‹ La Panhypocrisiade, ou le spectacle infernal du seizième siècleChapitre 6 sur 80 · L'ESPACE. - L'ESPACE.

L'ESPACE. - L'ESPACE.

Aux enfers.

LA TERRE.

En quels lieux sont cachés les enfers?

L'erreur se les figure au centre de ton globe: Une comète au loin dans la nuit les dérobe, Monde errant, embrasé, plus vaste que le tien; Car, dans l'immensité, ton orbe entier n'est rien. Tu le sais: dans le vide il est tant de demeures! Adieu! poursuis ta route, et roule au gré des heures.

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Là finit le prologue, on voit tout s'éclipser; L'acte, image du siècle, enfin va commencer. Mais sur la scène encor s'abaisse un second voile: La fausse renommée y brille en une toile Où le pinceau traça le triomphe des chars, Au temple de mémoire entraînant les Césars. Quelques sages, témoins de leurs superbes rôles, Soit dédain, soit pitié qui haussât leurs épaules, Courrouçaient d'un souris les centaures d'acier Qui de leur sabre nu croyaient les effrayer. On voyait des grandeurs les cimes orageuses Sur des remparts en feu, qu'en ses courses fangeuses Entourait de replis un long fleuve sanglant. Les noirs torrents du Styx, le Phlégéton brûlant, Dont l'horreur fabuleuse épouvante les ames, N'ont rien de plus affreux, dans leurs eaux, dans leurs flammes, Qu'un cours de sang humain, roulant à gros bouillons, Où surnagent encor, en proie aux tourbillons, Des pieds, des corps tronqués, des mains, de pâles têtes. Cependant le vainqueur, dont les palmes sont prêtes, Traverse le carnage; et, rougi de ce sang, L'affreux jour qui s'y plonge en s'y réfléchissant Fait reluire au passage une pourpre enflammée, Vêtement du héros cher à la renommée; Tandis qu'un peuple aveugle entend de toutes parts Les trompettes, les chants, les cris, et les pétards.

L'enfer se plaît à voir que du sang qui s'étale La lueur rejaillit en pourpre triomphale. Le peintre est applaudi par les noirs spectateurs. La toile enfin remonte, et fait place aux acteurs.

LA PANHYPOCRISIADE.

CHANT DEUXIEME.

SOMMAIRE DU DEUXIÈME CHANT.

La toile se lève. Description du lieu de la scène. L'amiral _Bonnivet_, endormi dans sa tente, aperçoit l'image de sa maîtresse, qui lui reproche d'avoir entraîné les Français en Italie, moins pour leur gloire que par le desir de la revoir à Milan. Entretien de _Clément Marot_ et de l'amiral. Apparition de l'ombre _de Bayard_ au pied d'un chêne, devant le _Connétable de Bourbon_, qu'il laisse avec la _Conscience_. Scène entre _la Conscience_ et _le Connétable_ transfuge. Dialogue de la _Mort_ et d'une _Fourmi_. Pressentiment que s'exprime à soi-même _le chêne_ antique sous lequel apparut Bayard. Histoire et chûte de ce vieux arbre, arraché par des soldats.

LA PANHYPOCRISIADE.

CHANT DEUXIÈME.

LE théâtre présente, en un château gothique, Une chambre, que pare un lit non moins antique: La nuit y règne encor sous deux rideaux épais Brodés à larges fleurs, surmontés par un dais. Là, s'agite en dormant un chef plein de vaillance, Qui pour François-Premier a manié la lance, Bonnivet, dont le camp siége au bord du Tésin: Les vîtraux sont blanchis des rayons du matin. Vers le lit du guerrier une image se glisse; Fille du souvenir, c'est la belle Clérice.

BONNIVET ET L'IMAGE DE CLÉRICE.