‹ La Panhypocrisiade, ou le spectacle infernal du seizième siècleChapitre 78 sur 80 · L'ÉPOUX.

L'ÉPOUX.

Madame, est-il au moins permis à votre époux D'entrer en ce séjour et d'approcher de vous? Et l'orgueil d'avoir pu soumettre un diadême Vous fait-il oublier tout devoir et moi-même? Non, non, il vous souvient, peut-être avec terreur, Que je vous adorai jusques à la fureur: C'est donc en furieux qu'ici je viens vous dire Que sur moi la raison a perdu tout empire. L'outrage le plus noir qui me doive toucher De mon cœur malheureux n'a pu vous arracher. Je ne me connais plus depuis votre inconstance, Parjure! et contre vous, faible, sans résistance, Au hasard en tous lieux je porte en soupirant Mes cruels souvenirs, mon désespoir errant, Et de vos traits encor l'image ineffaçable Vous ramène ici même un époux implacable. Mais je m'en punirai, mais je dois vous punir.... Eh, quoi donc? loin de vous ne me puis-je bannir? L'espace où vous vivez n'est qu'un point sur la terre: Il est d'autres climats que le soleil éclaire: Il est par-tout des cieux, des jours, des nuits pour moi. Mais est-il une femme aussi belle que toi? Perfide! où donc fuirai-je? où réparer ma perte? De mes regrets par-tout l'image m'est offerte. Ma vie est attachée aux seuls lieux où tu vis. Si mes pas dans la tombe étaient par toi suivis, La mort te ravirait au tyran qui m'offense.... Oui, c'est mon dernier vœu: ce sera ma vengeance.... Vois ce couteau levé ... tremble!...

LA FERRONNIÈRE.

O dieux! quel courroux!... Épargnez-moi.... je tombe en pleurs à vos genoux....