Chapitre 5 Journal du premier cocher
...Ce 22 de janvier 188. – Il y avait pas loin de trente-cinq bonnes minutes d’horloge que j’étais en place sur mon siège, le fouet à la cuisse, les épaules effacées, l’œil à quinze pas entre les oreilles de mes chevaux – une paire de grands carrossiers bai clair, mesurant 1 m 70 au garrot, des jeunes bêtes, dont c’était la première attelée –, et je commençais à faire mes réflexions. L’inexactitude, je ne l’ignore pas, après trente-deux ans passés dessus les premiers sièges des premières familles de la capitale, l’inexactitude, je ne l’ignore pas, est un vice féminin, ce qu’on appelle. Mais trente-cinq bonnes minutes d’horloge, ce n’est plus de l’inexactitude, mais un véritable oubli de toutes les convenances.
Je suis juste. Madame la duchesse ne m’avait pas habitué… !
Théophile, en tenue, guettait vers l’hôtel, prêt à me faire signe d’avancer, et je commençais à sentir dans le bout, tout à fait le bout de ma botte gauche, de certains petits picots : car j’ai beau l’observer à M. Bystnwski – ou quel que soit son nom, qui n’importe pas – il s’ostine à me tenir la gauche une bonne demi-ligne plus courte que la droite. – Peu de chose, si vous voulez ; ça n’en est pas moins sensible.
La demie de trois heures sonna : bim ! Théophile ne me faisait toujours pas signe.
Alors le petit Victor, qui était à la tête de mes chevaux, s’approcha respectueusement, et, retirant sa toque écossaise – ou quel que soit son nom – me dit comme ça :
— Excusez, monsieur le premier ; elle vous fait rien poser aujourd’hui, la patronne !
Je cite textuel, afin de bien montrer comme il est voyou, ce petit Victor, et que les siècles futurs se trouvent par cela même renseignés dessus la valetaille d’à présent.
C’est le style qui manque chez nous : et le style, c’est l’homme même – l’homme de cheval principalement. Je le lisais encore, ce matin, sur mon journal L’Union. Eh bien ! le petit Victor n’en a pas le moindrement de style, pas plus que de ventre d’ailleurs. Et, si le style c’est l’homme même, le ventre, c’est la beauté du cocher, pas vrai ? Il verra, il verra, quand il sera pour se placer seul.
Pour en revenir je n’avais pas répondu, à cause que ça n’est pas dans mes principes de me commettre avec la domesticité, et je continuais à faire mes réflexions, quand tout à coup voilà Théophile qui raccourt, avec une figure hilare, si toutefois j’ose m’exprimer ainsi.
— Faut dételer ! qu’il dit. Madame la duchesse ne sort pas.
Le petit Victor me donne la main pour descendre et houf ! me voilà en bas, assez embistrouillé, ce qu’on appelle.
Comme par un fait exprès, le temps était de toute beauté : un de ces jolis petits froids secs, qui donnent du cœur aux chevaux, à l’instar des individus. Or si la promenade, c’est la santé des animaux, c’est aussi la celle du cocher conséquemment.
Justement que je me promettais d’épater MM. les Anglais avec ma jeune paire. Un cocher a son amour-propre, n’est-ce pas ? Moi je les abomine, ces buveurs de bière, qui sont si fiers de leur nation, de leur chic anglais, de leur feu anglais, de leurs chevaux anglais, etc., etc. Dirait-on pas qu’ils les ont inventés, les chevaux ? N’empêche que je leur défie de me sortir un ventre comme le mien, qui ne soit pas rembourré avec du postiche !
Bref, pour en revenir, sans me permettre de récriminer, je remontai dans ma chambre reprendre mes habits de citoyen.
Moi, ce qui me sauve, c’est le respect des maîtres. Car enfin donner des ordres pour trois heures, et puis, en fin de compte, au bout de trente-cinq bonnes minutes d’attelée, envoyer prévenir qu’on ne sort pas, je vous demande si c’est un procédé. Allez ! Si j’étais maître… Mais les femmes seront toujours les femmes, n’est-ce pas ? Dame ! Je faisais toujours mes réflexions, parce que jamais le respect des maîtres n’a empêché un homme libre de faire ses réflexions.
