L'ÉGLISE.
Tu t'abuses, Céphas: né des faibles ruisseaux, Un fleuve accroît son lit en recueillant leurs eaux; Et de son urne enfin l'abondance s'arrête S'il ne peut sur la terre étendre sa conquête: La source de ma vie, humble en mes premiers jours, Dut s'augmenter d'abord pour prolonger son cours. Si les hommes grossiers, pour seul prix de mes peines, N'eussent vu que mes cloux, mes cilices, mes chaînes, En mes labeurs obscurs leur courage abattu De fol emportement eût traité ma vertu. Notre gloire éternelle, invisible salaire, N'eût point à ses appâts amorcé le vulgaire, Et le peu de zélés sortis d'un rang abject Ne m'aurait pu des grands conquérir le respect. Il fallut, pour leur faire honorer mes supplices, Joindre à l'espoir futur les présentes délices: Il fallut que les arts et les purs orateurs Charmassent dans les cours mes fiers persécuteurs: Pour fléchir mes bourreaux, m'acheter des ministres, M'asservir des tyrans les conseillers sinistres, L'or me devint utile; et, fondant mon trésor, Il me fallut du fer pour conserver mon or. Ainsi, m'environnant d'une pompe mondaine, Alliant à ma foi la politique humaine, Dans les états nombreux où je portai ma croix, Je me fis des sujets nourris par tous les rois, Et courbai sous mon joug les têtes couronnées Par ma tiare auguste en tous lieux dominées. Dès-lors, mes citoyens, les élus de Sion, Défendirent leurs droits sous ma protection: Des peuples et des chefs mon oreille maîtresse Par de secrets aveux me rassura sans cesse: Ma voix emplit la chaire; et, sous mon appareil, La gloire de mon temple effaça le soleil.