L'ÉGLISE.
O fanatique esprit des turbulents conciles! Que souhaitent de moi tes chagrins indociles? Qu'en populaire état changeant ma royauté, J'abaisse à ton niveau la fière papauté! A mes libres statuts est-elle si contraire? Le sceptre qu'elle tient n'est point héréditaire: Son choix renouvelé, sans nul égard au sang, Du dernier rang élève un chef au premier rang, Et l'âge du mortel que je prends soin d'élire Lui laisse peu le temps de troubler mon empire. Au pouvoir après lui ses sujets prétendant Pour les droits de son titre ont un respect prudent; Et, toujours occupé, mon trône, sans régence, Est le centre puissant de ma vaste influence. Ce sceptre qui courba l'univers asservi, Est-ce pour le briser que je te l'ai ravi? Non, je te l'arrachai, par tant d'art et de peines, Pour imposer silence à tes querelles vaines. Fol esprit des chrétiens assemblés par la loi, Que prétends-tu? souvent le schisme est né de toi. Tantôt l'orgueil naissant d'une bouche éloquente Fait frémir l'orthodoxe aux erreurs qu'elle enfante: Tantôt le nom des grands, le poids de leurs trésors, Balancent tes avis, rompent mes vieux ressorts; Et les partis, armés par la haine et les doutes, Joignent mille fléaux à ceux que tu redoutes. Tel est, tel est le sort trop commun aux états Où la foule est livrée à d'orageux débats! L'empire de l'Église a des lois plus certaines; C'est pour le mieux guider qu'un homme en tient les rênes, Et seul, pour mes enfants gardant mes biens entiers, Il a des successeurs, et n'a point d'héritiers: Libre des nœuds du sang, ma famille est la sienne: Le salut, l'intérêt de la cité chrétienne, Sur tous mes ennemis tiennent ses yeux ouverts. Quel autre eût au croissant disputé l'univers? L'Europe encenserait un prophète barbare, Si je n'eusse au turban opposé la tiare, Et fait, en roi des rois, marcher les potentats, Qui sont les humbles chefs de mes pieux soldats. Les aveugles Païens, les farouches Vandales, Les Musulmans, zélés pour des erreurs fatales, Tout a fléchi devant le souverain sacré Qui de mon arbre antique est le tronc adoré. Va, ne t'ombrage plus de sa hauteur suprême. Ah! loin de dégrader mon triple diadême, Suscitons en tous lieux pour ses grands intérêts Le peuple des cloîtrés, mes défenseurs secrets.