— Toc ! Toc !
C’était le petit Victor qui venait me tirer mes bottes.
Il est gentil, le petit Victor, et il aime à se rendre utile. C’est fichant que ça ait tant de vice, et que ça soit si communard.
— Probable que monsieur le premier sait les raisons que la patronne ne sort pas ! me dit-il, tout en faisant son effort sur la botte droite.
J’eus l’air d’avoir l’air de ne pas entendre, à cause que ce n’est pas dans mes principes de me commettre. Et il se met à m’en défiler, et je te défile et je te défile, sur Monsieur le duc, qui est un ci, Madame la duchesse qui est une l’autre.
Je le laissais marcher, moi, histoire de voir jusqu’où il irait comme ça, non sans déplorer en mon intérieur l’esprit de dénigrement qui règne chez la domesticité d’aujourd’hui, par la chose de la République.
Quand il a eu fini, j’ai pris ma dignité pour lui dire :
— Prenez garde, petit Victor ! Vous n’avez point de ventre, point de style, si vous n’avez pas non plus le respect des maîtres, alors… !
Il a compris qu’il avait été trop loin et m’a demandé excuse, par la raison qu’étant un enfant de l’amour, il n’a pas reçu les bienfaits d’une bonne éducation.
Paraîtrait (le petit Victor le tient de la première femme de chambre, pour laquelle il a un attachement), qu’au sortir de table, ce tantôt, Monsieur le duc et Madame la duchesse se sont, si j’ose m’exprimer ainsi, empoignés, ce qui s’appelle empoignés, rapport à une affaire de maîtresse : Madame la baronne Simier – une personne très recommandable pourtant, fourrée dans toutes les souscriptions pour une chose ou pour une autre – que Madame la duchesse, a priée poliment d’avoir à ne plus ficher les pieds chez elle. Monsieur le duc a pris le parti de sa passion, cela a occasionné de la mistoufle, selon le mot du petit Victor ; et Madame la duchesse s’est trouvée indisposée du saisissement qu’elle a eu.
Est-ce curieux que, dans la haute, tout à fait la haute, une épouse ne leur suffise pas !
Ça me rappelle toujours que, pendant les onze ans que je suis resté attaché à la personne de Monsieur le sénateur comte du Ludre de Grandperré – une bonne petite famille du Poitou, qui, dans les époques reculées, a eu l’honneur de fournir une maîtresse à la couronne de France, mais qui, depuis, s’est ralliée à la R. F. sur la question de l’enseignement laïque, ce qui m’a forcé par cela même à démissionner (moi, les principes… !) – ça me rappelle toujours, dis-je, que j’ai connu à Monsieur le comte entre dix-sept et dix-huit attachements en ville. – Je dis dix-sept à dix-huit, parce qu’il y en a un qui n’a été qu’un demi-collage, ce qu’on appelle. Mais que ce soit dix-sept ou dix-huit, le chiffre n’importe pas, c’est trop, beaucoup trop. Encore, Madame la comtesse étant excessivement souffrante d’une affection de varice, ou quel que soit son nom, il y avait, si j’ose dire, de la circonstance atténuante dedans le dévergondage amoureux de Monsieur le comte. Tandis que Monsieur le duc, lui…
Car il faut être juste, si Madame la duchesse a de l’inexactitude dans le caractère, cela n’empêche pas les qualités du cœur et de l’esprit.
Certes, je suis le premier à comprendre qu’un homme, vigoureux, comme l’est Monsieur le duc, aye besoin de temps en temps de placer quelque part le trop plein de ses affections à rien faire. Moi-même, depuis que j’ai eu le malheur de perdre ma brave et digne femme, j’ai dû me chercher quelque chose de convenable, une petite veuve, avec des économies, de la tenue et de l’orthographe. Ça, c’est la nature. Mais de là à… Car il couraille, Monsieur le duc, il couraille. C’est Madame la baronne primo, secundo, la Préville, une acteuse – comme appelle le petit Victor –, qui lève la jambe plus haut que mes steppers russes – (je parle au figuré). Et les caprices donc, et les orgies ! Le petit Victor en sait long là-dessus, par la raison que c’est lui qui fait le service de nuit de Monsieur le duc.
