avait cueilli des millions dans les blés, comme on cueille des bleuets, par bottes ; puis, retiré du négoce, ayant épousé une Française, il avait fait voile pour Paris, où trois ans lui suffirent à acheter – de beaux dîners comptants – ses lettres de grande naturalisation Tout-Parisienne.
Sa fille Hélène mariée, sa femme morte, M. Baccaris, qui s’était par passe-temps lancé dans l’antiquaille, vendit son hôtel du parc Monceau, dont les plafonds dorés pesaient à ses épaules d’Hellène, amoureux de plein air, et s’en vint, lui et ses amours fragiles, bronzes, marbres et terres cuites, camper en pleine province de Passy.
Camper est le mot, toujours à la veille de partir et ne partant jamais. Le moyen avec sa fille et Chantal et François, trois paires de bras, qui le tenaient ferme par le col ?
Mais là-bas aussi il y en avait, de beaux bras tendus de bronze ou de pierre, et des bras de déesses, s’il vous plaît. Pour arranger les choses, il demeura, quitte à faire venir les déesses, ses chères déesses, dont il rêvait. Et lui, ce vieux, qui n’avait jamais lu autre chose que ses connaissements ou ses traites, se rua en de vraies débauches de lectures ; mal préparé qu’il était à l’archéologie par la banque et le commerce des grains, il prit des maîtres, parti en guerre d’un beau feu pour cette chevalerie à la mode, qui, peut-être, quelque trois cents ans plus tôt, lui eût mérité le surnom de Don Quichotte… d’Éleusis.
Quelle joie aussi, lorsque de lourds camions stoppaient à sa porte, avec les massifs revenus des fouilles à grands frais pratiquées parmi ces blonds émiettements de marbre à fleur de sol, qui furent les propylées du temple de Cérès, et où, tout petit, il se souvenait d’avoir galopiné ; quelle joie, quand des êtres bizarres, aux profils de bandits, sortaient de leur nid d’ouate, qui, une statuette, qui, une poterie, qui, une médaille !
De loin en loin, si sa fille tardait à le venir voir, M. Baccaris s’habillait en chrétien, et, ganté, prenait le chemin de fer, afin d’apercevoir à tout le moins sa duchesse, tournant son tour du Bois quotidien. – Un timide, ce Palikare : le monde et son gendre l’épeuraient.
Une fois la semaine, le dimanche, la maison faisait toilette : M. Baccaris coiffait sa calotte neuve, chaussait ses babouches à houppettes et fermait son gilet de deux, rarement de quatre boutons. Sa « gouvernante » balayait le mousée, comme il disait, enfilait ses fustanelles à tuyaux et cosmétiquait ses moustaches.
Car elle avait des moustaches, la « gouvernante » de M. Baccaris. C’était un gros réjoui, du nom de Spiridion, ancien matelot de sacolève, bavard à rendre des points à une cigale, et qui, assis en tailleur dans sa petite cuisine malpropre, monologuait en tricotant, tricotait en monologuant, entre son chat Périclès et son rossignol Athina.
Dès une heure, par tous les temps, M. Baccaris s’installe à sa fenêtre, et les voisins de se dire :
— Voilà le monsieur Grec qui attend sa petite-fille !
Un trot de postières sur le boulevard, et l’omnibus des enfants débouche, un cerceau pendu à la lanterne.
M. Baccaris a fermé sa croisée, et, par farce, s’en est allé se cacher sous une portière. Mademoiselle Chantal descend avec sa « Miss », M. François avec « l’abbé » : et c’est à qui des deux arrivera bon premier ! À peine s’ils ont rendu le bonjour à Spiridion, qui, à l’affût d’un bout de causette, tricote depuis des années le même bas sur sa porte. Quels rires aussi, quand, derrière son rideau, on prend en flagrant délit le grand-père ! Lui ne se tient plus d’éclater : et crac ! crac ! un bouton saute au gilet, puis un autre, puis un autre encore – de vrais boutons de Panurge. Et adieu les frais de toilette !
Mais, dans le mousée, défense de courir. François se sent tôt des fourmis aux jambes ; M. l’abbé, lui, baisse les yeux, crainte d’entr’apercevoir un morceau pas trop habillé de sculpture : on embrasse « bon papa », qui met une pièce d’or dans la bourse, et, sur un : « Adiou, mossou l’abbé ! » – « À l’honneur, monsieur Baccaris !… », on s’en va au Bois faire le diable.
Miss partie (car pour son lot de paradis Miss ne serait restée livrée en proie au Spiridion, dont elle avait une peur !…), M. Baccaris et Chantal demeuraient seuls.
