L'IMAGE DE CLÉRICE.
Tu languis, amiral! n'est-ce donc pas pour moi Que tu fis traverser les Alpes à ton roi? Si j'en crois les baisers et les mots de ta bouche, Milan n'eut rien pour toi de plus doux que ma couche. Moi, folle Italienne, ardente en mon amour, Je te fis oublier tes Lucrèces de cour: D'autant plus préférable à ces illustres belles, Qu'alors qu'on les subjugue on est fatigué d'elles; Tandis que sans façon me laissant obtenir, Quand on sort de mes bras, on veut y revenir. L'abandon inquiet de vos prudes maîtresses Ne vaut pas les transports de mes vives caresses, Et leur triste scrupule, et leurs plaisirs gênés Embrasent moins vos sens que mes sens effrénés. Mon port a-t-il perdu ses graces attrayantes? Ai-je les yeux moins vifs, les lèvres moins riantes, Le col moins blanc, le sein moins ferme et moins poli, Le bras, le pied, le..... quoi? qu'ai-je de moins joli? Ah! mon cher Bonnivet! tu brûles, tu soupires, Et l'ardeur qui t'émeut dit ce que tu desires..... Viens donc.
BONNIVET.
O ma Clérice! objet aimable et beau! Déja tu m'apparus vers ce double ruisseau Qui, mêlant ses tributs pour former la Durance, Des rocs de Briançon coule avec abondance. Là, dans ma couche ainsi réveillant mes desirs, Tu me vins de Milan retracer les plaisirs: Tes appas demi-nus me ravirent en songe; Et quand de tes baisers je goûtais le mensonge, Tu semblas t'échapper comme une ombre sans corps, Loin du lit qu'en désordre avaient mis tes transports.