Ça me rappelle toujours la dernière parole de défunt mon père, ancien piqueur de S. A. R. Monseigneur le duc d’Orléans :
— « Fiston, prends toujours ta droite ! »
Monsieur le duc prend sa gauche, lui.
Ce 1er de février. – Pas encore aujourd’hui que j’épaterai MM. les Anglais.
Madame la duchesse est de plus en plus indisposée. Ça doit être grave, vu qu’elle ne mange rien, quand on dit rien. Et, depuis dix-sept mois que j’ai l’honneur de diriger les écuries de Monsieur le duc, voilà la première fois que je vois Mademoiselle Chantal et Monsieur François ne pas venir porter du sucre à leurs ponies, ensuite de leur déjeuner.
Elle n’est pas fière, Mademoiselle Chantal, et elle se connaît en chevaux. Jamais, au grand jamais, elle ne me rencontre, qu’elle ne me dise d’abord : « Bonjour, monsieur Godefroy ! », ainsi que la politesse l’exige, et après :
— « Vous penserez à faire donner un barbotage à Polly… ou une mâche, ou une purge » – selon les époques.
Ce 3 de février. – Toujours pas d’attelée. Heureusement que j’ai ma paire de cobs à travailler sur la barre gauche.
Ce soir, à mon café-restaurant, nous avons joué une petite partie d’écarté avec le nouveau suisse. C’est un homme superbe que M. Stahlman : superbe, pour un suisse. Car il n’a pas plus de ventre que sa hallebarde. Pas plus suisse que moi, d’ailleurs, à preuve qu’il est né à Colmar, ancien tambour-major aux grenadiers de la garde, trois médailles et une certaine éducation.
Tout en jouant, il m’a vidé son sac, si je puis m’exprimer ainsi : et il en a un, de sac, M. Stahlman, depuis seulement trois, quatre semaines qu’il est préposé à la porte de Monsieur le duc.
Oh ! ces grandes familles ! Je n’étais pas sans avoir remarqué que Monsieur le duc, pas plus que Madame la duchesse ne se trouvait par trop porté pour Madame la Maréchale – la vieille, comme on dit à l’office : ils montent une fois le jour, histoire de lui présenter leurs civilités, et ça ne traîne pas, non.
Mais aussi quelle originalité, lorsqu’on se nomme Madame la Maréchale Jarry, duchesse de Varèse, un nom illustré dans les histoires – si je ne suis pas bonapartiste, ce qu’on appelle, je n’en ai pas moins le respect des gloires et des traditions – quelle originalité de se loger dans une soupente, avec rien qu’une bonne à tout faire, Mlle Honorine, un gendarme, et encore pas trop bien éduqué !
Eh bien ! c’est comme deux camps, censé : d’un côté Madame la Maréchale et sa domestique, et Madame la marquise de Boisgelais, sa fille, une femme, que la bisque a jetée dedans les excès de piété, rapport à ce qu’elle n’a point d’enfant, ni guère plus de rente (ça roule un mauvais coupé de locatis !) ; de l’autre, Monsieur le duc et Madame la duchesse, qui ne sont pas chauds, chauds, depuis leur histoire avec Madame la baronne. Et M. Stahlman dit comme ça que celles de la soupente donneraient bien de leurs poches pour que Madame la duchesse aye encore plus de misère qu’elle n’en a.
Moi, l’émotion me coupait en deux (je parle au figuré) : est-ce que je n’en oubliais pas de marquer le roi ? Et M. Stahlman a beau être un homme d’une certaine éducation, il ne connaît que le jeu, et c’est passé, c’est passé.
Les voilà pourtant, les grandes familles !
Ça me rappelle toujours défunt mon père, que ça vexait de s’appeler Godefroy tout court et qui s’est mangé bien de l’argent à faire rechercher dans les cahiasses s’il ne descendrait pas quelquefois des Bouillons, de ceux qui ont travaillé dans les croisades.
C’est moi qui l’ai bu le bouillon !… Ah ! malheur ! S’il avait su, le pauvre cher et digne homme !