Il l’asseyait sur ses genoux, la berçait de « Nanna, nanna, aggelaki mou ! » – ce « dodo, l’enfant do » des mammas grecques –, la reluquait, la pelotait en connaisseur, comme si elle arrivait tout droit d’Éleusis. Et, de fait, on lui aurait donné à choisir entre sa petite-fille et sa Koré de marbre de Paros, presque intacte, à l’exception d’un bras ou deux, d’une jambe et quelque peu de l’oreille gauche, il eût sans barguigner donné la préférence à Chantal, à qui ne manquait rien cependant. Mais n’était-ce pas aussi une Hellène, et par les traits, par le sang, la propre sœur de ses Tanagriennes ?
Leurs goûts étaient pareils et pareilles leurs joies. Car lui-même il s’était plu à l’instruire, à la frotter de cet encens d’Olympe disparu : elle y avait mordu vite et raffolait d’Éleusis, et savait les mystères, l’initiation des Mystes et des Epoptes, et pleurait de plaisir pour une lampe d’argile, un fragment de statue, un tétradrachme, un lacrymatoire, une fibule. Lui l’appelait son grammateus, ayant encore au bout de la langue des revenez-y du parler de là-bas. – Pas une vaine épithète que ce mot, et pas un grammateus pour rire. Sous sa dictée, Chantal cataloguait, s’interrompant pour demander :
— Comment ça s’écrit-il, déjà, opisthodomos ? p-i, par un i ou un y ?… Et alabastron ? Y a-t-il deux n à alabastron ?
Parfois, quittant la plume, elle songeait tout à coup :
— Il faut que je donne à boire à mes arbres.
Et, un petit arrosoir dans une main, elle allait des orangers aux myrtes, dont les grosses boules pâlottes flanquaient ci et là le large divan de cuir rouge planté au fin milieu du mousée.
C’étaient de vraies heures fées qu’ils passaient là, tête-à-tête, dans la tiédeur toujours pareille du poêle immense et ronflant, parmi leurs claires amies, les vitrines, dressées aux murailles, et qui, sous la tombée de lumière du vitrail, semblaient fuir tout autour comme de l’eau.
Cependant le grand ouvrage – Les Fouilles d’Éleusis – avançait, grâce à Chantal, grâce aussi à certain collaborateur bénévole, que la duchesse, innocemment, avait depuis peu procuré à son père.
Celui-ci n’était autre qu’André de Chalain – l’aide de camp du général duc de Varèse –, un passionné de l’art grec, encore que lieutenant de dragons, maniant gentiment l’aquarelle, et, qui faute de mieux, étant réduit à ses deux cent quatorze francs de solde mensuelle, collectionnait – en effigie. De prime saut il avait conquis M. Baccaris, dont il copiait les « numéros » inédits, vases, stèles ou statuettes, qui avaient l’honneur de la gravure.
Un silencieux aussi, cet André de Chalain, et timide à pouffer : fort savant d’ailleurs en ces matières, doublé qu’il était d’un sien oncle, conservateur des antiques au Louvre. Son service lui en laissait-il le loisir, vite il galopait au boulevard Beauséjour, le dimanche excepté, qu’il passait à Versailles, où sa mère, veuve, habitait.
Mais il était écrit quelque part, peut-être sur la porte du mousée (il y avait du grec sur cette porte), que les dimanches ne seraient plus à Chantal toute seule.
Un samedi, qu’il reconduisait le dragon antiquaire, M. Baccaris lui dit : « À demain ! » par mégarde. Or rien de plus exact qu’un dragon, si ce n’est peut-être un antiquaire. Et, pour une fois, le duo se changea en trio, non sans force coups de soleil de celui-ci, force lippes de celle-là, et, brochant sur le tout, force ricanements du grand-père. La glace rompue pourtant, on s’était mis au travail, lui, à ses copies, elle, à son catalogue, avec un joli – je vous en réponds ! – chassé-croisé d’œillades.
André parti, Chantal avait sauté sur son dessin, une Aphrodite Anadyomène, rehaussée d’une pointe de sanguine. Et M. Baccaris, qui regardait aussi par-dessus son épaule, avait fait soudain entre ses dents :
— Par Hercoule ! Ce n’est pas Vénouss, çà, c’est Çantal !
Et c’était Chantal en effet.
Jamais elle n’en voulut convenir, et Miss, qui, chaque soir, d’habitude, attendait Mademoiselle des trois quarts d’heure à l’antichambre, en proie à de mortelles frayeurs, n’eut pas le temps d’avoir peur, ce soir-là.
Le dimanche d’après, point de dragon.
