L'ESPRIT DES CONCILES.
Tu ne dois qu'à moi seul, république sacrée, La liberté des lois dont tu fus illustrée: Tant que de tes prélats le saint gouvernement De leur égalité garda le sentiment, Tant que de tes degrés la juste hiérarchie Régla ton ministère, et non ta monarchie, Et que l'esprit zélé des conciles nombreux En ton sein maternel unit tes fils entre eux, L'unanime intérêt, d'un hémisphère à l'autre, Nommait le digne élu, successeur de l'apôtre: Alors la même voix, parlant de tous côtés, Soulevait ton grand corps dans toutes les cités: Le mérite éprouvé, la foi qui le rehausse, Désignaient sans combats l'appui du sacerdoce; Et, formant tes conseils, un immense concours Te faisait révérer des peuples et des cours. Qu'un tyran apostat conjurât ta ruine, Qu'un schisme ténébreux obscurcît ta doctrine, Qu'un poison infectât tes membres languissants, J'opposais à tes maux des remèdes puissants; Et réveillant ta force en quelque heureuse lutte, Quand tes pieds chancelaient, je prévenais ta chûte. Mais depuis que le chef, assis au Vatican, Se proclame Infaillible, et gouverne en tyran, Que des princes du siècle il imite l'exemple, Qu'il consacre à sa cour tout le luxe du temple, S'immole tes brebis qu'il promet de nourrir, Et boit jusqu'à ton sang tout près de se tarir; Depuis qu'un titre, un nom, des richesses, des brigues, Ont usurpé ton siége, et le vendent aux ligues, Et qu'un conclave impur choisit dans le saint lieu L'homme des potentats, et non l'homme de Dieu; Tes avares enfants respectent ce seul maître, Et de l'autel souillé n'encensent que le prêtre. Sion, dépouille-toi! rends, devant l'éternel, L'égalité première au troupeau fraternel.