Ce 10 de février. – Il est venu hier un drôle de particulier pour voir Madame la duchesse : un grand sécaud, pas trop bien boutonné, qui a la touche d’un vieux brigand.
Et je suis toujours rentier !
Allons ! Je m’en vais faire habiller mes alezans et les trotter une heure jusqu’au Bois.
Ce 11 de février. – Il paraît que le vieux brigand, pas trop bien boutonné, était un médecin plus fort que les autres. Car, ce matin, en venant aux ordres, M. Valentin, le maître d’hôtel, m’a répondu :
— Le dorsay, en gala, pour 11 heures 40.
Madame la duchesse s’en allait avec Monsieur le duc à un mariage, dans le grand, tout à fait le grand, à la Madeleine.
C’est MM. les Anglais qui marronnaient.
En rentrant le petit Victor, qui était monté me tirer mes mollets, m’a dit comme ça en son argot :
— Eh bien ! monsieur le premier, ils sont donc rabobichonnés, les patrons ?
Ce 12 de février. – Ce matin, par extraordinaire, Monsieur le duc n’est pas sorti à cheval avec son aide de camp, un grand, qui ne manque pas d’un certain petit prestige sur son hongrois croisé d’arabe. Le mail était commandé pour 9 heures 3/4 avec l’attelage d’anglo-normands.
Monsieur le duc a pris les guides, à côté de lui Mademoiselle Chantal et Monsieur François et l’abbé, qui n’avait pas trop l’air d’aplomb là-dessus.
Mon Dieu ! ce n’est pas que je craigne, si vous voulez ; n’empêche que je les ai regardés partir avec un mélange de plaisir et de satisfaction. Ils étaient très en l’air, ce matin, mes anglo-normands ; Monsieur le duc a la main un peu lourde et un accident est si vite arrivé.
Ce même jour, midi. – Monsieur le duc n’a accroché qu’une petite fois.
Ce 14 de février. – Cette nuit, nous ne sommes rentrés qu’à passé deux heures : c’était un bal à l’ambassade d’Autriche.
En attendant, sous la neige, on bavardait entre cochers. Tout à coup, à propos de rien, est-ce qu’ils ne se sont pas mis trois après moi, qui tenais mon rang, en faisant mes réflexions, parce que ça n’est pas dans mes principes de me commettre ? C’est le premier de M. Varon-Bey, qui a attaché le grelot (je parle au figuré) : il ne devrait pourtant pas être si fier ; son maître passe pour un fameux saligaud. – C’est à moitié Turc, n’est-ce pas ?
— Ohé ! Varèse ! a-t-il fait. C’est-y vrai qu’il bat la dèche, ton duc ?
J’ai gardé ma dignité, moi, sans répondre.
Alors si vous aviez entendu ces cris, ces rires, toute cette gaieté malpropre, un scandale, un véritable scandale, qui attroupait du monde ! Car ils sont comme des enragés après moi, rapport à mon ventre, à la belle tenue de mes équipages, rapport aussi à mon respect des maîtres et à mes principes de piété.
— Comme ça, il est vidé, ton badingue ? que s’en allait le cocher du président de la Chambre, un mauvais renégat, qui est resté piqueur dix ans chez S. M. l’empereur.
Mais le pire, c’était l’Anglais de Madame la princesse de Santis, qui a une pique contre moi depuis le dernier Concours, où je lui ai soufflé avec mes alezans le prix de la troisième classe. Il envoyait des coups de fouet dans ma caisse, braillant avec son accent de vache espagnole enrhumée :
— Kss ! Kss ! Sir Bottom ! Ton diouke, il été frite, my dear !
Heureusement que Théophile m’a crié d’avancer : c’était comme si qu’on m’avait tiré un poids de cinq cents de dessus la poitrine.
Dans la surprise bien naturelle, où m’a plongé cette lâche agression, et aussi l’emploi de cet argot de faubourg, que je me fais un honneur d’ignorer, je n’y ai vu que du bleu, si toutefois j’ose m’exprimer ainsi.