Au bout d’une quinzaine de duo, Chantal dit au grand-père :
— Tu sais, bon papa, si tu as absolument… mais là absolument besoin de ton monsieur de Chalain… il ne faut pas que ce soit moi qui t’empêche…
Et désormais le dimanche on fut trois.
Cela durait depuis… depuis…, à croire que cela durait depuis toujours. On en était aux « Monsieur André », « Mademoiselle Chantal », et le petit œil du Palikare se mouillait des fois qu’il mirait ses enfants. Oui, en vérité, ses enfants, ses chers enfants en Éleusis.
De gêne ? Plus question. Chantal tournait, virait, sa plume aux doigts, grimpait sans honte sur l’escabelle, afin d’atteindre une pièce pas encore cataloguée ; puis prrtt !… en bas, elle manœuvrait pour passer derrière l’aquarelliste, assis à sa table, la petite boîte à couleurs dans le pouce gauche ; et se penchait, se penchait sur son épaule.
Puis, se relevant, elle critiquait, histoire de rire :
— Est-ce que vous ne lui faites pas le nez un peu… un peu… ? disait-elle.
Lui, neuf fois sur dix, commençait par rougir, et, trempant son petit pinceau dans son verre, il barbotait, barbotait, avec des :
— Mais, mademoiselle… je ne crois pas… Vraiment ? Un peu… ? Vous croyez ?…
C’étaient de continuels frôlements de leurs mains, dans le va-et-vient des bronzes, le voyage des terres cuites de la table aux vitrines. Une description hésitante, le vague d’un attribut, faisaient presque se toucher leurs deux têtes. Et, sans aider l’occasion, ils se donnaient de garde de la fuir. À propos de rien, avec des transitions – non, ces transitions ! – Chantal se dérobait, en filant une idée, qui la menait à pied d’œuvre : impossible d’en sortir à moins d’escalader d’élémentaires discrétions. Et elle escaladait. André en devenait écarlate pour elle.
C’est ainsi que de fil en aiguille elle avait pris pied dans sa vie, très secrète pourtant : car à peine si, en dehors du service, il paraissait rue de Grenelle à quelques dîners çà et là. Chaque dimanche elle l’accueillait par ces mots : « Madame votre mère va bien ? », sans la plus connaître que de ces bribes de phrases, à grand mal glanées chez cet amoureux de silence. Elle la savait pauvre, réduite à la pension des veuves militaires, et démêlait, non sans plaisir, dans la sévère existence du fils, dans ce souci des menues dépenses, la joie d’épargner pour sa mère le prix d’un ouvrage délicat ou bien d’un bouquet de roses.
Petit à petit, sous ombre d’avancer « Éleusis », on avait mis le jeudi de renfort au dimanche, qu’André passait presque tout au mousée, partant plus tard pour Versailles. Et ce qu’on se désolait, quand par malheur une affaire de service retenait l’aide de camp près de son chef !
— Mais, papa, faisait Chantal, comment voulez-vous… ? Si vous nous prenez tout le temps monsieur de Chalain ?… Un rapport ?… Eh bien ? Quoi ? un rapport ?… Il était donc bien pressé, ce rapport ?… Et Éleusis alors ?… Éleusis ?
Lui absent, rien ne marchait :
— Ah ! si monsieur André était là, il nous dirait ça, lui… Si… ! Si… !
Car il savait tout, M. André, le grec ancien, le grec moderne, et les styles, l’Éginétique et le Pélasgique, et puis encore les rites du culte Cabirique – même pas mal d’orthographe, vraiment.
Et jamais Miss n’attendait, ces jours-là.
Un jeudi de janvier, que M. Baccaris s’était plus que d’habitude oublié dans le capharnaüm – cabinet de toilette et d’orthopédie tout ensemble, où recoller les jambes et maquiller les patines –, occupé qu’il était à reconstruire certain char de triomphe, arrivé tout frais d’Éleusis et dont il restait juste une roue, l’amorce du joug, une boîte d’essieu et quelques plaques de bronze, Chantal, qui se trouvait en avance, entra sur la pointe du pied dans le musée, sans faire le moindre bruit, pas le moindre, et, retenant bien fort son haleine, s’arrêta derrière M. André, en train de copier une amphore, qui portait peinte sur sa panse l’histoire de Myrtile et de la princesse Hippodamie.
Précisément il en était à la princesse, casquée crânement et court vêtue, et lui ombrait gentiment les narines de petites hachures fines, fines, qui se quadrillaient comme une gaze.
