‹ La Panhypocrisiade, ou le spectacle infernal du seizième siècleChapitre 76 sur 80 · L'ÉPOUX DE LA FERRONNIÈRE.

L'ÉPOUX DE LA FERRONNIÈRE.

O crime qui m'accable autant qu'il m'avilit! Un autre est en ses bras! un autre est en mon lit! Mon cœur, tout comprimé de rage et de colère, Se gonfle de sanglots et soudain se resserre. Je sens de mes chagrins l'orage s'amasser, Et je n'ai point de pleurs que je puisse verser. Ah! pour moi nul espoir n'aurait autant de charmes, Hélas! que le plaisir de répandre des larmes. Malheureux! de ton sexe as-tu perdu l'orgueil? Quand tes cris de ta porte ont fatigué le seuil, Ont-ils calmé tes maux? non, et de la parjure Mes propres lâchetés n'ont fait qu'aigrir l'injure: Je me suis dit trop tôt qu'ivre de son amant L'infidèle peut-être a ri de mon tourment. Tu me connais bien mal, ô criminelle femme! Si tu ris de la plaie ouverte dans mon ame. Des vanités d'époux je sens peu l'aiguillon: Que m'importe une ville, insensé tourbillon, Où le bruit de ma honte a grossi les scandales Emportés dans le cours des galantes annales! Qu'importent des regards plus lâches que malins Dans les cercles étroits de mes obscurs voisins! C'est ma félicité cruellement ravie, C'est l'erreur d'un amour, chimère de ma vie, C'est un long avenir corrompu par l'ennui, C'est mon bonheur perdu, que je plains aujourd'hui. Je plains de ma candeur les douces imprudences En un cœur mal jugé versant mes confidences. Je regrette ces jours sereins et radieux, Qui semblaient pour moi seul éclairés par ses yeux, Quand ma timide épouse, en foulant les prairies, Suivait de mon amour les tendres rêveries! Je fondais sans orgueil l'espoir d'un sort heureux Sur la paix, sur les biens d'un hymen vertueux! Mon hymen, ma vertu, font mon ignominie. Il n'est donc nul recours contre la tyrannie, Puisque les rois, nommés les protecteurs des lois, Pour usurper nos lits pénètrent sous nos toits; Et rendent périlleux à la foi conjugale D'éviter de leur or l'influence fatale! A quoi, près d'eux, le cœur ose-t-il se lier? Honneur, amour, il faut tout leur sacrifier. Crédule, je pensais, dérobant ma fortune, Parmi les rangs cachés de la foule commune, Prouver, en cultivant une chaste union, Qu'un mortel vit heureux, libre d'ambition: Ah! que n'ai-je plutôt, distrait par milles intrigues, Fait de ma lâche épouse un instrument de brigues! Plus redouté peut-être, on m'aurait épargné: Ou, renonçant moi-même à mon lit dédaigné, Je n'eusse été jaloux que du regard des princes, Et jouirais des biens volés sur les provinces. Où m'a réduit l'amour et la loi du devoir? A mourir seul au monde, en proie au désespoir. Tyran, qui te complais en des bras infidèles, Voilà, tyran, le fruit de tes leçons cruelles! Et, si j'armais mon bras, tu me ferais jeter Sur l'indigne échafaud où tu devrais monter, Toi, qui pour un caprice insolemment profanes Une épouse rangée au rang des courtisanes, Et pour jamais détruis la paix d'un citoyen Qui n'a que son amour et sa foi pour tout bien! Seul, trahi, sur la terre ai-je même un asyle? La parjure a souillé mon heureux domicile: Oserais-je y rentrer? pourrai-je soutenir L'aspect d'un lieu rempli du triste souvenir De tant de voluptés et de jours d'alégresse, Dont ma couche et nos murs me parleraient sans cesse? Irai-je en ces hameaux, où près de moi souvent Le soleil la voyait briller en se levant; Où l'écho de la nuit se plaisait à répandre Nos amoureux serments, qu'il ne doit plus entendre? L'aube, le soir, les bois, les plaines, et les eaux, En m'offrant sa présence irriteraient mes maux: Tout, dans la ville, aux champs, la rend à ma pensée: Où fuir? où me soustraire à ma rage insensée! Où m'éviter moi même?... ô supplice!.... comment Endurer de mon cœur l'affreux déchirement?... Mais qu'entends-je? que vois-je?... une retraite impure Où dansent follement l'ivresse et la luxure. Ces amants insensés d'un aveugle plaisir Ont-ils quelques chagrins qui les viennent saisir? Non; écoutons leurs chants et leur joie effrénée.... Ici, point de pudeur: ici, point d'hyménée: En ce sérail le vice achète les amours.... Eh bien! plus de vertu: suivons les mœurs des cours; Et noyons dans le vin ma démence jalouse. Parmi de vils objets, moins vils que mon épouse: En un brutal sommeil peut-être enseveli, Mes cuisantes douleurs céderont à l'oubli.

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Il entre en ce séjour plein de nymphes bachiques, Où les aimables Grecs, cerveaux si poétiques, Eussent cru voir Cypris, et le dieu des festins, Et Priape, éclatant de la pourpre des vins: Car du libertinage, et de l'ivrognerie, Ils se créaient des dieux, grace à l'allégorie, Froide pour les esprits nés sans inventions, Mais seule animant tout au gré des fictions; Et de noms adoucis, et de riantes faces, Aux objets odieux prêtant même des graces: Elle a peuplé l'olympe; et fait parler ici L'Ivresse, aux yeux troublés, et libre de souci.