Comment ! Comment ! panné, Monsieur le duc ? Et voilà qu’à présent que j’y réfléchis, dans le silence du cabinet, ce qu’on appelle… Aïe ! Aïe ! Aïe ! Eh bien ! Et mon traitement ? Et mes petites fournitures ? Malgré qu’on n’aye que soi à penser, n’est-ce pas, encore faut-il…
Je parlerai ce soir à M. Stahlman.
Ce même jour, minuit. – C’est décidément un homme précieux que M. Stahlman, et je m’applaudis tous les jours d’avoir rencontré dans ma condition une personne d’aussi bon conseil, allié aux qualités essentielles et à une certaine éducation.
Monsieur le duc donnait ce soir son premier grand bal de l’hiver. Tout était éclairé à joumaux. Vers neuf heures – en sortant de voir ma jument russe, qui s’est attrapé un chaud et froid – je suis entré dans la loge. Tanée dans son fauteuil, la brave et digne Mme Stahlman piquait son chien, ce qu’on appelle, et son époux, en attendant les voitures, tirait l’aiguille, comme Pénélope attendant le retour du lys. – Je crois pouvoir me permettre cette pointe, à cause de nos opinions communes à M. Stahlman et à moi. – Car c’est un de ces hommes de l’ancien régime, dont les principes sont purs à l’instar des mœurs, et qui a gardé, intact, dans son cœur, le souvenir des bienfaits de cette royauté qu’il n’a pas connue.
Sitôt qu’il m’a aperçu, il a ôté sa calotte par respect, m’a versé un petit verre de cassis, et, reprenant sa tapisserie – une paire de pantoufles pour la fête de sa sainte épouse –, il m’a dit :
— Monsir li brémière, à quoi tois-che l’hônnerre… ?
Alors je me suis déboutonné, moi, (je parle au figuré).
— Tel que vous me voyez, monsieur Stahlman, j’ai deux mois de traitement en retard. Et vous savez si j’ai besoin de perdre, après mes malheurs sur l’Union Générale.
Et, sans lui demander précisément un conseil, je l’ai prié de me dire son avis.
Il avait retroussé ses lunettes jusque dans ses cheveux et me regardait d’un air de profondeur. – Il y a de la profondeur dans le regard de M. Stahlman.
Puis, élevant son verre :
— À la fôtre ! a-t-il fait en véritable gentilhomme.
Il s’est essuyé la barbe au revers de sa tapisserie et a causé un bon petit quart d’heure. Or voici la chose en gros mots : la fortune personnelle de Madame la duchesse est, selon l’expression de M. Stahlman, vrigodée depuis belle heure. Et c’est son père (le vieux brigand pas boutonné de l’autre jour, c’était le père de Madame la duchesse : fiez-vous donc aux apparences !), monsieur Baccaris, ou rigue – ou quel que soit son nom, qui n’importe pas –, qui entretient, censé, Madame sa fille. Monsieur le duc, lui, ne possède plus guère que des dettes, énormément de dettes, par exemple : jusqu’à son majorat qui est hypothéqué, si j’ose m’exprimer ainsi. Dame ! n’est-ce pas, avec des baronne et des Préville, sans compter les ceusse qu’on ne connaît point. – Paraîtrait qu’elle a tripoté à la Bourse, Madame la baronne, dans les affaires de l’Union, et puisque j’ai bien perdu, moi, qui ne tripotais pas, elle, qui tripotait, vous pensez !… Pour lors, Monsieur le duc, il a fallu qu’il éclaire.
M. Stahlman tient ça du neveu de Mlle Honorine, M. Casimir – un malin – qu’il honore de sa confiance dans le placement judicieux de ses économies.
Malheur ! Et moi qui ne voyais rien ! Je l’avoue, je suis un homme simple ; un de ces hommes de l’ancien régime. – Pour ce qui est de croire que Madame la Maréchale aidera Monsieur son fils seulement de cinq centimes, un sou, M. Stahlman ne le croit pas.
— Mais mon traitement ? ai-je fait. Et mes petites fournitures ?
Alors M. Stahlman a levé les yeux au plafond, et, comme les voitures commençaient à arriver pour le bal, il a piqué son aiguille, roulé sa tapisserie et prononcé ces mots avec une grande profondeur :
— Monsir li brémière, nous tansons sir une folgan !...
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