— C’est trop fort ! fit-elle soudain, éclatant. Oh ! oui ! Pour le coup c’est trop fort !… Je le dirai à papa, vous savez ?… Et il vous mettra aux arrêts, papa… aux arrêts de rigueur… avec une sentinelle… un escadron, s’il faut, un escadron ?… Alors, c’est encore moi, la princesse Hippodamie !… Mais oui, vous avez beau secouer les épaules… C’est mon portrait !… Vous voulez donc m’afficher, me… me… ? Si encore vous allongiez la tunique !
Elle partit d’un clair rire. Puis, se mordant les lèvres :
— Vous me prenez toujours pour une petite fille… Vous ne savez donc pas que j’ai eu dix-huit ans… hier ?
Le dragon avait piqué sa tête dans son block, et le pinceau barbotait, barbotait.
— Je suis sûre, reprit-elle, que vous ne me feriez pas en princesse Hippodamie, si j’avais seulement… vingt ans !… Vous n’oseriez pas… Non, vous n’oseriez pas !… Eh bien ! Vous croyez, n’est-ce pas ?… J’ai l’air enfant parce que je chante, que je ris, que je… Mais je dissimule… Voilà… Je dissimule… comme Brutus. Au fond, je suis d’une nature très triste… Ah ! ah ! ah !… ah ! ah ! ah ! J’aurais parié que vous vous retourneriez !… Et, en vous retournant, vous vous êtes mis du carmin au sourcil… Dieu ! que vous êtes drôle !… Ça vous va excessivement bien… Ne me regardez donc pas tant que cela !… On croirait que vous voulez me manger.
— Mais non, mademoiselle… Oh ! je vous assure que…
Et le pinceau gazouillait dans le verre, avec un joli bruit très doux d’harmonica.
— Là !… C’est bien fait !… Vous avez éclaboussé tout partout. Cela vous apprendra, monsieur… Tenez ! poursuivit-elle, en prenant son petit plumeau à épousseter les Tanagriennes, puisque bon papa est attelé à son char, voulez-vous que nous causions… sérieusement ?
Et, au lieu d’épousseter les Tanagriennes, elle s’était assise sur la borne-divan, à l’ombre d’un oranger, dont les feuilles vernies découpaient du soleil dans ses cheveux. Puis, continuant :
— Je suis sûre que vous me trouvez trop… gaie pour mon âge… Là !… Franchement ? Trop… en l’air ? Trop… comme ça enfin ? – Et, d’un geste envolé de son plumeau, elle montra au dragon ce qu’elle entendait par « comme ça ». – C’est que vous êtes sévère, vous ! Jamais vous ne riez !… Mais aussi vous êtes bien, bien… plus âgé…
— Bon ! mademoiselle, dites tout de suite… tout de suite… que je suis un vieux grognard.
— Oh !… grognard !… Vous allez trop loin. Vous allez beaucoup trop loin… Grognard ! Primo ! Je ne vous ai jamais entendu… grogner… ! Secundo... Non ! ça vous ferait trop rougir si je vous le disais, le secundo... Voyons ! Vous devez bien avoir dans les… vingt-six ans !
— Oh ! Oh ! fit André.
— Plus ?… ou moins ?… Vingt-sept… vingt-huit… vingt-neuf ?… Dites-moi donc si je brûle !… Que je suis sotte ! Papa a raconté, l’autre soir, à table, que vous étiez sorti de Saumur à vingt-trois ans… sorti le septième… Ne faites donc pas toujours « non, non » avec votre tête… C’est impatientant !… Puisque c’est papa… Il a même ajouté, papa… – c’est papa qui parle… vous comprenez ?… – que vous étiez un… officier… d’avenir…
Cette fois le petit pinceau barbota si bien qu’il fit la culbute par dessus bord.
— Mais, mademoiselle… mademoiselle… balbutiait le dragon, très rouge.
— Mademoiselle… qui ?… Est-ce que vous n’aimez pas mon nom, que vous m’appelez toujours « mademoiselle » ?… Comme Miss... Oui, vous dites « mademoiselle » à Miss... Même elle en est d’un flatté… ! Chantal, ce n’est pas si vilain cependant, quoique un peu… un peu… Chut !… Bon papa !
C’était, en effet, M. Baccaris qui rentrait en coup de vent, et ce fut vraiment dommage ; car M. André, qui avait sa riposte au bout de la langue – une riposte très, très sentie –, dut la garder par force au bout de la langue.
Mais sitôt le dragon dehors, Chantal dit au grand-père :
— Est-ce que tu ne crois pas, bon papa, que, depuis quelque temps, monsieur de Chalain a dans la tête une idée… comment dirai-je ?… Pour faire toujours mon portrait comme cela ?… Franchement, tu trouves ça naturel, toi ?
Et M. Baccaris, qui se retenait pour ne pas éclater, répondit en écho :
— Oh ! non, pour soure, ça n’est pas natourel.
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