L'ESPRIT DES CONCILES. - L'ÉGLISE.
Quoi! ces lourds favoris couchés dans la mollesse, Dont ta grace féconde a béni la paresse! Église aveugle, au sein des périls que tu cours, As-tu lieu d'en attendre un effort, un secours? Hélas! leur privilége excite trop d'envie; Et c'est pour les punir qu'on menace ta vie.
Connais ma sainte armée: apprends que leurs langueurs Sont les plus forts liens qui m'attachent les cœurs. Le charme des loisirs et des joyeuses tables Les rend de qui me hait ennemis implacables; Et leurs esprits flatteurs, doctement exercés, Gagnent à mon parti les héros insensés. C'est peu: de tous les cœurs observant les caprices, J'ai su multiplier mes pieuses milices. Les uns, poussés au loin par de tristes penchants, Sur les rocs et les mers me font plaindre en leurs chants: Les autres, du remords étalant les misères, Font de ma pénitence adorer les mystères: Des vierges, embrassant mes chastes voluptés, Goûtent la solitude au milieu des cités: Hameaux, villes, déserts, et profonds hermitages, Des sons de mon airain frapperont tous les âges: Et tandis que ceux-là, dans l'étude plongés, De la poudre arrachant mes faux titres rongés, Disent en leurs écrits que ma loi consacrée, Produite avec le monde, en aura la durée; Ceux-ci, de mon pouvoir ministres agissants, Organes de la foi, dans l'Espagne naissants, Dirigent à mon gré la jeunesse ignorante; Et si, dans l'univers leur mission errante, Aux deux mondes conquis étendait ses travaux, Mon glaive planerait sur les rois mes rivaux; Et l'Inquisition, mon alliée ardente, Vaincrait des nations la révolte imprudente.